Jean-Paul Duval s'était donné trois ans pour céder Igrec, l'entreprise qu'il a fondée à Caraman en 1993. Mais le hasard des rencontres en a décidé autrement. En Bruno Blanc-Fontenille, son successeur officiel depuis le 29septembre, il dit avoir vu «l'homme de la situation». À plusieurs titres. «Je voulais quelqu'un qui pourrait continuer à faire ?grandir? l'entreprise et surtout ses salariés, qui, de par leurs compétences, constituent selon moi la vraie valeur ajoutée d'Igrec», affirme-t-il. Quelqu'un aussi qui s'engagerait à maintenir l'activité sur les sites de Caraman et Mauguio (34): «Notre ancrage régional a toujours été un atout fort dans ce métier de l'externalisation du poste clients. Ce qui fait la différence entre nous et une plateforme offshore par exemple, c'est notre proximité- géographique, mais aussi culturelle- avec nos clients. Les notions de satisfaction clients et de qualité de service sont ici primordiales.» Le service, un monde que Bruno Blanc-Fontenille connaît bien, pour avoir notamment dirigé l'aéroport de Toulouse pendant plusieurs années, puis ceux du Cambodge pour le compte de Vinci ainsi qu'une entreprise de nettoyage industriel, etc. «Lorsqu'à la fin de l'été 2008 j'ai commencé à multiplier les contacts en vue d'une reprise dans la région toulousaine, je ne ciblais pas un secteur d'activité en particulier mais celui d'Igrec, l'originalité de son approche du poste clients et son potentiel de développement m'ont tout de suite séduit.»
Le choix de l'outsider
Les premiers contacts avec Jean-Paul Duval se font fin novembre 2008; six mois plus tard, ils signent un engagement d'exclusivité des négociations. «Parmi les propositions que j'avais reçues, il y avait de grands groupes, une holding familiale du Sud-Ouest et puis Bruno, qui partait seul dans cette aventure et dont l'offre n'était pas la plus intéressante sur le plan pécunier mais sa démarche m'a plu: à 50ans, il avait un vrai projet de vie, sur le plan personnel comme professionnel et il était prêt à y investir ses fonds propres.» Seul en effet puisque repreneur à titre personnel, Bruno Blanc-Fontenille ne l'est pas pour autant en terme d'accompagnement et de soutien. «Il faut savoir s'entourer, conseille-t-il. Pour ma part, j'ai très vite choisi de faire appel à Catherine Pini (société de conseil en ingénierie financière Horige Conseil, ndlr) en plus d'un expert-comptable et d'un avocat: tous se sont avérés indispensables pour mener à bien une telle opération.»
Pouvoir s'appuyer sur le management en place
Il est un autre soutien sur lequel il peut compter: celui de Jean-Paul Duval qui, dans le cadre d'un CDD de quatre mois à temps plein, assure une transition «en douceur». «Vis à vis des salariés, j'ai choisi de jouer la carte de la transparence. Même si je n'avais pas envisagé de passer la main aussi rapidement, ils savaient que des négociations se déroulaient avec une personne que je jugeais capable d'assurer leur avenir. Quand le bon train passe, il faut savoir monter dedans», sourit Jean-Paul Duval. Quant aux clients d'Igrec, lui et son repreneur ont tenu à tous les rencontrer ensemble pendant cette phase de transition. «Ils ont notamment pu constater que Bruno n'arrivait ni avec son staff ni avec l'envie de tout révolutionner.» Et Bruno Blanc-Fontenille de confirmer: «Savoir que je peux m'appuyer sur le comité de management en place- notamment sur Albert Quentrec (l'ancien associé de Jean-Paul Duval, qui reste salarié d'Igrec, ndlr)- a un côté rassurant.» Il entend également mettre à profit ces quatre mois pour multiplier les prospects. «Avant de chercher des repreneurs potentiels, nous avions travaillé avec une avocate spécialisée en cession-acquisition et notre cabinet comptable pour que tout soit prêt: le bilan, bien sûr, mais surtout des prévisionnels sur trois ans pour aider le futur dirigeant à se projeter dans l'avenir.Depuis l'arrivée de Bruno, deux nouveaux contrats ont déjà été signés», se félicite Jean-Paul Duval, pour qui le développement d'Igrec reste une priorité. Même après son départ.
Tél. : 05.62.18.64.61 www.igrec.fr
Céder son entreprise à l'approche de la soixantaine? Rien que de très banal... Encore faut-il y être vraiment prêt et trouver le bon repreneur, en sachant que celui-ci n'est pas toujours le plus offrant...