Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau, en visite cette semaine à Nantes, a évoqué « une croissance française assez résiliante ». Un mieux conjoncturel, donc, porté par une meilleure consommation des ménages, un redémarrage des investissements des entreprises et soutenue par une « politique monétaire non conventionnelle » de la Banque centrale européenne, gonflant de 0,5 % l'inflation française. Légèrement négative, elle flirte actuellement avec le niveau zéro. François Villeroy de Gallau a réaffirmé l'impérieuse nécessité de retrouver, à moyen terme, une inflation moyenne de l'ordre de 2 %, afin d'éloigner « le risque mortel de la déflation ».
Mais si la croissance, bien qu'inférieure à celle de nos voisins européens reprend quelques couleurs, le gouverneur de la Banque de France a insisté sur les nécessaires réformes à mener : réforme de l'Etat (sécurité sociale et emploi), réforme du marché du travail, réforme de l'éducation et notamment de l'apprentissage et réformes pour les entreprises. Entretien.
François Villeroy de Galhau, la politique de la BCE a-t-elle pour effet d'anesthésier la véritable situation économique de la France ?
« Non. La politique de la Banque Centrale européenne contribue au soutien de l'activité et de l’inflation. Pour amplifier la croissance, une politique monétaire favorable est nécessaire. Nous l'avons aujourd'hui. Mais une politique monétaire, à elle seule, ne suffit jamais à soutenir la croissance. La croissance tient surtout au dynamisme des entreprises, à la confiance des entrepreneurs, à la simplification administrative, au redémarrage de l'investissement. Certains signes sont favorables actuellement. Mais nous devons poursuivre les réformes. Et là, nos voisins européens nous montrent le chemin.»
Vous dites qu’il faut avant tout redonner confiance aux entrepreneurs en France. Mais quand on voit les manifestations dans le cadre de la loi El Khomri pourtant vidée de sa substance réformatrice initiale, on se dit que la France a une incapacité chronique à se réformer, non ?
« Je ne ferai pas de commentaire sur l'actualité immédiate. Je peux toutefois élargir ma réflexion dans l'espace et dans le temps. Nos voisins européens nous montrent que les réformes ne sont jamais faciles, mais qu'elles sont possibles et efficaces. L'Allemagne est aujourd'hui en situation de plein emploi avec une croissance supérieure à la nôtre. Quand on regarde dans le temps, dans notre propre histoire, la France a su mener des réformes, notamment entre 1985 et 2000 quand elle a dû préparer le passage à l'Euro. Sur une période récente, il y a eu des réformes des retraites. Cela n'a pas été facile. Plus récemment, la création du Pacte de responsabilité et du CICE ont agi avec efficacité sur la compétitivité des entreprises. Et nous en percevons aujourd’hui les effets.»
Pour vous, la France ne présente pas de risque de bulle financière. Quels éléments vous permettent de le dire ?
« Le haut conseil de stabilité financière, créé par la loi bancaire de 2013, et présidé par le ministre des Finances tenait hier sa neuvième réunion. Au cours de ces réunions trimestrielles, nous analysons l'évolution des risques et de divers prix (les volumes de crédits, le prix des actions...) par rapport aux fondamentaux économiques. Et jusqu’à présent, il n'y a pas eu d'alerte sauf dans le secteur de l'immobilier de bureaux en Ile-de-France. Donc, aujourd'hui, il n'y a pas de bulle financière. La Banque centrale européenne effectue le même travail. Ses conclusions sont les mêmes. Mais, et ce point est central, nous ne pouvons accepter une inflation proche de zéro, néfaste pour l'économie française et européenne. Nous devons donc être à la fois vigilants et actifs sur la politique monétaire.»
Vous évoquez également un redémarrage de l'investissement des entreprises. A quoi l'attribuez-vous : A la politique monétaire qui crée des conditions favorables aux investissements ou au suramortissement introduit par le gouvernement ?
« Les deux. Mais la perspective de reprise s'inscrit aussi dans la durée. Elle est un facteur de confiance des entrepreneurs. Et il est impératif d'accroître ce mouvement. D'où l'importance des réformes. Nos voisins européens, par leur expérience, nous montrent qu’elles permettent d'amplifier la croissance et surtout de faire reculer le chômage.»
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