Pour le directeur général adjoint d’Unyc, Didier Bernaudin, il y a des entreprises "qui vont se retrouver du jour au lendemain sans internet, faute d’avoir anticipé, faute d’avoir ignoré les relances". Au sein du groupe de télécoms et de services hébergés Inherent (CA : 350 M€ ; 1 300 salariés), basé à Maxéville en périphérie de Nancy, l’opérateur de télécoms manceau Unyc vient de boucler l’exercice sur un chiffre d’affaires en croissance de 14 % pour atteindre 90 millions d’euros, avec 220 salariés. "Les perspectives sur l’exercice fiscal qui va s’arrêter en août 2026 devraient nous permettre de flirter avec les 100 millions d’euros", précise Didier Bernaudin.
Cumuler le débit et la garantie de service
Sur un marché des télécoms plutôt atone, ce sont les secteurs de l’informatique et de la cybersécurité qui portent la croissance d’Unyc. Pourtant, "le 1er septembre, nous avons lancé une offre originale, en décalage par rapport à la course aux gigas que connaît le marché des télécoms", annonce Didier Bernaudin. Concrètement, l’opérateur propose à ses clients de souscrire une offre permettant d’accéder à internet en cumulant une fibre tirée jusqu’à l’entreprise, dite FTTO, affichant un débit faible, mais bénéficiant d’une garantie de rétablissement de 4 heures en cas de panne, à une fibre mutualisée proposant un débit important.
L’arrêt du réseau cuivre est lancé
Pourquoi cette offre ? Depuis le 31 janvier 2025, l’arrêt progressif de l’ADSL, cette technologie qui permet d’accéder à internet via le réseau cuivre, est lancé : la fermeture définitive est programmée pour 2030. Une échéance pas si lointaine : le 30 juin 2025, 177 communes ont déjà été débranchées, puis le 27 janvier 2026, un nouveau lot de 765 communes sera coupé du réseau cuivre au profit de la fibre. "Le mouvement s’accélère", confirme Didier Bernaudin, qui précise que si les premières expérimentations ont été menées sur des communes plutôt rurales, peu à peu, de plus en plus d’entreprises seront concernées.
Une garantie de rétablissement de 4 heures
Dans le portefeuille clients de l’opérateur télécoms basé au Mans, 2 800 sociétés accèdent encore à internet via le réseau cuivre, grâce à une offre SDSL, pour Symmetric Digital Subscriber Line ou ligne d’abonné numérique à débit symétrique. Si les débits de ce type de ligne, ne dépassant pas 20 Mb/s, apparaissent aujourd’hui bien légers par rapport à ceux de la fibre, qui se comptent en GBit/s, ces lignes disposent d’un avantage de taille : une garantie de temps de rétablissement de 4 heures, idéale pour assurer le fonctionnement d’usage critique dans les entreprises. "Nos clients ont choisi une offre SDSL pour le caractère dédié et garanti du lien", insiste Didier Bernaudin.
"Traverser la France en voiture sans roue de secours"
Jusqu’ici, la pratique courante sur le marché consistait à remplacer une offre SDSL par une offre de fibre mutualisée, sans aucune garantie de fonctionnement. "C’est comme traverser la France en voiture sans roue de secours. C’est possible, mais il y a un risque", illustre le directeur général adjoint d’Unyc. Mise en place avec le concours technique de l’opérateur d’infrastructure francilien Covage (CA : 94 M€ ; 400 salariés), l’offre est concurrentielle avec les tarifs du SDSL, qui ont fortement augmenté. Pour ses premiers pas sur le marché, l’offre fonctionne "bien", confirme Didier Bernaudin, en soulignant que les cycles de décision sont "un peu longs" et qu’il est nécessaire de passer par une phase "d’évangélisation" en expliquant qu’il est possible de "remplacer les lignes SDSL, qui sont des liens garantis, par des FTTO, qui sont aussi des liens garantis".