Cette année, selon les projections du cabinet Altares, le nombre de défaiffance d'entreprises devrait s'établir à 59.000 en France. La question est de savoir combien, sur ces 59.000 entreprises, auront la chance de poursuivre leur activité ou de trouver un second souffle grâce à une reprise. En effet, les entreprises en difficulté sont souvent des proies tentantes pour les grands groupes et les PME désireuses de se lancer dans une stratégie de croissance externe.
L'euro symbolique : mythe ou réalité ?
Tentantes mais pas forcément faciles car, contrairement aux idées reçues, reprendre une entreprise en difficulté n'est pas toujours une bonne affaire. « Même si les actifs sont repris à l'euro symbolique, il ne faut pas croire que reprendre une entreprise à la barre du tribunal de commerce ne coûte rien. Il y a beaucoup de choses sous-jacentes. Dès le premier jour, il faut recréer le besoin en fonds de roulement (BFR) puisque les comptes clients sont en général conservés par la procédure. Les tribunaux imposent aussi très souvent de reprendre le passif social, c'est-à-dire les acquis des salariés repris : les congés payés, les repos compensateurs, le 13e mois... Au final, « reprendre une entreprise en difficulté peut vite chiffrer », assure Jean-Jacques Fournel, ex-directeur général de GMD, géant de la sous-traitance automobile, habitué des reprises aux tribunaux de commerce. Reconstituer les stocks ; payer les fournisseurs échaudés "au cul du camion", selon l'expression consacrée ; remettre à flot la trésorerie... « Cela revient parfois plus cher de reprendre une entreprise en difficulté que de reprendre une entreprise in bonis », confirme Jean-Jacques Fournel.
Un retard à combler
Surtout que contrairement à une entreprise en bonne santé, l'entreprise en difficulté a souvent accumulé un retard de compétitivité que le repreneur va devoir combler pour espérer retrouver le chemin de la rentabilité. « Quand on rachète une entreprise à l'euro symbolique, cela signifie implicitement que les investissements n'ont pas été faits et qu'il va falloir réinvestir en machines, en formation des hommes pour faire redémarrer l'activité. Ce que l'on ne paie pas au début, on le paie après », commente Éric Vannoote, fondateur du fonds de retournement Seconde Chance à Lyon et dirigeant de l'entreprise ligérienne Bony. Par ailleurs, une telle opération est par nature risquée et quand bien même le repreneur parvient à corriger les erreurs du passé, rien ne garantit qu'il parviendra à redonner une seconde vie à l'entreprise. Surtout s'il ne sait pas où il met les pieds. Cadre juridique, évaluation des risques et du potentiel, préparation de l'offre de reprise... Autant de paramètres à bien maîtriser car comme le souligne à juste titre Éric Vannoote : « Reprendre une entreprise en difficulté ne s'improvise pas ! »
Contrairement aux idées reçues, la reprise d'une entreprise en difficulté ne se fait pas à l'euro symbolique. Derrière l'acquisition des actifs, il convient de prévoir une enveloppe conséquente pour les investissements et le besoin en fonds de roulement nécessaires à la remise sur rails de l'entreprise.
Dossier réalisé par Gilles Cayuela