Femme de tête, Emmanuelle Tkacz en est une assurément. Du genre tête chercheuse. La fondatrice et ex-dirigeante d’Act Beauty (16 M€ de CA en 2024), PME spécialisée dans les accessoires cosmétiques, lancée à Cambrai (Nord) en 2006 et cédée en 2020, est depuis en quête d’une entreprise à reprendre. Un projet plus long que prévu à se concrétiser, regrette l’entrepreneure, confrontée à des propositions jugées peu attractives.
"Je cherche une entreprise B to B, produisant un bien tangible, dans un secteur de niche, avec un fort potentiel de développement. L’idéal serait une société performante sur ses bases, mais qui aurait besoin d’un nouvel élan commercial, de structuration stratégique, et de modernisation, notamment digitale," décrit la dirigeante.
"Le M & A est un milieu très masculin"
Des dossiers, elle en a étudié plusieurs. Mais pour elle, le constat là : malgré son expérience, il lui est difficile d’être prise au sérieux sur un marché très fermé.
"J’ai vite compris que les meilleurs deals se font off market. Le M & A est un milieu très masculin, et je me retrouve devant les mêmes obstacles et remarques qu’à la création de mon entreprise. Parce que je suis une femme, avec de jeunes enfants en garde alternée, on présume que je n’y arriverai pas. Alors qu’on ne se posera jamais la question pour un homme dans la même situation," analyse la dirigeante. "J’ai dirigé une société pendant 14 ans, sur des marchés internationaux, fait des millions de chiffre d’affaires, appris des métiers différents… J’ai toutes les compétences pour mener à bien mon projet, et je sais que j’y arriverai."
À 23 ans, elle crée Act Beauty
Tête haute, Emmanuelle Tkacz peut en effet être fière de son parcours d’entrepreneure. À 23 ans, elle crée Act Beauty, comme une évidence pour cette fille d’entrepreneurs. L’idée lui vient en observant l’entreprise de son père, conditionneur pour de grandes marques. "J’avais adoré me frotter, lors de mon VIE en Chine, à la création de produits, au choix des matières, aux négociations avec les fabricants. En voyant les produits arriver en vrac chez mon père et ressortir bien emballés, j’ai décidé de proposer des produits packagés et des cadeaux promotionnels ", se souvient-elle. Bille en tête, elle se lance en 2006.
Réussir en beauté
De salons en salons, elle part convaincre les marketeurs, ajuste son positionnement et décroche ses premiers contrats. De la clé USB en forme de train pour Alstom à la trousse siglée L’Oréal, Emmanuelle Tkacz expérimente tous azimuts, avant de se concentrer sur un marché précis. "Au tournant de 2013-2014, j’ai senti que la beauté allait exploser avec Instagram. Les parfumeries développaient leurs propres gammes, nous nous sommes spécialisés pour les accompagner." Fini l’évènementiel, Act Beauty fonce dans les accessoires cosmétiques personnalisés. "On a développé une multitude de produits, avec à chaque fois des techniques de production différentes. J’ai énormément appris", s’enthousiasme Emmanuelle Tkacz. Alors que pointe l’envie de changement, après plus d’une dizaine d’années, une offre difficile à refuser se présente. C’est "l’alignement des planètes": la dirigeante cède son "bébé" et s’offre une belle sortie.
"Nous sommes perçues comme moins solides financièrement que les hommes, et moins agressives. Alors qu’il y a tant de grandes dirigeantes"
Entrepreneure accomplie, Emmanuelle Tkacz est aujourd’hui, la coach exigeante de plusieurs dirigeants, qu’elle accompagne dans leur développement stratégique. Elle siège dans des comités de direction, et intervient comme sparring-partner ou mentore, notamment au sein du Réseau Entreprendre… Elle est bien loin, la jeune femme qui à ses débuts "n’osait pas dire qu’elle était la dirigeante de l’entreprise". Et la quadra n’a pas l’intention de baisser la tête face au sexisme, bien au contraire. "Nous sommes perçues comme moins solides financièrement que les hommes, et moins agressives. Alors qu’il y a tant de grandes dirigeantes ! Le problème, c’est le manque de visibilité et de role-models féminin, de créatrices et surtout, de repreneuses. C’est aussi pour ça que je prends la parole sur ces sujets," pose Emmanuelle Tkacz.
Madame va danser
Celle qui revendique vouloir "faire bouger les lignes pour les femmes" a décidé de les faire bouger, tout court. Un pas de côté assumé, comme une envie d’envoyer valser les contraintes qui pèsent sur les femmes et les mères, pour leur offrir un moment à elles. En juin dernier, sa soirée dansante, baptisée "Madame va danser", a fait mouche. "C’était inédit pour moi, créer un évènement, faire la com' sur les réseaux sociaux… Mais je l’ai pensé comme un acte engagé, une manière différente d’incarner mes convictions sur la place des femmes. Ça a pris : sur les 400 femmes qui sont venues, j’en connaissais peut-être une vingtaine. On est nombreuses à avoir eu envie de s’autoriser ce moment, retourner "en boîte", nouer des contacts autrement… c’était une très belle soirée", commente l’organisatrice. Mais attention, "n’allez pas écrire que je me lance dans l’évènementiel, c’était juste une fois comme ça. Ce n’est pas mon nouveau métier", s’amuse Emmanuelle Tkacz. Qui poursuit ses recherches, la tête sans doute plus légère… et toujours en mouvement.