Faute de financements extérieurs, le groupe Mentor cherche un repreneur pour sa filiale Api Tech
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Faute de financements extérieurs, le groupe Mentor cherche un repreneur pour sa filiale Api Tech

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Fabricant de distributeurs automatiques de pizzas et exploitant sous la marque Just Queen, la filiale Api Tech du groupe nancéien Mentor est arrivée au bout de l’enveloppe allouée à son développement. Incapables de trouver de nouveaux financements, les dirigeants de Mentor avancent vers la liquidation de la branche Foodtech du groupe. Plus de 700 emplois sont menacés.

Benoît Michaux a mandaté sans succès pendant un an le cabinet KPMG pour lever de la dette et rassembler les financements nécessaires pour poursuivre l’activité d’Api Tech — Photo : Guillaume Vos - Api Tech

Une crise de liquidité. C’est ainsi que Benoît Michaux, le président du service stratégique du groupe nancéien Mentor, résume la situation au sein d’Api Tech. Structure regroupant les activités du groupe Mentor dans la Foodtech, la société emploie 736 salariés sur deux activités : la fabrication de distributeurs automatiques de pizzas et l’exploitation d’un parc de distributeurs de pizzas, sous la marque Just Queen. En 2024, Api Tech et ses filiales ont atteint 124 millions d’euros de chiffre d’affaires, grâce notamment à la production de machines dans les usines de Seichamps, en Meurthe-et-Moselle, Saint-Dizier, en Haute-Marne et Bollène dans le Vaucluse. Pour le groupe Mentor, qui pèse 280 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie 2 400 salariés, cette diversification dans la pizza pourrait prendre fin.

Les banques ne suivent pas

"Quand nous nous sommes lancés, nous pensions que nous serions financés par les banques", lâche un Benoît Michaux amer. En 2022, pour financer la diversification de son groupe et se désengager de la finance, le dirigeant a ouvert au fonds Bridgepoint le capital de la filiale de Mentor dédiée aux activités de regroupements de crédits : une opération qui a abouti à la création du groupe Empruntis et a permis à Mentor de se donner les moyens de ses ambitions. Des moyens qui n’étaient pour autant pas illimités : préférant rester discret sur le montant total injecté dans le développement d’Api Tech, le dirigeant de Mentor précise que "97 % du financement" a été injecté par le groupe. "Les banques ont mis 1 % et les opérateurs de leasing ont mis 2 %", détaille le dirigeant, qui a tenté en vain de convaincre un pool bancaire de lui apporter 50 millions d’euros, soit "un financement tampon" assis sur le stock de machines prêtes à être installée.

Benoît Michaux est le président du service stratégique du groupe nancéien Mentor — Photo : Groupe Mentor

2 000 machines en stock

Api Tech était donc en passe de réussir son pari industriel. La société a en effet vendu un total de 1 500 machines à ses clients, essentiellement des pizzaïolos à la recherche d’un relais de croissance, dont elle assure toujours le SAV depuis le site de Seichamps. Mais en parallèle, la filiale du groupe Mentor a lancé Just Queen, marque qui devait permettre de déployer un réseau de 3 000 distributeurs de pizzas sur toute la France. "Nous avons fabriqué 3 000 machines, nous en avons installé 1 000, il nous en reste 2 000 en stock", compte Benoît Michaux. À 50 000 € la machine, une partie de l’investissement du groupe Mentor, soit 100 millions d’euros, est donc immobilisé.

Déjà un PSE en février dernier

Car si la montée en régime de l’activité industrielle d’Api Tech s’est déroulée comme prévu, c’est l’exploitation qui n’a pas suivi le rythme : "Trouver les baux, faire les travaux, cela nous a pris un an et demi de plus", regrette Benoît Michaux. D’après les prévisions du groupe, l’équilibre financier d’Api Tech aurait été atteint avec un parc de 2 000 machines en fonctionnement. "1 000 machines, c’est un tiers du chemin. Aujourd’hui, l’entreprise n’est pas autosuffisante", constate Benoît Michaux. En février dernier, Api Tech avait déjà choisi de réduire la voilure sur le plan industriel, en ouvrant un plan de sauvegarde de l’emploi prévoyant 103 suppressions de postes sur les trois sites de production de l’entreprise.

Une recherche de repreneur "urgente"

Benoît Michaux, qui a mandaté sans succès pendant un an le cabinet KPMG pour lever de la dette et rassembler les financements nécessaires, constate que "des dossiers comme Api Tech, c’est aujourd’hui impossible à financer". Soucieux de ne pas mettre en péril l’intégralité du groupe Mentor, le dirigeant a donc décidé de chercher un repreneur pour Api Tech. Un premier pas vers l’arrêt de l’activité, à laquelle le dirigeant nancéien ne veut pas encore se résoudre : "Aujourd’hui, nous ne sommes pas en liquidation", souligne Benoît Michaux. "Nous sommes à la recherche d’un repreneur, par contre cette recherche est urgente".

Un distributeur automatique de pizza sous la marque Just Queen — Photo : Api Tech

Un contact avec un "industriel de la pizza"

La date butoir a été fixée au 10 juillet à midi. D’ici là, c’est le cabinet d’administrateurs judiciaires AJ Partenaires qui a été chargé de rassembler les offres de reprise, grâce à un prepack de cession. Inspirée du droit américain, créée par une ordonnance de 2014, cette opération permet d’acquérir clés en main une branche complète d’activité dans des conditions favorables, du fait que le repreneur n’ait pas à supporter les coûts de licenciement des salariés et que le ticket à investir soit moindre par rapport à une acquisition classique. Un dispositif qui doit permettre d’aller vite vers une reprise, mais qui n’éclipse pas pour autant le scénario noir : "Si au 10 juillet, personne ne s’est présenté, nous allons rentrer en cessation de paiements", anticipe Benoît Michaux, en évoquant un premier contact avec un "industriel de la pizza".

Les salaires seront honorés

Au cours du CSE extraordinaire du 13 juin dernier, le dirigeant du groupe Mentor a été amené à aborder la question des salaires : "Je ne connais pas la date exacte, en fin de mois ou en début de mois, mais tous les salariés seront payés de leur salaire. Quoi qu’il arrive", tient à indiquer le dirigeant.

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