Si juin fut explosif, comment qualifier le mois qui s'annonce? Sur l'échelle de la colère, les producteurs de lait n'ont peut-être pas montré le maximum de leurs capacités. Rappel des faits. Alors que les salariés commencent déjà à préparer leur sac de plage, dans les exploitations bretonnes, on est bien loin de penser aux vacances. Voyant leurs rémunérations fondre comme neige au soleil, les éleveurs se mobilisent à partir de juin pour dénoncer les marges des transformateurs et des distributeurs. Après des échanges virils, quelques pneus brûlés, du lait déversé et des chariots amoncelés, un accord est trouvé le 4juin: 280€ les 1.000 litres de lait. On est loin de la moyenne de 350 € enregistrée en 2008, mais cela calme les esprits. En tout cas pour l'été. Car à l'heure où nous bouclions ces lignes, les attentes des producteurs bretons restaient très fortes. Une spécificité régionale qui tient en un mot: Entremont. Très présent en Bretagne, l'industriel connaît en effet de graves difficultés financières. N'a-t-il pas ainsi annoncé une perte de 19millions d'euros au premier trimestre.
Respect de l'accord
Avec de tels résultats, comment alors payer les producteurs 280 €? L'industriel, dont l'avenir est actuellement en suspens (lire encadré), préconise, lui, 245 € les 1.000 litres. Inacceptable pour les producteurs qui, en cette rentrée, craignent le pire. Entremont a assuré qu'il les paierait 272euros les 1.000 litres en septembre, comme l'accord interprofessionnel du 4 juin le prévoit. Quel prix ensuite jusqu'à la fin de l'année? Voilà la question qu'ils se posent aujourd'hui. «Et si Entremont Alliance ne respecte pas l'accord interprofessionnel, le conflit va être inévitable», prévient Jean-Michel Lemétayer. Un président de la FNSEA qui affirme que la filière n'a jamais connu pareille crise (lire en dernière page).
Une variation liée la valorisation
Dans cette bataille de chiffres, les racines du problème sont connues: une surproduction, liée à la libéralisation progressive, la crise économique et la baisse de la consommation. Deuxième exportateur laitier au monde, la France, et sa principale région productrice la Bretagne, demeurent donc particulièrement soumis à la volatilité des marchés sur des produits peu rémunérateurs comme la poudre de lait ou l'emmental. Jusqu'ici le prix préconisé de 1.000 litres de lait au niveau national subissait une variation de 17 € en fonction de la valorisation de l'exploitant. En effet, le producteur dont le lait est destiné à la fabrication de yaourts bénéficie d'une meilleure valorisation que pour la production de beurre. Or, pour les producteurs fournisseurs d'Entremont, ce prix est diminué de 36€. «Soit une variation de 15% pour un prix en dessous des coûts de production d'un exploitant», précise Michel Demon, directeur de la FDSEA du Morbihan.
Mondialisation
Du côté d'Alliance, on n'a pas la même analyse. Si problème il y a, il se résume en un mot: mondialisation. «Nous sommes sur un marché mondialisé», rappelle Christian Le Pors, directeur du site Entremont de Malestroit, dans le Morbihan. «Or la Nouvelle-Zélande et l'Australie peuvent réaliser des productions plus lissées du fait de leur climat. Lorsqu'ils ont subi la sécheresse en 2007, les cours ont monté chez nous. Maintenant, c'est l'inverse.» Dans le même temps, le lait subit une baisse mondiale de sa consommation. «En Chine, avec la crise de la mélamine, on consomme un litre de lait en moins par habitant», explique Patrick Wecxsteen, directeur adjoint amont d'Entremont Alliance. «Les pays exportateurs de pétrole achètent également moins de produits laitiers transformés. Et la parité eurodollar nous est défavorable.»
Tas de chariots à l'entrée des supermarchés, pneus brûlés, litres de lait déversés devant les grilles des préfectures ou offerts aux consommateurs. En juin, la crise du lait a battu son plein avant que l'été ne vienne apaiser les esprits. Mais après deux mois de calme relatif, la rentrée pourrait bien sonner comme la reprise des hostilités. Face à des rémunérations toujours plus basses, les producteurs pointent du doigt industriels et grande distribution. Et en Bretagne, les tensions sont d'autant plus fortes que se joue en parallèle la reprise du groupe Entremont. Un industriel dont dépendent de nombreux producteurs de la région.
N.Mollé, V.Pondard, T.Giraudet et P.Créhange