Le groupe HDM finance a réalisé deux acquisitions au printemps, les éponges Byttebier rachetées en mars par la filiale belge De Witte Lietaer international textiles, et l'entreprise Carrare acquise en mai par Mulliez-Flory, spécialiste des uniformes et vêtements de travail. Qu'est-ce qui motive ces rachats ? Les opérations de croissance externe se font par opportunité, en complétant notre offre. En période de crise, les opportunités sont, malheureusement, plus nombreuses. Nous sommes à l'affût. Notre croissance externe ne se fait pas toujours sur dépôt de bilan ; mais nous n'achetons pas une entreprise qui est surévaluée. C'est la vie des affaires.
Financièrement, comment réalisez-vous ces rachats ?
Nous disposons de 20 M€ de trésorerie placée excédentaire, avec un cash-flow net de 14 M€. L'ensemble du groupe est bénéficiaire depuis 33 ans et travaille en trésorerie positive pour ne pas avoir besoin des banques. J'ai appris à me passer d'elles depuis que mon père a frôlé le dépôt de bilan en 1975... La trésorerie assure le long terme. C'est un point important pour moi : ne pas gérer sous la pression d'actionnaires, de LBO, de retour sur investissement, etc. Je ne suis pas attaché au développement du chiffre d'affaires, mais à conserver la rentabilité.
Votre développement passe-t-il par l'international ?
La croissance externe en Italie ou en Allemagne n'est pas impossible. Mais il faut comprendre que le groupe HDM finance repose sur trois entités majeures. Denantes (130 personnes ; CA : 32 M€), la société historique, dont j'ai volontairement gardé la direction opérationnelle, n'a pas pour vocation d'exporter. Notre métier, c'est grossiste : nous faisons fabriquer dans le monde entier puis nous redistribuons. À Voiron, le siège du groupe, nous fabriquons uniquement le linge de table et l'ameublement sur-mesure. Dans les Vosges, nous produisons du très haut de gamme sous la marque Garnier-Thiebaut (CA : 30 M€). La société, dirigée par mon frère Paul, produit et vend aux États-Unis. Mulliez-Flory (CA : 55 M€), basé au Longeron, près d'Angers, et dirigé par mon cousin Jacques Gindre, vend en Espagne et fabrique en Tunisie, où nous employons près de 600 personnes. À cela s'ajoute De Witte Lietaer (CA 30 M€), pour le linge de maison grand public.
Réussissez-vous à conserver un capital familial ?
Oui, grâce à quatre facteurs : le hasard, la chance, la chance et la chance ! La société a été créée en 1680 et a pris le nom de Denantes en 1723. Je suis la douzième génération de dirigeants. En 1978, l'entreprise comptait 60 actionnaires familiaux ! Quand j'ai pris la direction en 1979, la famille n'acceptait de me payer que 2.000 francs mensuels. Mais j'avais négocié de toucher 10 % des résultats avant impôts. Avec la première croissance externe en 1985, Garnier-Thiebaut, il a fallu amener de l'argent. Le capital a été ouvert. Et à la fin de l'année, nous avions des plus-values phénoménales : le chèque de 10 % représentait 3 MF ! La famille n'a pas voulu en entendre parler, alors je leur ai racheté leurs parts... Petit à petit, tous les actionnaires sont sortis. Je détiens aujourd'hui 85 % du capital, Siparex 7 %, mon frère et mon cousin 4 % chacun. C'est plus facile de diriger avec un capital concentré, et c'est aussi un moteur.
Vous avez aujourd'hui 60 ans. Préparez-vous déjà votre succession ?
Oui, il faut y penser. Plusieurs scénarios sont possibles. Vendre le groupe ? Pourquoi pas, si c'est pour assurer sa viabilité. Sinon, mes deux enfants pourraient être opérationnels. Ils ont pour l'instant 21 et 23 ans et font des études. Nous leur préparons un parcours initiatique car ils seront, au pire, actionnaires du groupe !
HDM Finance
(Voiron) Président : Hervé Pérouse de Montclos 1.700 salariés dont 600 en France et 600 en Tunisie CA 2012 consolidé : 147 M€; 04 76 67 27 27 www.denantes.fr www.mulliez-flory.fr www.garnier-thiebaut.fr