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Engie Solutions injecte 92 millions d’euros pour verdir et étendre le réseau de chaleur ouest de Strasbourg
Strasbourg # Production et distribution d'énergie # Transition écologique

Engie Solutions injecte 92 millions d’euros pour verdir et étendre le réseau de chaleur ouest de Strasbourg

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Engie Solutions installe une centrale biomasse et des pompes à chaleur pour alimenter près de 50 kilomètres de réseau de chaleur dans plusieurs quartiers ouest de Strasbourg. La mise en service est programmée pour avril 2026.

Au total, 12 pompes à chaleur de 1,7 mégawatt composent la centrale de pompes à chaleur — Photo : Dorian Mao

"Un projet comme celui-ci ne peut être que collectif, entre une collectivité territoriale avant-gardiste et une entreprise engagée dans la transition écologique", soutient fièrement Matthieu Bonvoisin, directeur du territoire Nord-est d’Engie Solutions et président d’Énergies Vertes Ouest Strasbourg (EVOS). C’est sur le site historique de la centrale au gaz du quartier de Hautepierre, à Strasbourg, qu’un chantier à 92 millions vient d’être lancé : au programme, sécurisation, modernisation et décarbonation du réseau de chaleur ouest de la ville.

Installé dans les années 1970, le réseau de chaleur urbain est géré depuis juillet 2022 par EVOS dans le cadre d’une délégation de service public, attribuée pour 20 ans. Filiale de l’énergéticien Engie (97 000 salariés), Engie Solutions, qui a réalisé 5,4 milliards de chiffres d’affaires en 2024 et emploie 16 000 salariés, contrôle à 100 % la société d’exploitation EVOS.

Lise Damien, responsable de projet opérationnel chez Engie Solutions et Matthieu Bonvoisin, président d’EVOS — Photo : Dorian Mao

Un investissement de 92 millions d’euros

Subventionné par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), pour un montant qui n’a pas été communiqué, la majeure partie de l’investissement est consacrée à l’installation de deux nouvelles centrales sur le site : l’une regroupant plusieurs pompes à chaleur et l’autre fonctionnant à partir de la biomasse. "Le site d’EVOS produira ainsi 88 % de la chaleur à partir d’énergies renouvelables et de récupération. Pour la taille de ce réseau de chaleur, c’est extrêmement significatif. C’est tout simplement 20 points de plus que la moyenne nationale", assure le président d’EVOS.

L’extension du réseau à plus du double de l’actuel

Autre volet de l’investissement, l’agrandissement du réseau de distribution et l’augmentation du nombre de point de livraisons. "Nous agrandissons les 22,7 kilomètres de réseau pour atteindre 50 kilomètres à l’automne 2026 et passons à 300 points de livraisons à terme contre 156 au début du chantier", détaille Lise Damien, responsable du projet opérationnel pour le chantier. L’extension du réseau entraîne une augmentation de la chaleur livrée, de 145 GWh à 223 GWh après la réalisation des travaux.

Depuis le début de l’année 2023, près de 15 kilomètres de l’extension du réseau ont déjà été réalisés. À terme, 25 000 équivalents logements seront alimentés par la centrale, soit 10 000 de plus que le réseau initial.

Le chantier de construction de la centrale biomasse a débuté en février 2025 — Photo : Engie Solutions

Une réduction de 78 % des émissions de CO2 du site en 2029

En plus de la modernisation, EVOS affiche un objectif de décarbonation de la production de chaleur. À partir de 2029, la nouvelle centrale devrait émettre 78 % de CO2 en moins. Pia Imbs, présidente de l’Eurométropole de Strasbourg, se félicite de cette "véritable avancée pour la transition écologique et énergétique" : "C’est un changement profond en faveur des quartiers ouest de Strasbourg et pour la souveraineté de l’Eurométropole. Ce projet doit nous permettre de réduire la dépendance aux énergies fossiles de notre collectivité".

Récupération de la chaleur fatale d’un hôpital

Pour alimenter sa centrale de pompes à chaleurs, Engie Solutions s’appuie sur deux sources différentes : les fumées de la centrale biomasse et… l’hôpital de Hautepierre. "Nous allons récupérer la chaleur fatale produite par les appareils de production de froid de l’hôpital pour alimenter la centrale", indique Arnaud Dupuy, responsable départemental réseau chez Engie Solutions. Sur les 20 MW de puissance installée, répartis en 12 pompes à chaleur dans le bâtiment de la centrale, 11 MW proviendront de l’hôpital et 9 MW de la centrale biomasse.

Prévisualisation du futur site de Hautepierre après la réalisation de l’ensemble des travaux — Photo : Engie Solutions

Cette dernière, d’une puissance prévue de 23 MW, sera alimentée "à 70 % par des plaquettes forestières et 30 % par du broyat de palettes", souligne Louis-René Pouyet, directeur de projet réalisation sur le chantier du site de la centrale au gaz du quartier Hautepierre de Strasbourg. "Les fournisseurs sont des entreprises situées à moins de 100 km de la centrale, majoritairement dans le Grand Est, et aussi quelques-unes en Allemagne", précise Arnaud Dupuy.

Le lancement des centrales est attendu pour avril 2026

Le bâtiment destiné à la centrale biomasse étant toujours en construction, il est pour le moment difficile de le visualiser : "Le site aura une autonomie de quatre jours de stockage pour faire fonctionner la centrale biomasse. Une quinzaine de camions réaliseront des livraisons tous les jours", indique Arnaud Dupuy.

Ces deux nouvelles centrales d’énergies renouvelables et de récupérations doivent être opérationnelles en avril 2026. Pour le moment, le réseau de chaleur ouest de Strasbourg est toujours alimenté par du gaz naturel et du biométhane. "Dans les 92 millions d’euros d’investissement, le remplacement des moyens de production gaz était prévu", indique Matthieu Monvoisin.

À côté de l’historique cheminée rouge et blanche, trois plus petites ont été construites — Photo : Dorian Mao

Quatre nouvelles chaudières au gaz ont donc été installées en début d’année 2024 pour une puissance totale de 70 MW. "Elles sont indispensables pour faire face aux pics de consommation en hiver et en cas de problèmes techniques sur les autres centrales", précise Louis-René Pouyet. Sur ce réseau de chaleur, le pic de consommation oscille entre "60 et 65 MW", affirme Arnaud Dupuy.

Cinq niveaux de traitement de fumée

Pour renforcer l’aspect environnemental du projet, EVOS a décidé d’installer cinq niveaux pour le traitement des fumées de la centrale biomasse. "C’est un choix d’Engie Solutions pour renforcer la préservation de la qualité de l’air", souligne Louise Damien. En plus des étapes classiques pour traiter les fumées des centrales avant leur rejet dans l’atmosphère, le dispositif d’Engie prévoit l’injection d’urée, de chaux et de charbon actifs avant le passage dans un laveur condenseur de fumée.

Et sur l’avenir de la cheminée rouge et blanche du site de Hautepierre, Louis-René Pouyet tient à préciser : "Il y a un nid de faucon pèlerin tout en haut, et nous avons mis en place les mesures compensatoires, mais il n’a pas réellement bougé pour le moment. Nous allons interroger les habitants du quartier sur le sujet. Donc pour le moment pas de démolition prévue !".

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