La start-up Flex-Sense n’en est plus vraiment une. Quand certains cherchent encore leur modèle économique, Emmanuel Parlier et ses associés Sylvain Dardenne et Thierry Deschamps de Paillette planchent déjà sur la façon dont ils vont se développer à l’international. L’entreprise n’a pourtant qu’un peu plus d’un an, mais elle devrait dépasser le million d’euros de chiffre d’affaires au premier trimestre 2017 et son carnet de commandes ne cesse de s’étoffer. Le credo initial de l’entreprise: faire des relevés de données à distance: température, salinité de l’eau, mouvement, turbidité,etc. Plus de 270 mesures sont possibles. La liste des prix qu’elle a remportés est presque aussi longue que les CV de ses dirigeants.
L’huître mystère
L’entreprise s’est lancée sur un créneau original: la sécurité dans les parcs à huîtres. À l’approche des fêtes, l’enjeu devient crucial pour les ostréiculteurs. Car pour produire une huître, il faut trois à quatre ans. L’entreprise a donc développé un système pour détecter les mouvements suspects des coquillages avec une huître mystère qui ressemble comme deux gouttes d’eau à ses congénères mais renferme en fait une carte électronique avec une sonde de température, un accéléromètre et un émetteur d’une portée de trois à cinq kilomètres garantis. En cas d’anomalie, l’ostréiculteur reçoit un message sur son smartphone. Il peut également accéder à une compilation graphique de ses données sur une interface web. « Notre objectif est de vendre de la sécurité. Les ostréiculteurs n’ont besoin de rien d’autre que se servir de leur smartphone. Ils sont dégagés de l’aspect technique », précise le dirigeant.
Cheval de Troie
« Cette huître est notre cheval de Troie. En cas de besoin nous pouvons faire un nouveau moule pour une forme différente en 48 heures et en 72 heures changer la forme de la carte électronique à l’intérieur, explique Emmanuel Parlier, président de la société et docteur en biologie marine. On peut mesure presque tout, n’importe où et transmettre les informations à distance.Le champ des applications est immense. On peut transformer n’importe quel objet en objet connecté. » Tout en utilisant des ressources énergétiques très faibles. L’entreprise qui a commencé à commercialiser ses produits depuis le 1er septembre dispose déjà d’un réseau d’antennes relais le long de la côte de Charente-Maritime, elle ambitionne de créer un réseau sécurisé d’objets connectés.
Ambitions internationales
L’huître mystère, spy oyster, dans la langue de Shakespeare n’intéresse pas que le groupement des producteurs d’huître de Marennes-Oléron, l’entreprise a déjà vendu ses produits au Vietnam et en Polynésie. Là-bas, pour qu’une huître perlière soit productive, il faut dix ans. En cas de vol, c’est une vraie catastrophe industrielle. « Nous réalisons environ 20% de notre chiffre d’affaires à l’étranger, nous devrions inverser cette proportion courant 2017 », annonce le dirigeant. Pour se donner les moyens de ses ambitions, l’entreprise envisage de procéder à une levée de fonds qu’elle estime à 3,5 millions d’euros. «Nous ne sommes pas pressés, c’est un luxe, nos produits marchent très bien.» Avec cet argent, l’entreprise entend recruter des forces vives pour toucher les marchés d’Amérique du Nord et du Sud. Emmanuel Parlier a déjà une idée précise du profil des investisseurs qu’il recherche. «Idéalement, ce pourrait être quelqu’un de l’Ouest ou de la Vendée. Dans business angel, nous souhaitons plutôt le côté angel qu’un business pour être accompagné dans notre développement.»
Las Vegas
D’ailleurs l’entreprise doit se rendre à Las Vegas pour le Consumer Electronic Show, CES, le plus grand salon d’objets électroniques du monde. L’objectif: présenter le produit sur l’autre rive de l’Atlantique, mais aussi rencontrer les Français qui développent de nouvelles solutions et pourraient être des partenaires. « Les salons internationaux sont incontournables et il ne nous est pas toujours facile de dégager du temps pour nous rencontrer. Comme nous y allons en délégation, les contacts sont plus faciles. »