Fruits et légumes : Les producteurs dénoncent les distorsions de concurrence
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Fruits et légumes : Les producteurs dénoncent les distorsions de concurrence

Agriculture Les asperges, salades et fraises d'Alsace et de France sont vendues plus chères que celles produites en Allemagne et en Espagne. Une distorsion de concurrence due au coût du travail que subissent les maraîchers français. L'Alsace s'en sort mieux grâce aux circuits courts.

«Nous voulons plus d'Europe. Nous demandons une convergence des politiques de l'emploi dans l'Union européenne. Depuis le traité de Maastricht en 1992, plus rien n'a été fait», déplore Denis Digel, maraîcher à Sélestat, et président de la section fruits et légumes de la fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles. Robert Burgaentzlen, maraîcher à Colmar, tient les mêmes propos: «Notre objectif n'est pas de payer nos employés 300euros par mois. Nous voulons une harmonisation européenne vers le haut, pas vers le bas. Nous demandons à la France de faire une pause dans l'augmentation des charges et aux autres pays d'en payer pour que les employés puissent vivre dignement dans le pays où ils travaillent». Vieux serpent de mer du monde agricole, la distorsion de concurrence a commencé dès 1986 quand l'Espagne et le Portugal sont entrés dans l'Union européenne. Les bas salaires de ces pays ont fait chuter les prix des fruits et légumes. Puis en 1991, l'Allemagne a introduit un système dérogatoire permettant une exonération totale de charges sociales pour l'emploi de salariés saisonniers pour une durée inférieure à deux mois. «Mais depuis décembre2011, cette durée a été allongée à six mois», souligne Denis Digel, qui suit également les questions du coût du travail à la fédération Légumes de France.




L'Allemagne encore première en Europe

À cela s'ajoute l'absence de salaire minimum, une durée légale du travail de 60heures par semaine contre 35 à 39heures en France et l'assimilation des dimanches et jours fériés à des jours «normaux». Résultat: le coût de l'emploi saisonnier agricole est au minimum 1,5 fois plus cher en France que chez son voisin rhénan. «Depuis 2009, la France, qui était la première puissance agricole européenne, s'est fait devancer par l'Allemagne», souligne Denis Digel. Au cours des 10 dernières années, les surfaces cultivées en légumes, à l'exception des légumes secs, ont diminué de 15% dans l'Hexagone. Durant la même période, ces surfaces cultivées en légumes ont progressé de 21% en Allemagne. En Alsace, les exploitations font en moyenne 10 hectares, contre 600 de l'autre côté de la frontière. Pour le responsable alsacien de Légumes de France, la situation est alarmante d'autant que le nouveau gouvernement souhaite revenir sur certaines mesures qui avaient contribué à alléger les charges patronales comme la TVA sociale et la réduction Fillon sur les bas salaires.




L'Alsace un peu préservée

Mais le maraîcher admet que l'Alsace «s'en sort un peu mieux» que les autres régions grâce aux circuits courts et à la prise de conscience des consommateurs. Depuis 2003, certains producteurs, grossistes et distributeurs se sont regroupés au sein de l'interprofession Fruits et Légumes d'Alsace. Sous cette marque, l'interprofession garantit au consommateur l'authenticité du terroir, la qualité, la fraîcheur et la traçabilité du produit. «Nos volumes sont en hausse. Nos clients de la grande distribution nous sollicitent de plus en plus car les consommateurs sont sensibles à la fraîcheur de nos produits», observe Robert Burgaentzlen. Certes, le prix n'est pas le seul facteur d'achat. Plus attentifs qu'auparavant à ce qu'ils mettent dans leur assiette, les consommateurs tendent à privilégier la proximité et la qualité. Reste que le différentiel du coût du travail entre la France et nos voisins fragilise les 450exploitations maraîchères en Alsace et ses 3.000 emplois à temps plein.

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