Energie : Fessenheim doit-elle craindre le PS ?
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Energie : Fessenheim doit-elle craindre le PS ?

Politique Élu le 6 mai dernier président de la République, François Hollande avait promis à ses alliés verts une fermeture de Fessenheim. D'autres dossiers sensibles, notamment celui du Grand contournement ouest de Strasbourg, pourraient rapidement venir sur la table.

Il était inquiet, Philippe Richert. Quelques jours après la défaite de son camp à la présidentielle, signifiant à la fois son départ du ministère de l'Intérieur, où il était en charge des collectivités locales, et le basculement du pays vers une majorité PS-EELV, deux sujets le préoccupaient: la fermeture de la centrale de Fessenheim et l'abandon du Grand contournement ouest. L'un et l'autre ont fait l'objet de prises de positions franches et sans appel de la part des socialistes. La fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim figurait au programme du candidat François Hollande et l'abandon du GCO est l'un des chevaux de bataille de la majorité PS de la Communauté urbaine et de la ville de Strasbourg.




Fessenheim, une question politique

«La façon dont ce dossier est géré n'est pas raisonnable», a expliqué Philippe Richert à propos de la fermeture de la centrale. «Celle-ci serait idéologique et surtout politique, dans le seul but de satisfaire les accords avec les Verts», selon le président de la Région. Aucun commentaire du côté de la direction de la centrale, mais son directeur Thierry Rosso, quelques semaines avant le premier tour, rappelait l'ambition d'EDF: «Emmener Fessenheim à 60 ans d'exploitation». Moyennant, notamment, une nouvelle tranche d'investissements de l'ordre de 200millions d'euros pour répondre aux exigences complémentaires de sécurité post-Fukushima, et qui s'ajoutent aux 380millions injectés à l'occasion de la visite décennale.




Investir, encore et encore?

«La vraie question c'est: doit-on continuer à investir?», affirme pour sa part Jacques Bigot, président PS de la Communauté urbaine de Strasbourg, «alors qu'une conversion en site de démantèlement permettrait d'apprendre et de développer des process, des compétences et de les exporter». Si l'arrêt de la production nucléaire est annoncé par la gauche pour 2017, cela promet encore un quinquennat de débats animés générateurs de communions d'idées plutôt rares. Telles celles entre syndicats patronaux et de salariés. «La fermeture de Fessenheim -une centrale qui fonctionne- signifie une moindre richesse et pose la question du risque de dépendance énergétique de la France», souligne Olivier Klotz, président du Medef Alsace. Et d'un surcoût sur la facture d'électricité des entreprises, estimé à 40%, ce qui, sur ce point, mettrait les industriels français au niveau des allemands. Élu CGT du Haut-Rhin, ancien de la centrale, Guy Klein manifeste en d'autres termes son opposition: «Je suis avant tout un citoyen. Si j'avais la moindre crainte que l'on fait courir des risques à la population, je demanderais la fermeture. La question de l'emploi serait secondaire». Avant de poursuivre: «Arrêtons avec le problème de l'âge, Fessenheim n'est pas une vieille boutique!».




«Une stratégie de long terme

» «On n'a pas de réponse sur le double risque tremblement de terre et rupture de digue», assène Jacques Bigot, «nous ne sommes pas sur une position dogmatique forte, mais sur une solution à apporter à une centrale vieillissante, obsolète. François Hollande a défini une stratégie de long terme qui ne consiste pas à dire "on sort du nucléaire", mais à dire "on réduit la part de l'atome au profit des énergies renouvelables"». Philippe Richert dénonce un mauvais coup porté à l'Alsace: «Une région qui, plus qu'ailleurs, a investi massivement dans le renouvelable», justement. «Réduire la part du nucléaire à 50% de notre production dans les 12 ans, cela veut dire fermer 24 réacteurs. Comment imaginer que l'on va produire autant d'électricité avec le renouvelable?», s'interroge le président de la Région, «pas fana du nucléaire», mais pragmatique. Il apporte lui-même un début de réponse, teinté d'ironie: «Le soleil peut taper et le vent, souffler...». Et les pro-nucléaires, se faire à l'idée que, si l'atome n'a pas dit son dernier mot, Fessenheim cristallise un débat qui a rarement été aussi ouvert.

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