Emballage : Mutation obligatoire

Emballage : Mutation obligatoire

Baisse de la consommation et crise du pouvoir d’achat obligent, le packaging doit évoluer. Exit le suremballage, les consommateurs attendent de la part des industriels des matières qui se trient facilement et qui ne gonflent pas leurs poubelles. Pour les clients de l’industrie agroalimentaire, des cosmétiques ou de l’automobile, les requêtes sont comme toujours économiques. En bout de chaîne, l’emballage pâtit forcément d’un ralentissement de la consommation de produits manufacturés. Des matières propres et pas chères. Voilà ce que l’on demande aux acteurs de l’emballage. Le défi reste difficile à relever. Dossier réalisé par Violaine Pondard, Nicolas Mollé, Armelle Gegaden et Isabelle Jaffré.

À l’heure où les réglementations en matière de réduction des emballages vont être de plus en plus strictes, et où la baisse de la consommation est palpable, les professionnels de l’emballage se mettent à la page.



Produire propre

Innovation et compétitivité. Voilà les maîtres mots des acteurs de l’emballage pour leurs défis à venir. « Ces deux notions sont inséparables », assure Christelle Héno, responsable marketing de Plastobreiz à Auray. « Nous devons être capables d’anticiper les problématiques qui risquent de se poser demain », explique-t-elle. « Tout en sachant que le prix est le critère déterminant vis-à-vis de nos clients ». Et cela passe par une veille permanente des nouvelles réglementations, des nouveaux matériaux et un effort d’investissement dans des outillages toujours plus performants et optimisés. Car aujourd’hui encore, écologie ne rime pas toujours avec économie. Jackie Fauchoux, gérant de Thermoformage Industrie à Questembert, l’a remarqué. « Nous travaillons les matières biodégradables depuis huit ans mais elles ne trouvent pas leur place sur le marché », dit-il. La raison ? « Elles sont deux fois plus chères que les matières classiques. » Et puis, pour produire des matières biodégradables, il faut une base végétale, de maïs ou de blé. « Ce qui ne va pas sans provoquer de flambée des coûts pour le domaine alimentaire », d’après l’industriel qui travaille à 85 % pour l’industrie agroalimentaire. Blandine Lagain, conseillère technique du réseau Breizpack (lire ci-contre), le sait aussi : « On essaie d’améliorer les bilans environnementaux des emballages, mais c’est très difficile d’avoir du recul. L’impact de la fabrication de plastique à base de maïs ne tient pas compte de la pollution des eaux ou des pesticides », note-t-elle.



Filières de recyclage

Certains matériaux, eux, sont naturellement écologiques, comme le carton ondulé d’ABC Line à Landaul destiné à l’industrie et à l’agroalimentaire. « Nous autres cartonniers avons une bonne réputation à cet égard », explique son gérant William Gervais. « Pour un arbre coupé, nous avons l’obligation légale d’en replanter trois. » Le carton d’ABC Line est constitué à 80% de matériaux de récupération. Pour Thermoformage Industrie aussi, la matière première n’est pas issue du pétrole mais de ses déchets. « Ce qui nous manque pour travailler sur des matières plastiques recyclées c’est une filière », indique Jackie Fauchoux, qui s’attriste du défaut d’éducation au tri des citoyens. Il espère pourtant pouvoir s’approvisionner localement, grâce au recyclage, plutôt que d’importer des matériaux de l’étranger.



Pistes d’avenir

Seulement 7 % à 8 % des matières premières qu’utilise son entreprise sont issues du recyclage. « Mais cette matière première ne peut pas être utilisée pour l’agroalimentaire et les laboratoires qui nécessitent de nombreuses normes », ponctue-t-il. Pour Franz Thibault, P-dg de Thibault-Bergeron, spécialiste du carton d’emballage à Muzillac, « l’écoconception n’est pas qu’un argument marketing. Consommer moins de matériaux est économique. Pourquoi utiliser une boîte de 400 g lorsque le besoin réel est de 350 g ? Si le carton est recyclable à 80 %, on doit aussi travailler la recyclabilité des 20 % restants. Et réduire au maximum les multi-composants, le carton pelliculé ou plastifié : le tetrabrik est très difficile à recycler. Et puis, une boîte de chocolats peut très bien avoir une seconde vie et être utilisée comme boîte de rangements de crayons ou de CD".