Président de la Fibois, qui regroupe les professionnels du bois en Alsace, Jean Maegey craint un déséquilibre de la filière lié à l'essor du chauffage bois.
Comment la filière bois alsacienne a-t-elle résisté à la crise l'an dernier?
En 2009, nous avons perdu environ 20% de notre chiffre d'affaires. Ce n'est pas négligeable, mais c'est nettement inférieur aux reculs d'activité enregistrés dans d'autres filières comme le béton ou le plastique par exemple. Nous n'avons pas eu recours au chômage technique ni aux suppressions d'emplois. La filière n'a pas noté de défaillance d'entreprise majeure, Klenk Holz mise à part, mais dans des circonstances non liées à la crise.
A-t-elle modifié le poids des différents métiers dans la filière?
La récolte forestière a été ralentie, notamment dans le feuillu, mais c'est là une constante depuis 4 ans avec l'arrêt de l'export de hêtre vers la Chine. L'activité de première transformation du bois a souffert du recul de la construction neuve. C'est principalement à cela que l'on doit le recul de 20% de notre chiffre d'affaires, dont la progression cumulée a atteint 35% depuis 4 ans. La deuxième transformation, dépendante du marché de la rénovation, a bien résisté. Nous avons aussi bénéficié des effets des plans de relance de l'État et des collectivités.
La passion soudaine pour le chauffage, mais aussi pour la construction bois, a-t-elle un impact sur votre organisation?
Nous ressentons un début de déséquilibre de la filière depuis le deuxième semestre 2009 et surtout depuis début 2010 lié à la demande de pellets et de plaquettes de chauffage. Cette croissance est trop rapide et nous avons dû couper plus que prévu de ?mauvais? bois pour en faire du bois énergie, au détriment d'autres débouchés. Les scieries spécialisées dans les palettes ou les usines de panneaux connaissent des difficultés d'approvisionnement. L'un des grands chantiers de cette année est de réguler la croissance de la demande pour le chauffage biomasse.
Qu'est-ce que la labellisation Pôle de compétitivité d'Alsace Energivie peut vous apporter?
Nous sommes déjà associés à ce pôle depuis longtemps. Mais c'est là un challenge pour la filière bois, qui a son rôle à jouer dans le développement des bâtiments basse consommation (BBC), notamment en développant des isolants dont la production est en plus faiblement émettrice de CO2. Nous allons continuer à travailler étroitement avec le pôle car nous savons qu'à terme, cela pourrait être un plus en termes d'activité.