Quelle est l’activité d’Arteris ?
Arteris fait des circuits digitaux pour les semi-conducteurs. C’est une industrie assez dynamique qui a été un peu en difficulté en Europe fin des années 2010. Des entreprises ont fermé, à l’image ici de Texas Instrument. Et nous sommes contents aujourd’hui d’être finalement capables de renforcer cette activité à Sophia Antipolis. Nous ne sommes évidemment pas les seuls, il y a ARM, STMicroElectronics, NXP, Silicon Mobility, Menta, Ceva… des entreprises, plus ou moins grosses, qui font qu’un écosystème est en train de se remettre en place dans l’industrie du semi-conducteur. Arteris amène sa brique avec une équipe de 30 personnes, qui montera à 40 d’ici la fin de l’année. D’où la nécessité de nous installer dans de plus grands bureaux.
Et que faites-vous précisément à Sophia Antipolis ?
Le site de Sophia Antipolis regroupe l’équipe d’ingénierie avancée. Nous travaillons sur les futures générations de produits, qui viendront dans 3-4 ans, sur des architectures des futurs circuits intégrés jusqu’en 2 nanomètres et moins. C’est notre spécialité.
Qui sont vos clients ?
Ce sont des fabricants de systèmes sur puce, de circuits intégrés, de microprocesseurs, comme Samsung ou Bosch pour les plus connus, Mobileye, STMicroelectronics, NXP, Infineon pour les moins connus en Europe. Et ça s’étend jusqu’en Asie avec Toshiba ou Socionext. Nous comptons quasiment tous ceux qui font des circuits intégrés ou des semi-conducteurs, car nous faisons une partie qui entre dans presque dans tous les circuits intégrés, que l’on appelle les interconnects. C’est une pièce un peu centrale et c’est notre expertise depuis 20 ans. Cela reste néanmoins une niche du marché. Dans l’entreprise, en comptant aussi ses deux sites de Paris et près de Versailles, nous sommes près de 300 personnes.
"Cette industrie est redevenue stratégique pour l’Europe."
Vous voulez renforcer encore vos équipes, est-il facile de trouver les bons profils ?
Ce sont des profils spécifiques, d’ingénieurs. Il est vrai qu’en Europe, les écoles d’ingénieurs ont eu tendance à un peu délaisser le semi-conducteur, tout simplement car il y avait moins de demande. Mais ça revient, car cette industrie est redevenue stratégique pour l’Europe. Les écoles d’ingénieurs se remettent donc à former ce type de profils. Alors oui, c’est difficile de trouver de bons profils car tout le monde se les arrache. Néanmoins, nous avons su développer une expertise, un degré de compétence qui est reconnu et qui est largement satisfaisant par rapport à ce que l’on pourrait trouver ailleurs.
Que cela vous apporte-t-il d’être dans cet écosystème sophipolitain ?
Cela nous permet d’accéder à des compétences beaucoup plus rapidement. Même si on se les échange parfois entre entreprises, c’est bénéfique, cela crée un cercle vertueux, car en changeant d’employeur, les collaborateurs progressent. Cela élève donc le standard global de la compétence et de l’expertise, ce qui, au final, rend l’entreprise plus performante. C’est ce qui se passe souvent dans la Silicon Valley et ce qui se passe aussi à Sophia Antipolis. Et puis lorsque l’on a une masse critique, on peut aussi attirer les écoles et les encourager à venir mieux servir le marché. Je pense d’ailleurs que ce serait une opportunité pour les écoles de se relancer à Sophia Antipolis, sur cette filière microélectronique qui a été délaissée.
"Avec l’IA, il y a de plus en plus besoin de semi-conducteurs."
Quelles sont les perspectives, selon vous, pour cette filière ?
Pour moi, c’est même incroyable qu’on l’ait délaissée. Surtout avec l’IA qui arrive, car l’intelligence artificielle, ce n’est que du computing, de l’informatique, et il y en aura de plus en plus. Depuis 40 ans, cette industrie n’a d’ailleurs fait que monter, en volumes et en miniaturisation, et ça s’accélère. Il y a donc de plus en plus besoin de semi-conducteurs. C’est une industrie plus que stratégique. Et Arteris compte bien y jouer tout son poids. C’est aussi quelque chose qui motive les gens, de se retrouver dans une industrie où il y a non seulement, une forte demande en matière de souveraineté, mais qui est aussi au cœur de cette vague d’IA, qui s’appuie à 100 % sur ces microprocesseurs. Je pense qu’on a un rôle structurant pour l’innovation des prochaines années.