Le nom de l’application, Hoppi, n’est pas des plus éloquents. Son logo, une tête d’hippopotame multicolore, non plus. Mais si on vous dit qu’Hoppi est une sorte de diminutif pour hôpital et "hippo" (pour l’hippopotame) pour Hippocrate, est-ce que cela vous met sur la voie ? Créée en 2024 à Marseille, cette plateforme en ligne a vocation à mettre en relation des médecins en quête de missions ou d’un poste avec des établissements de santé qui cherchent à embaucher, sans intervenir dans les négociations salariales, la contractualisation ou le paiement. La publication des annonces est gratuite mais les recruteurs versent à Hoppi environ 100 euros par jour de remplacement réalisé grâce au "matching".
600 000 euros levés auprès de fonds et de business angels
En 2025, la start-up (7 collaborateurs ; CA 2025 : 200 000 €) en a relayé 2 000, diffusés par 400 cliniques, hôpitaux, Ehpad, maisons de santé, médecins libéraux et autres centres de soins médicaux de réadaptation. Un nombre qu’elle souhaite quadrupler cette année, notamment grâce aux 600 000 euros qu’elle vient de lever auprès des fonds Kima Ventures (150 000 €), Aonia Ventures (100 000 €) et Super Capital (50 000 €) ainsi qu’auprès d’une dizaine de business angels.
Être leader en 2028
"Nous avons choisi d’ouvrir le capital, en gardant complètement la main, pour avoir de la visibilité financière et arriver plus rapidement à nos objectifs", résume Marin Chrétien, cofondateur de l’entreprise avec Arthur Sevestre. C’est-à-dire ? "Atteindre 700 000 à 800 000 euros de chiffre d’affaires en 2026, avec 500 établissements de santé utilisant l’appli pour recruter et 20 000 médecins, internes notamment, y cherchant du travail, contre 8 000 aujourd’hui", précise le dirigeant. Et après ? "Être le numéro 1 du marché d’ici deux ans, avec un à deux millions de jours de remplacements médicaux diffusés par an".
"Quand ma compagne médecin a dû prendre son congé maternité, elle ne trouvait personne pour la remplacer aux urgences gynécologiques de l’hôpital Saint-Joseph à Marseille. Sans Hoppi, le service aurait fermé tous les mercredis"
Un enjeu de santé publique
Après un démarrage plus ancré en région Paca, le codirigeant entend couvrir rapidement tout le territoire et "réussir à accomplir une mission assez forte avec Hoppi" puisque l’application ambitionne d’éviter des fermetures de lits ou de services. Ce qu’elle a déjà fait à la maternité Bouchard à Marseille, qui avait besoin d’un pédiatre certains soirs ou aux urgences d’un établissement breton, argumente Marin Chrétien. "C’est un vrai enjeu de santé publique et c’est ultra-gratifiant", insiste-t-il.
"Quand ma compagne médecin a dû prendre son congé maternité, elle ne trouvait personne pour la remplacer aux urgences gynécologiques de l’hôpital Saint-Joseph à Marseille, retrace-t-il très concrètement. Sans Hoppi, le service aurait fermé tous les mercredis. La ressource existe mais le bouche à oreille ne suffit pas." Et les offres d’emploi classiques non plus.
Le fruit d’une expérience personnelle
Il l’avait déjà constaté quand sa conjointe cherchait désespérément des remplacements pour glisser de l'exercice de la médecine de ville à un emploi dans des établissements de santé privés. Elle ne savait pas où travailler ni qui contacter pour candidater. Et c’est ce qui l’a poussé à créer Hoppi, après une première expérience entrepreneuriale dans le conseil en ingénierie. Il s’est associé à Arthur Sevestre, ingénieur comme lui et dirigeant d’une plateforme facilitant le recrutement de commerciaux. "Je porte la partie produit, le marketing et la communication, précise-t-il. Et lui davantage les process."
Répondre aux besoins des hôpitaux publics
Pour l’heure, la start-up accompagnée par Marseille Innovation, Bpifrance et la French Tech, centralise surtout des offres en Soins Médicaux de Réadaptation et cliniques privées. Mais l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris lui fait confiance et les hôpitaux publics en général constituent un axe de développement majeur, qui passe par l’intégration d’offres d’intérim sur laquelle travaille la jeune société.
Plusieurs pistes de développement
Sur le point de recruter trois nouveaux salariés, les deux dirigeants ne manquent pas de pistes de développement. Ils sont ainsi ouverts à la création d’une filiale pour décliner l’application à destination des pharmaciens. Et souhaitent être capables, d’ici un an ou deux, de "permettre à des villes sous-dotées en médecins de proposer des missions et des installations sur notre application". Enfin, ils envisagent une internationalisation de leur activité et donc une nouvelle levée de fonds en 2028.