Organisé par les Conseillers du commerce extérieur de la France et la CCI Marseille-Provence, en partenariat avec Ubifrance et les Missions économiques, le Forum Grand Maghreb a permis à de nombreux dirigeants de la région, investisseurs potentiels, de découvrir les atouts et les faiblesses économiques des pays de l'autre rive de la Méditerranée. L'accent a tout d'abord été mis sur la notion de risque dans la zone maghrébine, avec Christian Allemand, directeur régional de Coface: «Le Maghreb est une exception. Dans le contexte de crise dans lequel nous vivons, nous n'enregistrons pas dans ces pays d'augmentation des déclarations d'impayés. Il n'y aucune détérioration de la situation». Ainsi, le Maroc, l'Algérie et la Tunisie ne présentent que très peu d'impayés, mais affichent pourtant un résultat largement négatif au niveau des délais de paiement. «C'est la difficulté que nous rencontrons, confirme Christian Allemand. Ces retards de paiement s'expliquent essentiellement par le poids des habitudes locales. Une autre problématique de ces pays réside dans le manque d'information qu'il peut y avoir sur les entreprises. Or, pour réaliser un bon arbitrage du risque, il faut détenir une information complète et fiable...»
Attractivité et environnement juridique
Concernant l'attractivité des pays du Maghreb, un point a été fait avec Michel Jean, directeur des marchés émergents pour KPMG-France: «Avant tout, nous oublions parfois la chance inouïe que nous avons de pouvoir converser et travailler avec les professionnels de ces pays en langue française, rappelle-t-il. Néanmoins, chacun de ces territoires a ses propres spécificités, et la plupart des entreprises qui feraient le choix de s'implanter simultanément dans les trois pays serait vouée à l'échec dans au moins l'un d'entre eux». Pour le spécialiste, les pays du Maghreb sont réellement attractifs, mais pour des raisons différentes, liées à la composition de leurs économies respectives. «Pourtant, selon moi, l'Algérie présente l'attrait le plus marqué, précise-t-il. C'est un pays qui a de forts besoins en infrastructures et un potentiel énorme. Sur certains marchés, c'est un terrain vierge qui s'ouvre aux investisseurs». La table ronde s'est conclue avec un comparatif des environnements juridiques du Maghreb et de France, mené par Thierry Jacomet, associé à Gide Loyrette et Nouel. «Globalement, le Droit des pays du Maghreb est assez proche du nôtre, explique-t-il. En terme de stabilité et de simplicité, il l'emporte même sur celui de la France. C'est du côté des hommes que les choses se gâtent. Il y a un problème épouvantable de formation des juristes. De plus, l'administration est souvent lente et tatillonne. L'économie des liens y a gardé beaucoup d'importance. Quant aux tribunaux, d'aucuns les assimilent à une loterie. Dans la pratique, on les fuit... Pourtant, il est toujours possible de trouver des solutions avec des risques gérables. Le Droit, au Maghreb, n'est pas un frein».
Le Forum Grand Maghreb a eu lieu le 20novembre dernier, au Palais de la Bourse, à Marseille, dans le cadre de la Semaine économique de la Méditerranée. Retour sur l'une de ses tables rondes, qui avait pour thème: "Maghreb, mode d'emploi pour les PME et PMI françaises"