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Grenoble : L'agglomération résiste à la crise
Grenoble # Investissement

Grenoble : L'agglomération résiste à la crise

L'agglomération grenobloise, qui a récemment doublé le nombre de communes dans son périmètre, affiche un bilan économique mitigé, entre diversification des activités et faiblesse de certains secteurs tels que le tourisme ou les déplacements.

Selon Marc Baïetto, l'actuel président de l'agglomération grenobloise, La Métro, l'économie locale est « costaude par équilibre : il n'y a aucun secteur dominant. Le plus important représente 12 % des emplois, le plus faible 8 %. Nous avons tenu le choc de la crise par la diversification des activités. Mais il ne nous faut pas perdre un des morceaux... » L'extension du territoire de la Métro fait par exemple entrer le secteur de la chimie dans les compétences de l'agglomération avec la plateforme de Jarrie. Or, « ce site souffre. Nous récupérons donc la question de l'évolution et de la sauvegarde du secteur ».De son côté, Michel Savin, président UMP du groupe d'opposition Métro Alternatives, reconnaît que si l'Isère est « moins impactée par les fermetures d'entreprises que d'autres départements, la situation se dégrade avec une augmentation du nombre de chômeurs, une précarisation des salariés et un nombre d'emplois publics plus élevés qu'ailleurs, avec 20 % de l'emploi total. C'est une cause de fragilité, particulièrement dans un contexte général de désindustrialisation, par exemple dans les secteurs de la papeterie et de la métallurgie. »À l'inverse, Marc Baïetto souligne le succès de la micro-nano technologie. « La signature de Nano 2017 apporte une visibilité sur dix à quinze ans. Nous avons consolidé ce qui n'était encore qu'un rêve il y a douze ans et qui est une réalité aujourd'hui. Si les engagements en termes d'emplois de Nano 2012 ne sont pas tenus à la lettre, nous avons un secteur structuré et consolidé avec des emplois implantés localement, ce qui est plus important que la comptabilisation de boîtes de conserve ! Il est réconfortant de voir l'adhésion d'un territoire à la création d'un secteur puissant. De plus, un euro des collectivités dans le programme Nano 2012 représente un retour de dix euros : nous enrichissons l'agglomération ! »




Finances publiques

Michel Savin considère que s'il « faut soutenir les filières d'excellence en recherche et innovation, qui drainent des finances publiques, il ne faut pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. Pendant combien de temps encore l'État va-t-il soutenir Nano 2017 ? Nous devons être prudents sur la baisse des financements publics car Grenoble sera la première pénalisée. Tout ne peut pas reposer sur eux car les collectivités n'en auront un jour plus les moyens. »« Aux partisans du "laisser faire l'entreprise", je réponds que ce n'est pas mon idée, réplique Marc Baïetto. Les partenaires économiques nous sollicitent régulièrement et savent où nous trouver pour les questions de foncier, d'accessibilité, d'accès, etc. Nous ne faisons pas de l'interventionnisme mais nous sommes là en réponse et en appui. L'entreprise, ce n'est pas qu'une affaire privée. »




Disponibilités foncières

S'il « déplore la disparition de la taxe professionnelle », Marc Baïetto admet que cela « facilite l'implantation d'entreprises sur le grand territoire grenoblois. Il y aura toujours des querelles bébêtes sur "chez moi c'est plus beau qu'en face", mais ce qui compte ce sont les emplois créés et maintenus ici ». Il souligne toutefois que « l'effondrement des recettes économiques pèse beaucoup sur les comptes publics » et pose « la question des liens entre territoire et finances publiques. Beaucoup trop de terrains économiques sont mutés en logements, qui ont une meilleure rentabilité fiscale... »Mais il estime qu'il n'y a pas tant de difficultés foncières sur l'agglomération et « plaide pour un document d'urbanisme à grande échelle », créé pourquoi pas avec l'agglomération voisine de Voiron. « Il nous faut dépasser le cadre petit bras du PLU local. Le schéma de cohérence territorial concerne 273 communes et peut permettre beaucoup de choses ! » Il se félicite de l'adoption du Scot à 86 % des voix par douze intercommunalités, du lancement de Vega (association réunissant la Métro et le Pays Voironnais) et de la création de l'association du Sillon alpin. Pour Michel Savin, « le Sillon alpin ne débouche pas sur grand-chose. Je préfère travailler avec Lyon et changer d'orientation. »




Quelle place pour Grenoble ?

Le classement par Forbes de Grenoble comme cinquième villa plus innovante au monde conforte également le président dans son bilan, même si la visibilité de l'agglomération n'est pas encore acquise. « Ce qui compte, c'est l'innovation et la création d'emplois, que l'on soit connu auprès de ceux qui prennent des décisions économiques plutôt que de ceux qui parlent. Après, la question est celle de la place de la Métro au sein de Rhône-Alpes. Nous pouvons offrir quelque chose de radicalement différent en termes d'environnement et de laboratoires hyperpointus ; je ne suis pas pour une mégapole qui bouffe tout. Nous tenons une place différente de celle de Lyon qui peut être une locomotive pour la région. »




Les transports encore

Marc Baïetto reconnaît ne pas afficher un bilan parfait. Il aurait voulu entamer le travail avec la CCI de Grenoble « plus tôt » et « rêve d'un guichet unique pour les entreprises. Je regrette de ne pas l'avoir inauguré ». Mais il espère pouvoir le faire lors de son prochain mandat, lui qui se pose déjà en candidat à sa propre succession.Côté transports, le bilan n'est pas rose non plus. Mais Marc Baïetto estime que « les villes qui n'ont pas de problèmes de bouchons sont celles qui n'ont pas d'emplois ! » Et il persiste dans son ambition d'implanter le transport par câble sur l'agglomération, que ce soit vers le Vercors ou ailleurs. Mais « il ne désespère pas d'arriver à fédérer les transports en commun » de l'agglomération grenobloise avec le Voironnais et le Grésivaudan.Pour Michel Savin, il faut « rendre l'agglomération attractive en levant les obstacles des transports. Nous devons développer l'accès à l'aéroport de Saint-Exupéry par une ligne ferroviaire à grande vitesse. Cela demande une volonté politique. Quant aux bouchons dans l'agglomération, des solutions sont à trouver, que ce soit les aménagements routiers de l'A480, l'organisation des transports en commun interagglomérations, le covoiturage, le péage urbain ou les aménagements d'horaires de travail. »Parmi les sujets économiques qui restent en chantier, le plus urgent serait celui du tourisme. « Le tourisme a été négligé, souligne le président Baïetto ; c'est un secteur où nous sommes nuls ! Il est temps que nous reprenions pied sur ce chantier qui a été, très honnêtement, complètement délaissé. »

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