« L'affaire fait suite à un conflit débuté en 1998 lorsque j'ai refusé de vendre mon entreprise, Gaches Chimie à Brenntag (10 Mds€ de CA, multinationale spécialisé dans la distribution des commodités chimiques telles que les solvants, les alcools, les acides, les éthers, etc., ndlr). J'ai alors subi des actions de rétorsion, d'autant plus que j'ai refusé de faire partie de l'entente qu'ils me proposaient. Cette entente se composait de Brenntag et de l'ensemble des gros industriels du secteur. Du coup, l'argent qu'ils engrangeaient leur a permis de pratiquer des prix prédateurs, capter des fournisseurs, etc. Pour que ma société subsiste, il était impératif de faire cesser cette concurrence illégale. Le problème, c'est que le droit de la concurrence est méconnu des chefs d'entreprise car c'est un droit jeune. Si le droit des brevets est bien compris, les ententes et abus de position ne le sont pas. Je me suis donc tourné vers la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes qui m'a expliqué les démarches à suivre et m'a dirigé vers l'Autorité de la concurrence. Je me suis aussi entouré d'avocats spécialisés. Dans mon cas, ils étaient à Paris. »
Susciter des plaider coupable
« Ce qui est difficile c'est de produire suffisamment de preuves contre l'entente alors que je n'en faisais pas partie. La seule solution qui s'offrait à moi : obliger ses membres à plaider coupable. En effet, il existe une procédure de clémence qui permet à une entreprise qui porte à la connaissance de l'Autorité de la concurrence d'une entente à laquelle elle a participé d'être exonérée de sanction totalement ou partiellement. Cette loi existe depuis 2002 mais ses applications sont précisées depuis 2006. C'est à cette période que j'ai donc informé certains membres de l'entente de mon intention de porter plainte contre eux. À partir de là, ça a été une course contre la montre pour chacun d'entre eux afin de plaider en premier coupable pour être exonéré. Sept années auront été nécessaires pour obtenir gain de cause. Le jugement a été rendu le 27 mai dernier : Brenntag, considéré comme le pivot, a été condamné à une amende de 48 M€ et sa maison-mère à 5 M€. Des enquêtes ont d'ailleurs démontré que le groupe est impliqué dans d'autres ententes en Europe. Au total, les distributeurs ont été condamnés à 79 millions d'euros d'amende. Dans son jugement, l'Autorité de la concurrence met en évidence que de grands groupes industriels mais aussi de nombreuses PME et des collectivités ont été victimes de l'entente en payant plus cher leur approvisionnement en matière première. Reste à savoir comment les directions d'achats des entreprises vont intégrer ce jugement ? Et comment les fournisseurs et les clients qui travaillent en exclusivité avec Brenntag et Univar vont réagir ? Si la concurrence est assainie, les effets de l'entente vont encore se faire sentir un certain temps. »
Reprise des investissement
s « Le coût d'une telle procédure est très difficile à évaluer car il demande beaucoup de temps et d'énergie. Ma chance est de diriger une entreprise saine et familiale qui m'a permis de maintenir mon activité même si elle était limitée et d'avoir en parallèle une seconde société, Gaches Chimie Spécialités qui elle n'était pas concernée par les méfaits de l'entente puisqu'elle se positionne sur des marchés différents. Aujourd'hui pour la distribution de commodités, le développement peut enfin reprendre après dix ans de stagnation. En 2012, nous avons réalisé un chiffre d'affaires de 26 millions d'euros. Et nous venons de prendre une participation dans un investissement de 5 millions d'euros dans un site Seveso seuil bas, dans La Gloriette à Beaucaire, dans le Gard. »
Gaches Chimie
(Escalquens) Dirigeant : Pierre Gaches CA groupe 2012 : 93 M€ 250 salariés 05 62 71 95 95 www.gaches.com