A la surprise générale, le mariage est relancé. Le projet de fusion annoncé fin 2013 entre le Nantais Eurial et le Caennais Agrial avait très rapidement pris du plomb dans l'aile. En mars dernier, le mariage est même tout bonnement ajourné. Rebondissement cet été. Les deux entreprises veulent à nouveau s'unir pour former l'un des premiers groupes laitiers français. Malgré des « crispations et des réactions parfois un peu sanguines, les négociations n'ont jamais été interrompues », explique Olivier Athimon, directeur général d'Eurial. Au printemps, celui-ci espérait que les discussions allaient déboucher dans un premier temps sur un projet d'alliance plus réduit. Il n'en sera rien. Eurial et Agrial optent pour une fusion en bonne et due forme.
Eurial va devenir la branche lait d'Agrial
Le rapprochement va se dérouler en deux étapes. Cet automne, les activités de transformation et de commercialisation de lait des deux entreprises seront réunies au sein d'une seule et même structure qui prendra le nom d'Eurial. Celle-ci emploiera alors 4.400 salariés, dont 2.500 en provenance d'Eurial, 1.900 de la branche lait d'Agrial. En juin 2016, les coopératives fusionneront, ce qui nécessitera en amont l'accord des producteurs de lait adhérents et de l'Autorité de la concurrence. Eurial deviendra ainsi la branche lait d'Agrial. Le Normand (12.000 salariés, 4,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires) est également présent dans les boissons (Loïc Raison, Danao), les légumes (Florette), la volaille et la nutrition animale.
L'un des plus gros acteurs français du lait
Le nouvel ensemble sera le sixième acteur français du lait, un marché dominé de la tête et des épaules par le Mayennais Lactalis avec ses 16 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2013. Eurial sera encore loin du numéro un avec 2,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Allant collecter 2,7 milliards de litres de lait auprès d'environ 6.500 producteurs de l'Ouest de la France, Eurial transformera la matière première au sein de 22 usines.
Pourquoi cette fusion ?
Entre Eurial et Agrial, si on met en avant une même vision du marché et un même esprit coopératif, le mariage est clairement d'intérêt. « Le lait est un marché mondial, avec des cours de plus en plus fluctuants. Le fait d'être un acteur généraliste du lait, d'être sur différents marchés et de proposer différents produits nous permet de mieux absorber les variations des cours et d'apporter des débouchés plus solides à nos éleveurs », explique Olivier Athimon. Des nouveaux débouchés, Eurial est allé en chercher il y a sept ans en se lançant dans la fabrication de mozzarella. Le groupe nantais transforme aujourd'hui la plus grande partie de ses volumes de lait (650 millions de litres par an) pour fabriquer ce fromage d'origine italienne, dont il est devenu le premier producteur français. Parmi les autres grandes spécialités du groupe coopératif : le fromage de chèvre, à travers la marque Soignon, ou encore les beurres Grand Fermage.
Les yaourts de la GMS
L'alliance avec Agrial, qui est entré sur le marché du lait il y a moins de cinq ans ouvre de nouveaux horizons. Agrial est le premier fabricant français de yaourts en marque distributeur, via la société Senagral, qui absorbe 400 millions de litres de lait par an. La majeure partie des volumes de lait de la coopérative, soit environ un milliard de litres, est fournie à un autre groupe laitier, Bongrain. Demain, le nouvel ensemble sera aussi bien présent en GMS, qu'auprès des industriels et des restaurateurs. En France qu'à l'international. Dans le lait de vache que dans celui de chèvre. Dans les produits frais que dans les ingrédients secs. « Notre modèle économique va devenir plus résistant », assure Olivier Athimon. Et ce, en dépit de la crise laitière qui frappe aujourd'hui le secteur. « Dans notre métier, à plus ou moins 2 %, on est en surproduction et le cours du lait plonge ou on est en sous-production et il flambe. Aujourd'hui, on vit une crise laitière. Mais elle n'est que conjoncturelle et je pense que ça va repartir en fin d'année. Et de toutes les façons, la demande de protéines laitières est forte. Nous sommes sur un marché porteur », assure le directeur général d'Eurial.
Deux entreprises en bonne santé
Pour le dirigeant nantais, la crise laitière ne précipite en rien le rapprochement entre les deux entreprises. « C'est une alliance offensive. Nous avons des activités complémentaires. Nous ne sommes pas du tout dans une logique de rationalisation de l'outil industriel. Nos territoires s'étendent et vont aller de la Normandie au Poitou. Et nous sommes deux groupes en bonne santé financière ». L'an passé, Eurial, qui a franchi pour la première fois de son histoire la barre du milliard d'euros de chiffre d'affaires, a dégagé un excédent brut d'exploitation de 32 millions d'euros. Il était de 160 millions d'euros pour Agrial, toutes activités confondues.
S.V.
Eurial
(Nantes) Dg : Olivier Athimon 2.500 salariés 1 milliard d'euros de CA 02 40 68 18 18 www.eurial.eu