Formatio n continue du dirigeant : Ne faites plus l'impasse!

Formatio
n continue du dirigeant : Ne faites plus l'impasse!

Victimes d'agendas surchargés, de nombreux patrons de PME ne prennent pas le temps de se former, au détriment de leurs performances. Pourtant, il est possible d'améliorer son habileté managériale sans avoir à négliger la conduite de ses affaires ni à casser sa tirelire. Dossier réalisé par Sébastien Payonne

Les chefs d'entreprise français ont-ils la science infuse? La question est provocatrice, mais mérite d'être posée au vu des statistiques portant sur la formation continue de nos dirigeants. Selon une étude menée en 2008 par l'association Ariane C & M, spécialiste du sujet, 13% des patrons de PME n'ont ainsi jamais suivi de session de formation continue! Et, toujours selon la même enquête, ils ne sont que 54% à se former au moins une fois par an. Des chiffres relativement bas - et même inquiétants - au vu des perpétuels mouvements techniques, financiers et juridiques qui entourent le bon pilotage d'une entreprise. Heureusement, ce manque d'appétit des dirigeants pour la formation ne réside pas dans de la suffisance. Le premier facteur d'explication tient à la complexité d'insérer des moments d'apprentissage dans des emplois du temps déjà surchargés. 84% des dirigeants consultés par Ariane C & M appuient ainsi sur le fait que le manque de temps freine leur accès à la formation, bien loin devant son coût (47%) ou la difficulté à évaluer son retour sur investissement (37%).




Se former, une honte?

Un autre frein semble également jouer, même s'il est moins avoué. Outre leurs énormes contraintes d'organisation, les dirigeants français semblent aussi faire les frais d'un cliché bien ancré qui les installe dans le rôle de managers omniscients et infaillibles, ayant acquis leur légitimité à la seule force de l'expérience. Difficile alors de dire à ses collaborateurs, voire à ses pairs, que l'on s'apprête à suivre une formation axée sur le pilotage de l'entreprise. «Cela explique d'ailleurs souvent pourquoi les chefs d'entreprise préfèrent se tourner vers le coaching. Cette prestation est souvent perçue comme plus ?noble? auprès des salariés et de l'entourage. Et elle a l'avantage de se faire discrète, car elle est individualisée. Mais elle est chère et son budget peut même se révéler disproportionné par rapport au thème de la formation suivi», appuie François-Xavier Py, directeur du pôle Nord de CSP Formation. Cumulés, tous ces facteurs nuisent donc à la formation de nos chefs d'entreprise. Ce qui peut d'ailleurs se révéler au final préjudiciable à leur affaire. «Il doit y avoir une véritable prise de conscience des dirigeants: ils doivent dégager du temps pour leur formation. Elle est un levier de performance pour eux, et, par conséquence pour leur entreprise. Mais c'est aussi un temps de recul et d'échanges. Quand on suit une formation avec d'autres dirigeants, on se constitue également un réseau, on partage les expériences, et cela débouche parfois sur de nouvelles idées et impulsions pour l'entreprise», estime Caroline Maujonnet, directrice de Demos Dirigeants, une entité du groupe de formation Demos dédiée à la formation des chefs d'entreprises et des managers.




Ne pas transformer une cotisation en impôt

Enfin, il serait dommage de ne pas se former sachant que les entreprises cotisent auprès d'organismes paritaires collecteurs agréés se destinant à faciliter l'accès à la formation de leurs salariés, mais aussi de leurs dirigeants! Trop souvent, ces leviers ne sont pas actionnés. «À partir du moment où l'on cotise à tout cela et qu'on ne l'utilise pas, cela devient un impôt! Cet argent, c'est celui de l'entreprise, il doit servir à sa performance», insiste François-Xavier Py. Un argument qui pourrait bien donner l'envie de reprendre le chemin de l'école...