Finistère : « Il faut rétablir la confiance en l'avenir »
# Conjoncture

Finistère : « Il faut rétablir la confiance en l'avenir »

Si l'année passée a vu bon nombre de secteurs en difficulté, certains résistent et d'autres émergent. Tour d'horizon avec Patrick Monéger, dirigeant de KPMG Brest.

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r, comment résumeriez-vous la conjoncture actuelle ?

En deux mots : ce n'est pas terrible. Les entreprises ont tendance à se replier sur elles-mêmes. La commande publique se raréfie et les entreprises qui en dépendent souffrent et s'inquiètent. Le consommateur est quant à lui frileux et on connaît malheureusement les tendances en matière d'épargne et d'emploi. À moins d'un sursaut, ce qui est devant nous n'est donc pas très réjouissant. En Bretagne, les événements arrivent toujours plus tard et probablement de façon plus atténuée, mais ce n'est pas pour autant qu'ils n'arrivent pas.


À quoi attribuez-vous cette morosité ?

Au manque de confiance, à la fois dans l'avenir et dans notre environnement économico-politique. Les chefs d'entreprise voient avec effarement leur environnement juridique changer au gré des gouvernements, voire des ministres. Et il en va de même pour l'environnement fiscal. Ça crée une situation d'attentisme qui n'est bonne pour personne, et un effet de ralentissement qui semble de plus en plus difficile à enrayer. On regarde la locomotive s'arrêter doucement. D'une façon plus générale, on peut dire qu'on est dans une certaine continuité depuis plus d'un an, aussi bien dans l'industrie que dans le commerce ou chez les particuliers. On a du mal à voir le bout du tunnel, ce qui pourrait pourtant déclencher un redressement. On voit les impôts augmenter, des nouveautés fiscales chaque semaine... Tout cela donne quand même l'impression d'une relative fragilité de l'exercice du pouvoir. J'ai par ailleurs une inquiétude : que l'Ouest de la Bretagne soit abandonné à son sort. C'est généralement ici que les investissements se font en dernier, notamment en matière ferroviaire.


Quels secteurs avez-vous vu le plus souffrir ?

Celui de la construction, qui rencontre de réelles difficultés. Au-delà de l'immobilier, le niveau de transactions a violemment chuté car les acheteurs attendent que les prix baissent, chose que les vendeurs refusent de faire. Là aussi, ça grippe. Le secteur du textile est lui aussi touché : il n'y a quasiment plus de production en Bretagne, on n'est pratiquement plus que sur du négoce. Le secteur agroalimentaire a lui aussi été très sévèrement touché. On a tenté de faire évoluer des moyens de production importants, mais le ralentissement de l'usage de ces investissements crée un déséquilibre qui se traduit par des fermetures. À ce sujet, j'appelle de mes voeux un dialogue social plus actif, plus ouvert, et conduit par des hommes qui ont les yeux ouverts sur la réalité économique. Au niveau de la relation sociale, la faiblesse de la représentation, associée à des positions qui ne font que se répéter, privent le dialogue d'une grande partie de son dynamisme.


Quels secteurs tirent leur épingle du jeu ?

Il y a bien sûr des gens qui ont des idées, mais ils ont beaucoup de mal à financer la création d'activité, du fait notamment de la frilosité des banques. On a cependant des entreprises qui fonctionnent bien dans toutes les activités liées à l'environnement, aux EMR ou à la mutation des usages de l'énergie fossile vers les énergies renouvelables. La grande et la petite distribution se maintiennent, elles aussi, tout comme l'automobile ou encore le tourisme.

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