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Handicap en entreprise : Des avancées à pas comptés
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Handicap en entreprise : Des avancées à pas comptés

Même si une minorité d'entreprises varoises est concernée par la loi sur le handicap, l'insertion des travailleurs handicapés progresse. Malgré cela, le taux de chômage des personnes handicapées reste élevé. En cause: leur niveau de qualification et la persistance d'a priori.

Faire changer le regard porté par tous sur le handicap. Voilà l'ambition de la semaine pour l'emploi des personnes handicapées qui s'est déroulée au mois de novembre. Pour casser cette image souvent négative, les acteurs varois de l'emploi et de l'insertion sont allés jusqu'à organiser leurs forums au centre commercial Mayol. «Nous voulions démystifier le handicap, montrer qu'il est invisible dans 80% des cas», explique Isabelle Martinet, responsable du pôle employeur de l'Avie Cap emploi. Car si les chiffres de l'emploi de personnes handicapées sont en progression, l'association ne veut pas tomber dans l'angélisme.




Une responsabilité sociale

La loi sur le handicap- en instaurant pour les entreprises de plus de 20 salariés l'obligation d'emploi d'au moins 6% de personnes handicapées dans leur effectif - a incité bon nombre d'entre elles à intégrer le handicap dans la gestion de leurs ressources humaines. Durcie en 2008, cette loi a permis en France de passer de 53 à 57% d'entreprises qui respectent ce quota en 2009. «Une amélioration principalement liée à la plus forte implication de la part des TPE-PME», selon Jean-Marie Faure, président de l'Agefiph. Outre la menace de sanctions financières, les entreprises sont aussi de plus en plus nombreuses à vouloir assumer leur responsabilité sociale et à être «convaincue que la diversité est une richesse pour l'entreprise et doit y avoir sa place», comme le souligne Stéphane Le Corre, référent handicap pour les centres DCNS de Toulon et le Mourillon. Ainsi, dans le Var, le premier employeur privé intègre depuis longtemps des travailleurs handicapés: une douzaine d'intérimaires, 3 CDD et 3 CDI ont été recrutés sur le site de Toulon en 2010, des aménagements de poste ont également permis 6 maintiens dans l'emploi. Mais il n'est pas le seul. Sur 880 établissements privés varois assujettis à l'obligation légale, 280 n'emploient aucun travailleur handicapé. En plus, l'insertion des personnes handicapées dans le département mobilise également de nombreuses petites entreprises. En 2009, l'Avie Cap emploi compte 771 employeurs clients, a recueilli 1.044 offres et a participé au retour à l'emploi de 883 personnes, dont 28% en CDI et 64,55% en CDD supérieur ou égal à 6 mois. Malgré cette amélioration, le taux de chômage des travailleurs handicapés reste en France deux fois supérieur à celui des valides. Dans le Var, il atteint les 13,4%. La faute à un certain nombre de freins qui perdurent.




Des obstacles à l'embauche

D'abord le niveau de qualification des travailleurs handicapés est souvent évoqué par les entreprises. «Parmi les 281 entreprises varoises de plus de 20 salariés qui ne respectent pas leur obligation, ce n'est pour certaine pas faute de volonté. Elles ne trouvent juste pas les profils adaptés à leurs besoins dans notre vivier de travailleurs handicapés», souligne Isabelle Faure, directrice de l'Avie Cap emploi. Cette réalité, le groupe DCNS a décidé de lui mener la vie dure dans les prochaines années. «Compte tenu de la spécificité de nos métiers, nous avons encore du mal à trouver des profils adaptés. Notre objectif est d'aider les personnes porteuses d'un handicap à accéder à nos métiers, et notamment à celui d'ingénieur. C'est la raison pour laquelle, en parallèle de nos campagnes de recrutement, nous développons nos partenariats avec les écoles», explique Stéphane Le Corre. Car c'est bien là que le bas blesse. Le niveau de qualification des travailleurs handicapés est une des causes majeures de leur difficulté à s'insérer sur le marché du travail, tout au moins lorsque le handicap intervient tôt dans la vie de la personne. En cause: l'accès aux études et avant cela l'accès à la scolarisation pour les enfants en situation de handicap.




Vecteur de changement

Ensuite, les a priori ont encore la vie dure, car pour bon nombre de personnes, le handicap est un handicap de mobilité. «Lorsque j'ai annoncé à mes équipes l'arrivée de travailleurs handicapés dans l'entreprise, leur réaction immédiate a été de dire que nos locaux n'étaient pas adaptés à la circulation de fauteuils roulants», raconte Patrick Voy
ard, directeur général de Therabel industries à la Seyne-sur-Mer avant d'ajouter que «tout est affaire de communication. Il est primordial de dédramatiser le handicap, de faire changer les mentalités, de montrer que le recrutement ne peut générer aucune contrainte». Surtout que bien souvent l'intégration d'un travailleur handicapé est une réussite puisque 83% des entreprises qui emploient des salariés handicapés se déclarent satisfaites de cette situation. Elle provoque aussi des choses plutôt positives: «Cela ouvre les yeux aux gens et il se crée même une solidarité plus importante dans les équipes», constate Stéphane Le Corre.

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