Laurence Benissan, à la tête du laboratoire pharmaceutique IDD-Xpert basé à Évreux (50 salariés ; 8 M€ de CA), s’est lancée depuis 2020-2021 dans un important plan d’action RSE, pour réduire sa dépendance énergétique dont la plus importante, la consommation d’électricité. Avec l’objectif de faire "quelque chose qui n’existe pas, qui est innovant et qui utilise tout ce que tout le monde connaît."
Un algorithme pour améliorer la consommation d’électricité
Se penchant sur la captation solaire, l’étude menée pendant quatre mois avec l’entreprise Atawatts a écarté les panneaux au sol "qui prennent trop de place" tout comme ceux fixés en toiture, "qui ne bougent pas et ne sont finalement pas axés sur le soleil". Pour retenir une solution où le moteur de quatre des cinq ombrières est équipé d’un algorithme permettant à l’ensemble de suivre la course du soleil.
Le site d’IDD-Xpert consomme 4 000 kWh et les cinq ombrières installées par une autre entreprise d’Évreux, TEAMsun, en février 2025 rapportent 300 kWh par jour et vont permettre de réduire la facture annuelle d’électricité de 7 %. Pour ce chantier, dont l’investissement s’élève à 100 000 euros, l’entreprise a obtenu un financement de plus de 25 000 euros versés par la Région au titre du dispositif "Impulsion Environnement" pour l’installation.
Un tableau digital placé dans le hall d’entrée de l’entreprise permet notamment de visualiser en temps réel à chaque seconde l’énergie produite par les ombrières. L’hygrométrie, les températures, la pression et les consommations énergétiques de toutes les pièces du site -surtout les zones de fabrication, les plus consommatrices- sont pilotables à partir de ce tableau acquis en 2020-2021 pour un montant de 50 000 euros.
Contenir la facture d’électricité
En 2017, le site d’Évreux a connu une extension, suivie d’une autre l’année suivante. "En 2019, ma facture d’électricité avait augmenté de 70 000 euros. C’est à ce moment-là que je me suis lancée avec mon équipe dans une recherche d’autonomie et d’économie", explique Laurence Benissan.
Toute la démarche RSE a commencé, en 2020, par la réalisation de toits en peinture blanche sur les bâtiments par l’entreprise bretonne "Cool Roof", reprenant un brevet de la Nasa mis à disposition des entreprises, permettant de réverbérer la lumière et la chaleur du soleil. "Ce procédé a refroidi de 8 °C les bâtiments qui n’ont pas de centrale de traitement d’air", assure la dirigeant d’IDD-Xpert.
Deuxième gros investissement : des refroidisseurs adiabatiques de stockage (rafraîchissant l’air par évaporation de l’eau) moins énergivores.
Laurence Benissan souligne aussi les bonnes pratiques. "On commence par couper ce qui ne sert pas, parce que laisser en veille consomme davantage. Toutes les sources de lumière des bâtiments ont été remplacées par des Leds plus performantes et plus économiques". Tout en revenant sur le principe du détecteur de présence. "Dans un laboratoire, on perd du temps à rallumer pour travailler correctement. J’ai donc remis des interrupteurs dans les zones à forte circulation autres que les couloirs". De même, les enseignes extérieures sont minutées pour ne pas rester inutilement éclairées la nuit.
Enfin, tout le parc informatique a été remplacé au profit d’appareils plus performants. "Chez IDD-Xpert, seuls 7 à 8 collaborateurs possèdent une adresse mail sur 40 employés, afin d’avoir moins de data stockés sur nos serveurs. Chacune de nos boîtes mail n’excède pas 300 Mégas. J’ai calculé que si chaque salarié d’IDD-Xpert regardait ses mails 15 minutes matin, midi et soir, je perdrais en chiffre d’affaires 120 000 euros en temps que je n’aurais pas consacré à mes clients".
Trois emplois créés et un labo en interne
"La somme de toutes ces actions conduites sur l’année, avec un seul gros investissement, a permis de réduire la facture d’électricité de 27 %, soit près de 70 000 euros économisés. Avec cette somme et la subvention régionale, j’ai pu créer 3 emplois et ouvrir mon propre laboratoire de microbiologie. J’ai ainsi internalisé une activité pour laquelle je devais auparavant recourir à des sous-traitants français, très éloignés de mon site". Une bonne nouvelle ne venant jamais seule, Laurence Benissan vient de recevoir la certification de l’Agence nationale de sécurité du médicament lui donnant le feu vert pour une exploitation pharmaceutique de son laboratoire.
Un prochain site industriel, destiné à un ambitieux projet de médicament anti-parkinsonien déjà en gestation, devra être autonome en électricité. Trois lieux sont en lice, mais la zone d’activités Le Long Buisson tient la corde, la pose de la première pierre étant attendue pour mars 2026.