«Faire travailler les autres entreprises»
# Conjoncture

«Faire travailler les autres entreprises»

Jack Bouin, directeur du Crédit Agricole29, estime que la situation de 2013 dépendra de la capacité des entreprises à éviter l'attentisme et investir pour «faire travailler les autres entreprises et créer un cercle vertueux». Entretien.

C


omment analysez-vous la situation actuelle?

Nous sommes dans une situation de crise internationale, nationale, locale. Mais elle dépend aussi de la façon dont on la regarde. Il y a matière à la voir négativement. Et aussi matière à avoir de l'espoir. Je pense qu'il faut être volontariste et optimiste. Le cercle vertueux part de cette volonté des hommes. Les carnets de commandes des entreprises sont en baisse. Les marchés sont de plus en plus difficiles car il y a plus de monde sur les mêmes affaires. Cela tire sur les trésoreries et donc les capacités d'investissement. Cela crée de l'attentisme. Quand les chefs d'entreprise sont occupés à chercher de la visibilité, ils ne pensent pas à long terme, en terme de capacité d'investissement. Pendant ce temps-là il n'y a pas de grands projets.


Est-ce le cas aussi en Finistère?

Mon avis, en tant que directeur d'une banque qui pèse 40% du marché bancaire, est que le Finistère s'en sort moins mal qu'ailleurs. Un bon exemple est celui du secteur de l'immobilier: les bâtiments et travaux publics. C'est une référence car les crises arrivent par là, mais les reprises aussi. Au Crédit Agricole du Finistère, nous avons constaté une baisse dans le secteur de 10% en moyenne sur les neuf premiers mois de 2012 par rapport à la même période 2011. Même si la moyenne approche -15% dans le département, on est encore loin des -30% au niveau national! Le Finistère amortit les crises. En période faste, il n'y a pas d'euphorie, mais pendant une crise, on lisse un peu. Il n'y a pas de péril général sur le secteur du bâtiment. C'est mieux qu'ailleurs et ce n'est pas rien.


Et pour les autres secteurs?

Sur le reste de l'économie aussi le Finistère se défend mieux: -10% en moyenne quand le national est à -20%.




Quel est votre sentiment pour 2013? Il existe quelques locomotives malgré la tempête, qui continuent à investir et à se développer. Je pense à Armor Lux à Quimper ou Giannoni à Morlaix, par exemple. La Sica de Saint-Pol aussi a de grands projets avec sa plateforme logistique - au-delà des ennuis au tribunal administratif (lire page7). C'est un projet structurant important pour le territoire. Toutes démontrent une volonté de s'en sortir. Il faut continuer à innover pour le bassin d'emploi, son environnement, faire travailler les autres entreprises autour. Ces entreprises jouent vraiment un rôle de locomotive. Et pour avoir travaillé dans d'autres régions, j'ai l'impression qu'ici, les gens se battent, qu'ils ont une volonté forte de s'en sortir qui est plus forte qu'ailleurs. Beaucoup de Bretons ne le voient plus.

Pour vous l'investissement peut-être une solution?

Quand c'est possible, oui. Il faut faire travailler les autres entreprises pour créer un cercle vertueux. Il ne faut pas attendre les autres. Se plaindre de la fiscalité ne sert à rien, c'est une donnée, il faut faire avec. La crise est de toute façon là quelle que soit la majorité en place. Il faut donc encourager les investissements. Et les collectivités aussi doivent jouer leur rôle. Les grands projets de territoire, à l'image des aménagements de zones commerciales à Quimper ou du parc des expositions, ne doivent surtout pas être reportés. Ils doivent même être accélérés quand c'est possible. Il y a un impact direct sur les emplois.


En temps de crise, les banques sont-elles prêtes à faire des crédits?
Tous ceux qui veulent investir trouveront une banque! À condition que l'entreprise soit en capacité de rembourser. Mais il n'y a pas de resserrement des critères. Certes, il peut y avoir un problème de liquidités pour les banques. Encore que ce n'est pas vraiment le cas en Finistère. Les banques réinjectent l'épargne collectée plutôt que d'aller chercher l'argent sur les marchés. Les encours de crédit baissent parce qu'il y a moins de projets.




Y a-t-il d'autres moyens d'envisager une reprise?

Il faut de l'innovation, qui n'est pas que scientifique et technique. À la pointe bretonne, avec le problème d'éloignement, cela concerne aussi la logistique, les expéditions. Il y a des choses à inventer. Pour certains secteurs, d'autres facteurs entrent en jeu. Le tourisme, par exemple, a souffert en 2012 car il a plu cet été. Si la météo est meilleure en 2013, cela ira déjà mieux. Mais ça, c'est une question de chance!

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