À Rouen, l’équipe de chercheurs de l’Inserm 1245 a mis au point des solutions techniques permettant de caractériser certains cancers (les lymphomes et les sarcomes), en croisant des technologies de biologie moléculaire, d’intelligence artificielle et de bio-informatique. Une avancée importante dans ce domaine où le diagnostic est complexe, dur et coûteux, et dépend beaucoup du praticien. Genexpath a été créé pour diffuser ces innovations. Souvent, pour valoriser des découvertes scientifiques, les chercheurs montent leur propre entreprise, ou alors un groupe pharmaceutique acquiert la technologie. Genexpath représente une troisième voie, celle d’une start-up autonome.
Fin 2019, Normandie Valorisation, structure d’appui au transfert de technologie de l’université, a mis en relation l’unité de recherche avec Juliette Renauld, ancienne co-dirigeante d’Interactive Biosoftware, société de logiciels bio-médicaux, qu’elle avait revendue en 2018. Séduite par le projet et sa viabilité, cette dernière a accepté de tenter l’aventure entrepreneuriale et d’en prendre les rênes. Après une année de préparation, l’entreprise est née en novembre 2020, avec à son capital des apports du centre Henri Becquerel (Inserm), de Normandie Valorisation, de chercheurs de l’équipe et de Juliette Renauld.
"Les travaux des chercheurs étaient très avancés, au-delà de la preuve de concept, mais n’étaient pas encore commercialisables", décrit la dirigeante. La première année a consisté à s’installer dans ses 160 m2 de locaux à Rouen, à définir un protocole de production, de packaging, de transport, de contrôle qualité. Il s’est aussi agi de développer la plateforme informatique, centrale dans cette technologie. Les clients de Genexpath, des spécialistes du diagnostic tels que des laboratoires d’analyses, lui achètent une solution d’analyse à réaliser en trois volets : l’application de réactifs utilisés in vitro dans le laboratoire, puis une opération de séquençage nouvelle génération. Enfin, son résultat, traduit sous forme de fichier informatique, est soumis à la plateforme de Genexpath. Celle-ci permet la caractérisation fine du lymphome, en s’appuyant sur des données agrégées par l’intelligence artificielle. "Il existe de nombreux sous-types de lymphomes, et selon sa caractérisation, ce n’est pas le même pronostic, ni le même traitement", décrit Juliette Renauld. Les produits de Genexpath se veulent abordables et simples à mettre en œuvre.
Objectif : 50 % à l’export
Soutenue par Bpifrance, le Conseil régional de Normandie, incubée puis accélérée par Normandie Incubation, la jeune entreprise a enclenché le développement de son activité. 2022 a vu les premières commercialisations et une première levée de fonds de 300 000 euros auprès d’un industriel et de deux groupes de business angels. Forte de ses huit collaborateurs, la start-up compte aujourd’hui une dizaine de laboratoires utilisateurs en France, mais Genexpath vise désormais l’international. En 2023, un premier accord avec un important distributeur a été trouvé : cela lui permet d’être présente dans une vingtaine de pays, principalement en Europe.
"Notre technologie n'est pas limitée au cancer ".
Un deuxième distributeur est actif en Corée, et un accord avec un partenaire en Israël est en cours de discussion. La quasi-totalité du chiffre d’affaires 2023 (114 000 euros) est issue de l’activité en France, car les opérations à l’étranger s’inscrivent dans un temps long. "Il faut un plan d’acceptation au niveau administratif, donc des financements. Il faut ensuite du temps de mise en place, les structures doivent s’organiser pour suivre de nouveaux protocoles, le personnel doit changer ses habitudes. Et on est aussi confronté au manque de personnel dans les hôpitaux", détaille la dirigeante. Toutefois, la part internationale va aller grandissant, jusqu’à l’objectif affiché de 50 % fin 2025.
Une levée de fonds en cours
Pour accélérer ce déploiement, une nouvelle levée de fonds est en cours jusqu’à la fin de l’année, avec un objectif de 600 000 euros. "Elle va nous permettre d’accentuer nos efforts de communication et de marketing, notamment à l’international", décrit Juliette Renauld. Après Israël, la start-up s’intéresse aux pays baltes, au Japon, et, compte ensuite travailler son implantation en Amérique du Nord où elle n’est pas encore présente.
L’entreprise normande va également continuer d’investir sur la R & D, autre volet incontournable de son développement. "Notre technologie n’est pas limitée au cancer", explique la dirigeante. À moyen terme, Genexpath va pouvoir prendre en charge de nouvelles pathologies, et donc s’ouvrir de nouveaux marchés.