Fusion 3A/Sodiaal : Un géant français du lait en construction
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Fusion 3A/Sodiaal : Un géant français du lait en construction

Approuvé le 25 juin par les conseils d'administration de 3A et Sodiaal, le projet de fusion des deux groupes coopératifs devrait être effectif au 1er janvier prochain. Décryptage d'une opération qui donnera naissance au premier collecteur de lait français.

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a relation préexistante entre 3A et Sodiaal

Avant de s'engager dans ce projet de rapprochement, 3A et Sodiaal étaient tout sauf des étrangers l'un pour l'autre. Tous deux acteurs de l'industrie laitière française, partageant un même statut coopératif, et les valeurs qui y sont associées, les groupes entretenaient également des liens capitalistiques, 3A étant partenaire minoritaire de Candia (à hauteur de 7 % à fin 2012), filiale de Sodiaal (cf. encadré ci-dessous) et Sodiaal ayant une participation de 1 % dans Les Fromageries Occitanes. Sur leur activité amont de collecte de lait, les deux groupes travaillaient déjà ensemble, 3A fournissant par exemple 220 millions de litres à Candia pour alimenter leur usine commune de Lons (Pyrénées-Atlantiques) et Sodiaal vendant à 3A quelque 20 millions de litres pour la fabrication de son Saint-Nectaire, qui s'effectue dans une zone en déficit de lait.




La situation financière de 3A avant le rapprochement

Sur cette question, Thierry Lanuque, président de 3A Coop, joue la transparence : « 3A est une structure qui a toujours investi entre 13 et 15 M€ par an pour entretenir ses sites industriels mais qui ne parvient pas à se désendetter. Depuis dix ans, notre endettement varie entre 130 et 140 M€. Or, vu notre taille, nous ressentons fortement les aléas du marché et notre résultat courant s'en ressent : l'an dernier, il a été négatif de 1 M€. Aussi faut-il être réaliste : nous n'avons pas la taille critique suffisante pour affronter les enjeux de demain, dans un contexte où nos concurrents se regroupent, en Europe du Nord notamment. »






Les autres pistes étudiées par 3A

Le sujet est plus sensible mais il se murmure qu'un rapprochement avec Bongrain (partenaire minoritaire des Fromageries Occitanes) avait été un temps envisagé et qu'un autre gros collecteur de lait aurait aussi eu des vues sur 3A...




Les motivations du rapprochement

Si 3A était à la recherche d'un partenaire auquel s'adosser, c'est avant tout « dans un objectif d'anticipation, afin de se préparer au mieux au grand bouleversement qui attend le monde laitier, avec la suppression des quotas laitiers en 2015 qui signifie la fin de la maîtrise de la production en France et en Europe », résume Thierry Lanuque. Le directeur général de 3A insiste sur les finalités de ce rapprochement : « En amont, le défi est d'offrir une visibilité sur la valorisation de leur lait à nos producteurs sociétaires et salariés dans une région dont on oublie souvent qu'elle est à faible densité laitière. Ce sera d'autant plus essentiel lorsqu'on sera engagés dans une course aux volumes... En nous rapprochant de Sodiaal, nous élargissons le champ de cette valorisation. » Les débouchés du lait collecté par 3A Coop seront notamment beaucoup plus vastes au niveau des activités fromages et sérums, où « des synergies sont évidentes », selon Philippe Carré.




Quelques unes des synergies envisageables

- Sur l'activité fromages, le nouvel ensemble sera demain en mesure de proposer « le plus large plateau de fromages de terroirs et AOP », fruit de l'association des marques Entremont, Monts et Terroirs, CF&R, Les Fromageries de Blâmont et Les Fromageries Occitanes. Performant sur l'Italie et l'Espagne, 3A va également s'ouvrir des débouchés commerciaux sur la Grande-Bretagne, l'Allemagne et la Belgique, sans oublier la GMS française, grâce à la force commerciale de Sodiaal : « 40 vendeurs chez Entremont ! », souligne Philippe Carré. - Sur l'activité produits industriels, les perspectives de croissance à attendre du rapprochement d'Eurosérum (Sodiaal) - leader mondial des poudres de lactosérum déminéralisé - et Bonilait Protéines (3A) sont très importantes. Sodiaal investit aujourd'hui très fortement sur cette activité, promise à un fort développement international. « La consommation de protéines laitières augmente de façon exponentielle en Chine et ce pays a la volonté de s'approvisionner en France, où l'on est en mesure de garantir une traçabilité et une sécurité alimentaire totales », décrypte un expert de l'industrie laitière. Fin 2012, Sodiaal a d'ailleurs signé un partenariat avec le producteur chinois de lait en poudre pour nourrissons Synutra, se traduisant par un investissement de presque 100 M€ dans l'ouverture de nouvelles tours de séchage à Carhaix (Finistère). Spécialisée dans les sérums réengraissés, destinés à l'alimentation animale et l'industrie alimentaire (tandis qu'Eurosérum fabrique des sérums déminéralisés, qui sont à la base du lait en poudre pour bébés), Bonilait Protéines voit néanmoins dans cette fusion une opportunité de « spécialiser les outils de production et rationaliser les flux. La matière première que nous envoyons aujourd'hui sur nos sites de Saint-Flour ou Poitiers pourra peut-être demain être traitée sur Rodez », développe Philippe Carré.




Le calendrier de la fusion

Approuvé par les conseils d'administration de 3A et Sodiaal le 25 juin, le projet de fusion entre maintenant dans une nouvelle étape. « Les instances représentatives officielles ont déjà été informées mais nous allons maintenant lancer la consultation officielle », explique le président de 3A, Thierry Lanuque, qui annonce l'organisation d'assemblées de sections dans les départements, afin de désigner des représentants des sociétaires. « Ce sont eux qui voteront définitivement le projet lors de l'assemblée générale extraordinaire de fusion, qui devrait se tenir avant la fin de cette année, l'objectif étant de démarrer au 1er janvier avec des structures coopératives (3A Coop et Sodiaal Union, ndlr) fusionnées. La fusion des holdings (3A Groupe et Sodiaal International, ndlr) se fera dans un second temps, courant 2014. » D'ici là, les autorités de la concurrence auront eu à se prononcer sur cette fusion. Une formalité obligatoire qui n'inquiète pas Thierry Lanuque : « Je suis serein car 3A et Sodiaal sont complémentaires et non concurrents. »

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