200 000 tonnes de légumes partent à la poubelle chaque année en Bretagne. "Pour 90 % du gaspillage alimentaire, ce sont des écarts de tri : des produits trop gros, trop grands, trop petits…", se désespère Karim Vincent-Viry, PDG fondateur de Finistèrestes 29 (3,3 M€ de CA en 2023, 4 M€ visés pour 2024 ; 33 salariés), installé à Saint-Pol-de-Léon près de Morlaix. "En 2023, nous en avons revalorisé 8 000 tonnes. Nous tournons à environ 3 000 paniers par jour."
Partenariat avec La Poste
Le partenariat avec La Poste, lancé en mai par l’agence postale, doit lui permettre de passer à la vitesse supérieure. "Nous démarrons fin septembre avec 20 points relais, en Ille-et-Vilaine. Une trentaine d’autres suivront en octobre dans le Finistère, les Côtes-d’Armor et le Morbihan", expose le chef d’entreprise. De quoi quasi doubler son réseau déjà existant, composé de 73 points relais dans les commerces en Bretagne et Loire-Atlantique auxquels s’ajoutent 10 points de vente.
Concrètement, les camions de la Poste se rendront au hangar de Finistèrestes 29 pour récupérer la marchandise, avant de la dispatcher en agences où les clients auront deux jours pour venir récupérer leur panier. "Demain, notre idée c’est de pouvoir apporter directement le panier anti-gaspi chez le consommateur [via La Poste]", planifie Karim Vincent-Viry. Des embauches sont prévues pour accompagner la bonne tenue de cette alliance.
Des supérettes bretonnes… à Paris
Un réseau de supérettes franchisées doit voir le jour avec au moins "deux [ouvertures] d’ici la fin de l’année 2024, a minima" avec la capitale en ligne de mire. "Nous avons beaucoup de sollicitations sur Paris, où ça coûte un bras d’acheter des fruits et légumes." L’intérêt du système sera aussi un choix plus conséquent de produits pour clients. "Nous proposerons entre 200 et 400 références là où un point relais classique n’en comporte qu’une dizaine." Au-delà du coup d’accélérateur pour l’activité de son entreprise et d’un maillage territorial renforcé, Karim Vincent-Viry s’accroche à la dimension sociale de Finistèrestes 29. Celle permettant de rémunérer les producteurs et de permettre l’accès aux fruits et légumes aux ménages les plus modestes. Même logique derrière la viande et le poisson proposés sur ses propres points de vente. "Ces trois dernières années, le prix des protéines a explosé !", s’emporte-t-il.
Sans oublier l’embauche, en CDI, de personnes précaires. Un travail de fond est aussi mené avec les restaurateurs en difficulté pour proposer un menu anti-gaspi comprenant entrée-plat-dessert à 11,99 euros à base de produits déclassés. Le Quai Ouest, à Saint-Pol-de-Léon, a ainsi pu être sauvé.
Une levée de fonds de 3,5 millions d’euros en cours
Un investissement global de 3,5 millions d’euros est nécessaire pour mener à bien le partenariat avec La Poste, voir émerger le réseau de supérettes et démocratiser les restaurants anti-gaspi. La levée de fonds est en cours. 1,3 million d’euros sont déjà sur la table par le biais du club d’investisseurs Blast et 1,4 million d’euros supplémentaires proviennent "d’une grande institution publique", ajoute l’entrepreneur, sans en dire davantage. Le reste de la somme doit être récolté grâce à une collecte (en cours) sur la plateforme Lita.