Depuis décembre dernier, les électrons ne tournent plus rond au sein de l'European synchrotron radiation facility (ESRF) de Grenoble! Le faisceau d'électrons, qui tourne normalement en continu sur ce site européen de recherche, a été arrêté pour quatre mois, le temps d'importants travaux. Pour un investissement global de 110M€, contre 180M€ initialement, dont 30M€ pour les travaux proprement dits, l'ESRF ajoute des lignes de lumières, plus longues, permettant des observations plus pointues. Serge Pérez, directeur de recherche, souligne que ces travaux ont été maintenus «malgré les difficultés financières. La crise s'est traduite par une baisse de 6% du budget en 2010, notamment par le Royaume-Uni et l'Italie. Le budget 2012 est toutefois en hausse de 1%, ce qui n'est pas mauvais vu le climat actuel.» Menés par le bureau d'études Ginger ingénierie de Lyon, les travaux d'extension créeront 3.600m² de laboratoires et bureaux supplémentaires, ainsi qu'un show room de 200m² pour les 5.000visiteurs annuels, et une cafétéria. Francesco Sette, directeur du site, rappelle que ces travaux entrent dans le cadre du programme d'«upgrade» qui s'étend de 2008 à 2018, dont «l'objectif est de permettre une meilleure science dans les disciplines clés que sont les nanosciences et nanotechnologies; l'imagerie à rayon X et la biologie structurale».
Acheter du temps de faisceau
L'excellence scientifique est le socle même d'un équipement tel que le Synchrotron, dont la place dans la compétition mondiale, notamment face au Japon et aux États-Unis, se mesure, entre autres, en nombre de publications de résultats de recherche. Mais si toutes les recherches académiques menées au Synchrotron ont obligation de publier leurs résultats, il n'en est pas de même pour les recherches privées. «Tout industriel peut acheter du temps de faisceau, selon un tarif établi, avec plus ou moins de services, explique Serge Pérez. Les résultats appartiennent alors bien évidemment à l'industriel. L'une de nos prochaines offres de service est d'ailleurs le traitement des données recueillies par les industriels. Ça peut être une source d'emplois. Des entreprises extérieures spécialisées le font déjà. C'est une évolution lourde qui se met en place. L'ESRF n'est plus seulement le terrain de jeu des scientifiques. Il est utile à l'économie en général, il doit se rapprocher du monde industriel et démontrer son intérêt aux citoyens.»
Pharmacie et automobile
Seulement 2% du budget de l'ESRF proviennent du monde industriel, alors que ses statuts lui autorisent jusqu'à 10%. «Atteindre ces 10% est un souhait car ce serait créateur d'emplois, insiste Serge Pérez. Nous avons d'ailleurs créé depuis deux ans une unité de développement des relations industrielles, signe d'une volonté très forte du management.» Toutefois, 55% maximum du budget peut être statutairement alloué à la masse salariale, le reste se partageant entre les opérations et l'innovation. Initialement, 60% des revenus industriels proviennent des grands groupes pharmaceutiques. Mais l'imagerie peut intéresser tous types d'industries, de la cosmétique à l'agroalimentaire, en passant par la papeterie, la métallurgie, la plasturgie ou encore l'automobile. Toyota a d'ailleurs mené un long programme de recherche sur les pots catalytiques à l'ESRF. «Nous devons montrer que les très grands instruments européens sont au service de l'innovation industrielle. Cela passe par des sessions d'informations auprès des industriels, détaille Serge Pérez, mais aussi par des actions auprès des écoles, pour que les futurs ingénieurs aient le réflexe du recours à ces instruments. Nous effectuons aussi une démarche auprès des pôles tels que Minalogic ou Axelera. Une autre piste, inspirée de l'Allemagne, consisterait à former à nos techniques de pointe des thésards qui ensuite irrigueraient l'industrie.» La balle est également dans le camp des industriels qui doivent savoir saisir l'opportunité de disposer d'un tel outil d'expertise et d'analyses.
ESRF
(Grenoble) DG: Francesco Sette 600 salariés Budget annuel: 90M€, alloué par 19 pays, dont la France (27,5%), l'Allemagne (25,5%), l'Italie (15%) et le Royaume Uni (14%)
www.esrf.eu