Grenoble : Eric Piolle : « Nano 2017, une preuve d'amour pour laquelle on se coupe le bras »
# Politique économique

Grenoble : Eric Piolle : « Nano 2017, une preuve d'amour pour laquelle on se coupe le bras »

Élu l'an dernier à la tête de la ville de Grenoble, après 19 ans de mandature socialiste, le maire écologiste Eric Piolle dresse le bilan de sa première année, et de ses priorités pour la ville de Grenoble. Transports, énergie, BTP mais aussi filières à développer : l'élu grenoblois livre les enjeux de ses prochains mois de mandat.

Après cette première année à la tête de la ville, quelles sont vos priorités économiques pour les prochains mois ?
Le gros du travail, qui est toujours sur notre table, est de coordonner l'ensemble des acteurs économiques. La compétence économique ayant été transférée à la métropole en janvier dernier, on recherche avant tout à travailler en équipe et à avoir une stratégie collective pour le territoire. Nous avons la volonté de conditionner les aides économiques aux entreprises privées pour que le territoire puisse avoir un retour. Cela commence par le partage des risques : il faut que si les projets marchent, le public puisse en récupérer une part pour l'injecter ailleurs dans un esprit vertueux, à travers des dettes remboursables ou des prises de participation. Ce sont d'ailleurs des éléments qui sont dans le programme de François Hollande, mais qui n'ont pas été mis en oeuvre, et qui s'adressent plutôt aux entreprises étant dans une phase d'amorçage, de développement fort pour franchir des paliers.



Est-ce que cela signifie aussi qu'à partir de ces critères, des projets comme celui de Nano 2017 n'auraient pas été financés ?

Pour le plan Nano 2017, on a fait le choix de maintenir la participation de la ville, mais sur le projet qui avait été voté à 25M?, on a réduit notre participation à 10M?. Personne ne s'en est plaint, tout le monde l'a compris. Il faut d'ailleurs se féliciter que nous ayons sur ce projet une vision européenne, au lieu d'une vision de compétition entre les différents pays. Par contre, nous sommes le seul, parmi les trois pays participant à ce programme européen, où les collectivités locales financent le projet. Sur 3Md?, notre participation s'élève à moins de 1 % : c'est un petit signe positif, une preuve d'amour pour laquelle on se coupe un bras.



Sur quelles filières comptez-vous miser ?

Il faut penser à l'élargissement du modèle : car même si l'on doit s'appuyer sur la microélectronique et quelques gros acteurs, il faut miser aussi sur des filières qui sont peut-être moins prestigieuses mais locales, comme le domaine du logiciel, des services, ou de l'économie résidentielle, dont on constate le déficit au sein de la métropole et qu'il faut donc développer. C'est aussi vrai pour les filières liées à la forêt ou à l'agriculture, qui ont du sens à l'échelle de la métropole, ainsi que pour l'économie sociale et solidaire et du partage, où l'on peut croiser la richesse de l'innovation grenobloise, des services et de l'industrie vers un nouveau modèle économique lié à l'usage, et non pas à la propriété directe des biens.



On a vu notamment la plateforme photonique, inaugurée par le CEA, et dont la ville a participé à hauteur de 1 M€, contre 23 M€ pour la région. Les nanotechnologies restent-elles importantes pour l'image de la ville ?

C'est une réalité. Nous sommes toujours là pour en rencontrer les acteurs, les clients, et pour essayer d'en développer les salons... Nous votons d'ailleurs ce mois-ci l'attribution du marché de l'éclairage public où un acteur privé, Philips, s'est appuyé sur l'expertise de start-up locales. Quant à la photonique, elle fait aussi partie des filières d'avenir, mais il est important de montrer la diversité car mettre en avant un seul secteur peut devenir nuisible. La microélectronique est un domaine structurellement fragile, où l'on n'est jamais à l'abri de rater un virage technologique, ce qui peut exercer une pression très forte. Il ne faut donc pas mettre tous ses oeufs dans le même panier.



Vous aviez dénoncé le manque de dotations lors de la grève du BTP, tandis que l'opposition parlait d'un manque d'engagement de la ville. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Nous continuons les contacts : j'ai rencontré le Préfet de région récemment, et nous avons abordé la question de l'échangeur du Rondeau, de l'amélioration ferroviaire entre Grenoble et Lyon et de la transition énergétique des bâtiments. Nous avons voté à la Métropole le doublement du nombre de logements privés à rénover, et au niveau d'Actis, le doublement de la rénovation énergétique du parc social. On a donc des enjeux qui se croisent à la fois pour le BTP, la transition énergétique et le pouvoir d'achat des habitants. Nous venons aussi d'obtenir la rénovation du CHU de Grenoble pour un budget de 180M? sur 7 ans, financé à la fois par l'État, l'Agence régionale de santé et le CHU sous forme d'emprunts. C'est un chantier colossal en terme d'investissements, et qui va aussi permettre de restructurer les urgences ainsi que les flux de bloc pour une meilleure coordination et efficacité médicale.




Du point de vue des transports, les présidents de la CCI et du Conseil Général avaient eux aussi appelé vers une meilleure desserte ferroviaire. Est-ce une priorité que vous partagez ?
Dans le Contrat Plan État Région (CPER), il est déjà prévu une nouvelle voie pour la gare de Grenoble. Mais on ne réglera pas la question du Lyon/Grenoble sans traiter la question du noeud ferroviaire lyonnais, qui quand il bloque, impacte les 2/3 de la France. Aujourd'hui, le réseau lyonnais a un problème de vieillissement et l'enjeu est d'abord d'améliorer la circulation au quotidien. Une fois que les travaux qui sont en cours seront terminés, on redescendra déjà à 2h50 pour Paris, contre 3h20 aujourd'hui quand tout va bien. L'enjeu n'est pas de gratter encore un quart d'heure mais d'améliorer les liaisons quotidiennes pour des milliers de personnes qui prennent le train tous les jours, pour agir sur les problèmes de trafic et de pollution. Cela nous permettra aussi d'entrer, sur un horizon de 15-20 ans, sur une logique de tram-train dans l'Y grenoblois, à la fois sur Vizille et sur les branches du Grésivaudan et du Voironnais.




L'élu UMP, Jean-Pierre Barbier, qui vient d'arriver à la tête du Conseil Général, n'a pas caché sa volonté de remettre à plat les dossiers routiers, comme l'A51 ou l'A480. Des négociations sont-elles possibles ?
Nous les avons rencontrés. Il faut encore qu'ils prennent leurs marques, mais il n'y a pas de raison que cela se passe mal. Des discussions sont possibles, encore faut-il sortir des discussions de campagne pour regarder en pratique les dossiers. Mais leur posture générale ne change pas grand-chose pour nous, car c'était déjà celle de l'équipe socialiste précédente. André Vallini était un fervent défenseur de la Rocade Nord, de l'A51, et avait d'ailleurs voté la baisse des subventions pour les transports en commun mais une augmentation pour le routier.



Vous aviez également évoqué un projet de logistique urbaine pour livrer de manière groupée les entreprises...

Les discussions sont en cours et de premiers groupes de travail ont commencé à échanger. Une mutualisation des flux sur le marché d'intérêt national va commencer, en organisant des livraisons groupées. Nous avons commencé le travail avec des acteurs logistiques depuis un ou deux mois, pour une logistique urbaine dont il faudra délimiter les contours. Nous n'avons pas encore de données sur le financement, mais il y a des gens qui sont intéressés, comme le P-dg de la Poste, qui souhaiterait transformer ses pratiques et passer en mode " propre ".



Aux dernières élections départementales, le Rassemblement citoyen n'a remporté que 2 cantons, contre jusqu'à 9 attendus : comment l'expliquez-vous et quelles sont les perspectives pour les régionales ?

Même si nous n'avons pas passé le deuxième tour à l'extérieur de Grenoble, nous avons enregistré une progression partout en Isère. Sur les six conseillers sortants à Grenoble, il y avait 6 conseillers socialistes et un écologiste (avant le redécoupage des cantons, NDLR). Nous considérons qu'il y a tout de même eu un retournement car nous avons aujourd'hui 4 conseillers du Rassemblement et deux socialistes. Mais de manière plus globale, on est passé pas loin du message que nous voulions porter, et qui était de dire que si certains socialistes s'étaient démarqués du gouvernement, on aurait pu avoir un département restant à gauche, avec une majorité de gauche citoyenne et écologiste, qui nous ressemble. Nous restons dans la même logique pour les élections régionales, à savoir d'avoir des rassemblements autour d'un projet et qui obtiennent ensuite le soutien de formations politiques et citoyennes dépassant les étiquettes.



Après reprise des discussions avec GEG (Gaz Électricité de Grenoble), le contrat a finalement été accordé à un consortium privé, avec passage en régie publique pour le chapeauter : pouvez-vous nous expliquer ce choix ?

Comme nous nous y étions engagés cet automne, nous avons étudié la possibilité de créer une régie publique pour gérer directement le contrat de l'éclairage public et les investissements. Après avoir discuté avec les syndicats, nous avons finalement conservé la piste du marché CREM tel qu'il avait été validé à l'automne, en créant par contre une régie qui pilotera le projet pour s'assurer de ne pas manquer de contrôle public. Avec un retour en régie et gestion publique prévu à l'issue du contrat, c'est-à-dire dans 8 ans. Nous avons été clairs sur ce fait et les acteurs privés viennent avant tout chercher à démontrer des capacités, qu'ils pourront ensuite dupliquer ailleurs. Ils ont bien compris qu'ils ne géreraient pas l'exploitation à l'issue de ce marché.




Cela forcera-t-il GEG à réorienter son offre ?

Le marché de l'éclairage ne représentait que 2 % du CA de GEG. Nous avons eu des discussions dans lesquelles nous avons garanti un maintien de l'emploi. L'enjeu fort est désormais sur la partie distribution et commercialisation, où il y a beaucoup de choses à faire, avec un service public qui va devoir se transformer pour faire face aux objectifs de sobriété énergétique. Nous avons la chance d'avoir une entreprise locale comme GEG qui correspond à notre vision du monde de l'énergie et il y a encore beaucoup à faire en terme d'investissements et de projets d'énergies nouvelles, en vue de commercialiser des énergies propres.

Grenoble Isère # Politique économique