Dans l'atelier dédié à l'aluminium, seuls les crépitements des fers à souder se font entendre : cachés derrière leurs masques, protégés de la lumière aveuglante, les soudeurs se concentrent sur leurs pièces. Un peu plus loin dans l'usine, sous des bâches, les branches primaires de réacteurs nucléaire attendent d'être expédiées vers la Chine. Ces tuyaux, directement connectés au coeur du réacteur, seront chargés d'évacuer la vapeur d'eau générée par la réaction nucléaire. Quand le tuyau arrive dans l'enceinte de l'usine Five Nordon, à Nancy, son prix frise déjà les 400.000 €. Après un an de travail, pendant lequel les équipes de soudeurs vont modifier profondément la physionomie de la branche primaire pour la rendre opérationnelle, le coût de la pièce sera multiplié par deux. Hors des ateliers, l'entreprise compte, « à chaque instant, une centaine de chantiers ouverts », précise Bruno Carbonaro, le directeur général ed Fives Nordon. Sur ces équipes pèsent des responsabilités très lourdes : « Si le travail n'est pas correctement effectué, concrètement, le réacteur peut ne pas redémarrer », insiste Bruno Carbonaro. Chaque année, Fives Nordon investit 1% de son chiffre d'affaires dans du matériel. Mais pousse l'effort financier jusqu'à 5,5% de la masse salariale. « Nous investissons dans l'humain, car ce sont les hommes qui vont nous permettre des décrocher des marchés ». Des marchés très porteurs : EDF a effet décidé de porter de 40 ans à 60 ans la durée de vie des 58 tranches nucléaires installées en France, pour une facture estimée à 70 Md€ au minimum : c'est l'opération « Grand carénage ».
Après Fukushima
Au niveau mondial, la catastrophe de Fukushima a contraint l'ensemble des exploitants de centrale à réviser leurs exigences de sécurité à la hausse. Pour Fives Nordon, qui réalise déjà 70% de son chiffre d'affaires dans le nucléaire, c'est l'assurance d'avoir des carnets de commandes pleins pour au moins 15 ans. A condition de trouver le personnel nécessaire. « Nous avons de réelles difficultés à trouver du personnel », précise Julien Chavance, le directeur des ressources humaines de Fives Nordon. Le site nancéien de l'entreprise dispose d'une école de soudure, afin de mettre à niveau les candidats. Et pour trouver les bons candidats, Fives Nordon multiplie les partenariats, comme celui noué avec le lycée professionnel Jean-Prouvé.
Préparer l'avenir
Entretenant déjà de bonnes relations avec ce lycée depuis 10 ans, Fives Nordon a donné une tournure plus solide, en signant une convention avec le proviseur du lycée Jean-Prouvé, Patrick Valentin : « Nous préparons nos jeunes à de belles carrières dans les métiers techniques », estime le proviseur. « Mais le plus gros travail reste de faire changer le regard sur ces métiers, à a fois dans la tête des lycéens et de leurs parents ». Depuis 2008, Fives Nordon embauche 200 personnes par an, dont 60% d'ouvriers, et devrait atteindre les 1.300 employés sur toute la France à « court terme », précise Bruno Carbonaro. Du travail et un métier qui a changé : « 80% du temps d'un soudeur est consacré à préparer son geste puis à montrer qu'il a bien été réalisé », détaille le directeur général. L'entreprise cherche aussi des gens capable de se « former à la règle », afin de travailler en toute sécurité : « Quand je suis arrivé, le taux de fréquence des accidents du travail était de 26 pour un million d'heures travaillées. C'était inacceptable. En 4 ans, nous avons réussi à descendre à un taux de 7 ».
Fives Nordon
(Nancy) Effectif : 350 sur le site de Nancy, 1.000 dans toute la France. CA 2012 : 120 M€