Le calendrier fait parfois bien les choses. Alors que, dans notre région, l'économie sociale et solidaire était ébranlée par les déboires économiques rencontrés par l'un de ses plus illustres représentants, la Coop Alsace, le nouveau premier ministre Jean-Marc Ayrault nommait Benoît Hamon au poste nouvellement créé de ministre délégué à l'économie sociale et solidaire. Une forme de consécration pour ce pan de l'économie qui, si personne n'en nie l'importance, n'avait encore jusque-là jamais obtenu une telle considération. De quoi ajouter de l'eau au moulin de ceux qui, en Alsace, croient plus que jamais dans cette voie qui l'an dernier, avait fait l'objet d'une convention régionale. L'affaire Coop Alsace ne serait donc qu'une péripétie? Certainement, à en croire Frédéric Deck, président de la Chambre régionale de l'économie sociale et solidaire (Cress). Pas question pour lui de porter un jugement sur l'actualité. Il préfère regarder vers l'avant, souligner la qualité des fondamentaux sur lesquels reposent l'ESS et le système coopératif. «La crise économique n'épargne aucun milieu», assure-t-il, «qu'il soit traditionnel, bancaire ou financier, mais je comprends que l'on puisse se poser la question de l'incidence, ne serait-ce que psychologique, sur l'ensemble du système coopératif». «Partout il y a des exemples et des contre-exemples», abonde Michel Debes, président de la coopérative Alsace Lait.
«Tenir compte de la globalisation»
Attention toutefois, selon Frédéric Deck, à ne faire de la Coop Alsace ni une exception, ni une généralité. «Les difficultés rencontrées par l'entreprise sont celles que rencontrent beaucoup d'acteurs de la grande distribution depuis quelques années. Ce n'est pas pour autant qu'il faut généraliser ce cas à l'ensemble des acteurs du système coopératif, qu'il faut le condamner». Michel Debes n'en dit pas moins: «le système coopératif reste d'avenir à condition de ne pas oublier que l'on évolue dans une économie ouverte qu'il faut tenir compte de la globalisation et accepter les règles de son secteur. Certains ont pu avoir plus de mal que d'autres». Encore un hasard du calendrier? L'emballement médiatique autour du sujet intervient alors que la Cress, en lien avec la Région, s'apprête à lancer sur le territoire une campagne de communication de proximité sur l'ESS. «C'est un sujet d'avenir, notamment parce que se profile une vague importante de départs à la retraite de dirigeants et que monter une coop' est une solution pour les salariés de reprendre leur entreprise. Il y a un vrai terreau dans cette Alsace humaniste», affirme Catherine Zuber, élue au Conseil régional et qui porte le dossier de l'ESS avec passion. «Une coop', c'est moderne dans sa forme de management», précise de son côté Frédéric Deck.
Un statut d'institution locale à double tranchant
L'impact psychologique et médiatique du dossier Coop Alsace tiendrait en fait plus à sa dimension sentimentale. Une institution locale est touchée dans son intégrité économique, suspectée d'avoir fait l'objet de malversations... Les Alsaciens ont mal à leur Coop, celle qu'ils croisent au coin de la rue, parfois le dernier commerce du village. «Vous savez, Alsace Lait est passée par une crise il y a une petite vingtaine d'années. Et le plus grand risque est de croire que, parce que l'on est une institution, l'on est intouchable. C'est un sentiment dangereux, une vision de l'esprit qui peut conduire droit dans le mur». «La Coop est peut-être une vieille dame qui ne s'est pas rendue compte que le monde bougeait vite», lache Catherine Zuber. Coopérative ou pas, ESS ou pas, l'enjeu reste d'offrir des produits ou un service au meilleur rapport qualité prix. À ce titre, «la gestion d'une coopérative n'a rien de différent d'une entreprise privée», explique Michel Debes. Si ces fondamentaux restent bien présents à l'esprit des salariés et des dirigeants de toute entreprise coopérative, «il n'y a pas de métier, il n'y a pas de niveau de chiffre d'affaires qui ne soit pas adapté à un statut de coopérative», conclue-til.
image Les acteurs de l'économie sociale et solidaire se veulent rassurants : l'affaire Coop Alsace ne fragilise pas cette filière complémentaire de l'économie traditionnelle.