Grenoble : Suppressions d’emplois chez STMicroelectronics : Quel impact pour l’écosystème ?

Grenoble : Suppressions d’emplois chez STMicroelectronics : Quel impact pour l’écosystème ?

Fin janvier, le fabricant de semi-conducteurs STMicroelectronics annonçait 1.400 suppressions d’emplois dans le monde. Quel sera l’impact de ces annonces pour la région grenobloise, berceau historique du groupe en matière de R&D ?

C’est désormais officiel : la division décodeurs de STMicroelectronics sera mise à l’arrêt d’ici 2018. Ces produits faisaient partie de l’entité Digital Product Group (DPG) (environ 2.500 personnes dans le monde), qui avait enregistré des pertes de 20% l’an dernier face à l’essor de la concurrence.


En Isère, où les sites de Crolles et de Grenoble totalisent 5.900 emplois, les syndicats craignent que cette annonce impacte fortement les effectifs, et les compétences en matière de design avancé. La majorité des postes concernés se trouveraient à Grenoble, le reste au Mans. « Mais les équipes du Mans, spécialisées dans le software, devraient être reprises intégralement car elles peuvent être utiles à d’autres branches. Crolles, qui est tournée vers la production, sera moins touchée que Grenoble cette fois-ci», nuance Eric Potard, délégué CFDT.


Pour Laurent Capella, secrétaire général du CAD-ST (collectif autonome démocratique de STMicroelectronics), cette annonce touche à la fois l’entité CPG (Computer Peripherals Group) et les fonctions centrales de DPG. « On a environ 750 personnes dans ce périmètre à Grenoble, dont la moitié devront partir, par tranches de 150 chaque année ». Il s’interroge sur le caractère volontaire des départs : « Ce ne sont quasiment que des ingénieurs ». Eric Potard rappelle que l’heure est désormais à la négociation du plan de départs volontaires, le 3e qu’a connu ST au cours des 5 dernières années.

Une rencontre à Bercy
Avec 20.000 emplois induits par le secteur de la microélectronique, les réactions politiques se sont multipliées à Grenoble. Six députés PS de l’Isère avaient envoyé une lettre au ministère de l’Economie juste avant la publication des résultats annuels. Contacté, le fournisseur de ST pour les dalles étanches, Soitec, estime cependant que l’annonce n’aura pas d’impact sur ses ventes. « Les circuits pour les décodeurs qui utilisaient la technologie FD-SOI étaient en phase de développement. ST a annoncé l'extension du FD-SOI à d'autres familles de circuits pour l'automobile, le spatial, la défense et l'Internet des objets », précise-t-il.


Le ministère de l’Economie a reçu pour la seconde fois en l’espace de quelques mois, une délégation intersyndicale le 24 février à Bercy. Les syndicats ont une nouvelle fois demandé à l’Etat Français - qui détient aux côtés de son homologue italien 13,5% du capital-, un changement de stratégie et de direction. « Le changement de direction semble toujours à l’ordre du jour », constate Eric Potard. « Au delà du secteur des décodeurs, la question est de savoir si l’on reste dans les circuits complexes », expose Mariano Bona, délégué CGT. Ces derniers affirment que certains projets mis à l’arrêt pourraient reprendre du service, « des clients importants pour ST ayant fait pression pour que l’on n’arrête pas ces produits ».
La question du plan Nano 2017, pour laquelle ST a reçu une aide de 600 millions d’euros de l’Etat pour la construction d’une nouvelle fab avancée -à l’arrêt depuis plusieurs mois-, a aussi été évoquée. « Mais c’est un sujet compliqué tant qu’il n’y a pas de nouvelle stratégie sur la table », observe Mariano Bona. Les syndicats attendent désormais le conseil de surveillance, prévu en mars, suivi de l’assemblée des actionnaires, programmée en mai. Une rencontre avec le député PS de l’Isère, Pierre Ribeaud, est aussi évoquée. Contactée, la direction de ST n’a pas donné suite à notre demande d’interview.