Cheops Technology en a modifié son slogan. De "Cloud costumized for you", il devient "The Cloud & Data-centric Company". L’ETI girondine annonce donc la couleur : l’avenir sera data. Et même plus, il sera data, intelligence artificielle, sécurité et souveraineté, des terrains de jeu savamment interdépendants et dans lesquels l’entreprise ancre ses développements à venir. "Il n’y a pas d’IA sans data, pas de cloud sans technologie ni sans sécurité", résume son PDG et fondateur Nicolas Leroy-Fleuriot.
Aujourd’hui, Cheops Technology est un des leaders du cloud souverain, exploitant huit data centers en France et en Suisse. L’entreprise est aussi pourvoyeuse d’ingénierie des infrastructures informatiques (son activité historique), et de solutions de modernisation technologique. En juin, elle a annoncé avoir franchi la barre symbolique des 200 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidés sur 12 mois.
"Faire péter la vente a été la meilleure décision que j’ai prise de ma vie. Socialement, quand vous vendez votre boîte vous n’êtes plus rien."
Ses clients privilégiés : les ETI et les grosses PME (Ceva Santé animale, Yves Rocher, Cultura, Euralis…). "Elles n’ont plus les moyens de conserver en interne leur IT", et c’est là que Cheops Technology œuvre à s’imposer sous différentes formes, à commencer par la plus évidente. "Pour être efficientes et sécures, elles doivent externaliser leur IT dans le cloud. Nous leur garantissons un hébergement et une administration, avec des données répliquées à distance pour éviter ce qui est arrivé à OVH par exemple (des pertes irréversibles de données d’entreprise après l’incendie d’un de ses sites, NDLR). Nous avons même des réplications en différé en cas de séisme, pour que je dorme bien la nuit", sourit le gardien de ces coffres-forts nouvelle génération.
Une nouvelle business unit pour l’IA et une nouvelle plateforme data pour "des services d’un autre monde"
En juin, Cheops a annoncé la création d’une business unit dédiée à l’intelligence artificielle. Vingt-cinq personnes sont déjà impliquées sur le sujet et ce n’est que le début. "L’IA doit nous permettre de développer des modèles de prédictivité." À terme, le PDG promet "des services d’un autre monde", en couplant l’IA et une nouvelle plateforme permettant l’exploitation de données non structurées - iCod Dataplatform - qui doit être lancée début 2025. "Concrètement, il s’agira d’éclairer les entreprises sur le produit qu’elles devront développer, le moment auquel le commercialiser, le client à qui l’adresser. Les data sont l’or noir du XXIe siècle. Nous proposons de les structurer pour mieux connaître les business."
Pour rendre ces services accessibles, "cela nécessite des capacités de puissance de traitement colossales", reconnaît le dirigeant qui lorgne sur une machine dernier cri à 25 millions de dollars. "Nous envisageons de nous associer à nos partenaires Hewlett Packard Enterprise ou Lenovo pour l’acheter. Nous partagerons avec HPE ou Lenovo la commercialisation de l’offre cloud qui sera exploitée sur la machine."
Contourner les Américains
S’il y a bien une chose qui irrite Nicolas Leroy-Fleuriot, c’est l’avance et la mainmise américaine sur les données. "Ils ont dix ans d’avance. S’ils dominent le monde, c’est parce qu’ils ont récupéré les données des entreprises du monde entier", peste-t-il. Farouchement décidé à s’en affranchir, il milite pour la souveraineté et s’apprête à commercialiser une nouvelle offre de cloud qui contourne un logiciel américain, VMWare. "Il est utilisé par tous les hébergeurs. Nous serons les premiers à nous en passer." Ce que le PDG de l’ETI lui reproche, c’est une explosion des prix, comme il reproche aux grands acteurs de la messagerie ou de la visio d’offrir une porte d’entrée aux Américains pour récupérer des données sous couvert du Cloud Act. Cette loi autorise une entreprise américaine à accéder aux données d’un concurrent arguant une menace pour la sécurité économique du pays.
Contrat de poids avec le campus Cyber Nouvelle-Aquitaine
Sur ce sujet de la messagerie et de la visio, l’offre Saas Mail In France lancée en mai 2023 va bénéficier d’un sacré ambassadeur. Cheops vient en effet de signer le campus régional de cybersécurité, séduit par l’offre comprenant messagerie, chat, drive et visio. "Les mails sont très insuffisamment protégés. Les entreprises sous-estiment la quantité de données confidentielles qui y transitent. Nos cibles sont surtout les services publics, les acteurs du domaine de la santé et ceux qui font de la R & D et qui échangent beaucoup via les messageries", rappelle le PDG de Cheops. La solution Mail In France n’a pas nécessairement vocation à générer en elle-même beaucoup de parts d’activité, mais "c’est un excellent produit d’appel", témoigne le dirigeant. "Depuis que nous l’avons lancée nous enregistrons beaucoup d’appels entrants."
La cyberdéfense promise à un beau développement
Dans les prochaines années, Cheops prévoit aussi de renforcer sa division cyberdéfense, créée en mai 2023 autour d’une offre de centre de sécurité informatique (un SOC, Security Operation Center), Cyber Patriot. Chargé de repousser les cyberattaques, il s’est avéré particulièrement efficace à l’occasion des JO de Paris. "Nous hébergeons un organisme des JO dit de catégorie 1 ; s’il avait été hacké, les JO se seraient arrêtés", raconte Nicolas Leroy-Fleuriot.
Booster Paris et regarder l’Italie
"S’il y a une faille dans le business model de Cheops, c’est l’export, reconnaît le dirigeant. Mais on ne fait pas la course au chiffre d’affaires ni à la croissance externe." Déjà présent en Suisse via une filiale dédiée qui pèse pour l’instant relativement peu (10 M€), Cheops avoue lorgner sur l’Italie, prudemment. "Nous voulions d’abord finir d’intégrer Solutiondata (PME toulousaine rachetée en octobre 2023) et veillons à conserver notre ligne : garantir des produits souverains innovants et accessibles aux entreprises." En revanche Cheops n’attendra pas pour miser sur son agence parisienne, dont elle espère tripler le chiffre d’affaires local.
"Faire péter la vente a été la meilleure décision que j’ai prise"
Courant 2022, Cheops est passé à un cheveu de la vente. Des désaccords et "l’action d’un tiers", en résumé, l’ont conduit à mettre un terme à l’accord annoncé fin 2021 qui devait céder l’entreprise pour 180 millions d’euros à deux fonds d’investissement, l’américain Aquiline Capital Partners et le français Edmond de Rothschild Equity Strategies. "Faire péter la vente a été la meilleure décision que j’ai prise de ma vie", analyse aujourd’hui Nicolas Leroy-Fleuriot. "Socialement, quand vous vendez votre boîte vous n’êtes plus rien. La déprime du chef d’entreprise n’est pas une légende. Vous n’existez plus socialement, vous commencez à ne plus être invité aux soirées… Même si je suis hyperactif, je n’aurais pas été suffisamment nourri intellectuellement."
C’est donc "avec un couteau entre les dents et une hache à la main", qu’il est revenu aux commandes. "C’est à ce moment-là que j’ai écrit le plan stratégique Horizon 2030, autour de trois sujets TIC : travail, innovation, créativité." Insatiable sur l’entreprenariat et la tech, Nicolas Leroy-Fleuriot s’imagine plutôt de la trempe des Bernard Magrez, "en pleine forme" et toujours aux manettes de son empire à 88 ans. En attendant, c’est dans le costume de Superman que le charismatique dirigeant a présenté les derniers résultats de son entreprise lors de la convention annuelle de Cheops à Disneyland Paris en septembre.
En Chiffres
203 millions d’euros
Chiffre d’affaires consolidé sur douze mois, annoncé en juin 2024
750
Nombre de salariés, dont 280 au siège à Canéjan (Gironde). 120 ont été intégrés en un an, notamment après le rachat de la PME toulousaine Solutiondata en octobre 2023.
10
Nombre d’agences en France (Nantes, Orléans, Paris, Rouen, Lille, Strasbourg, Nancy, Lyon, Toulouse et Bordeaux), auxquelles s’ajoutent celles de la filiale en Suisse, à Lausanne et Genève.
8
Nombre de data centers exploités par Cheops, cinq en France - trois en région bordelaise et deux en Ile-de-France - et trois en Suisse.