Détecter des polluants dans l’eau avec des dreissènes — de petites moules d’eau douce connues pour leur capacité à accumuler les contaminants- c’est la mission que porte Elidreo, menée par Audrey Catteau, cofondatrice de la start-up rémoise et docteure en écotoxicologie. En janvier 2026, Elidreo a déployé pour la première fois sa technologie sur plusieurs sites en France : d’un côté, en région parisienne, pour évaluer la contamination virale de l’eau dans le cadre du programme MeSeine Innovation du SIAAP (Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne). La start-up, qui n’emploie pour l’instant qu’une salariée, a également mis un pied en Normandie, pour évaluer l’impact du rejet en mer des sédiments issus du dragage des voies navigables, avec le port Haropa.
Détecter près de 140 molécules chimiques
Pour mener ses recherches, Audrey Catteau prélève ses propres dreissènes dans le Lac du Der, situé à la limite de la Marne et de la Haute-Marne. Les moules sont ensuite placées en conditions contrôlées en laboratoire afin d’éliminer de potentiels polluants. Une fois prêtes, les dreissènes sont ensuite déployées sur les sites à surveiller et exposées pendant une à trois semaines, avant d’être récupérées et analysées. "Il existe déjà des outils pour évaluer la qualité de l’eau, mais certaines molécules polluantes, trop faibles en concentration, y échappent. Les dreissènes, elles, sont capables de filtrer l’eau et donc de concentrer les polluants dans leurs tissus, y compris certains contaminants microbiologiques comme des indicateurs viraux et des bactéries", appuie Audrey Catteau.
Elidreo est ainsi capable de quantifier la présence de près de 140 molécules chimiques, comprenant des métaux lourds, des hydrocarbures, des pesticides, des bactéries, des virus, ou encore des PCB, des molécules toxiques issues de l’industrie. L’entreprise peut également accompagner la détection de PFAS ou autres polluants éternels. "Sur ce point, nous sommes encore en développement : nous ne pouvons pas encore détecter ces PFAS quand ils sont en quantité très faible", détaille la dirigeante. Par rapport à des analyses chimiques classiques, cette technique permet de donner une vision longue de la pollution dans l’eau, en accumulant les contaminants sur toute la durée d’exposition.
Vers un déploiement européen
Incubée depuis 2024 par Innovact, Elidreo envisage de déployer sa technologie auprès d’autres acteurs publics, comme des stations d’épuration mais aussi des acteurs privés délégataires comme Veolia et Suez, des bureaux d’études et des industriels privés. Par exemple, la start-up pourrait évaluer les impacts de rejets industriels, ou évaluer l’efficacité d’un processus de traitement de l’eau. "En 2027, nous nous positionnerons sur les appels d’offres des agences de l’eau", cite Audrey Catteau. Ces déploiements devraient avoir lieu dans toute la France puis à l’échelle européenne dans un second temps. "Nous aimerions viser les Pays Bas, l’Allemagne, le Luxembourg et la Belgique", annonce Audrey Catteau.
Des avancées technologiques
En parallèle, Elidreo continuera de développer son innovation. "L’objectif va être d’examiner les effets des contaminants sur le vivant, comme des dommages à l’ADN", précise la dirigeante. En plus de la détection des polluants, la start-up devrait ainsi pouvoir analyser leurs effets sur la santé des dreissènes.
Des avancées technologies soutenues notamment par la SATT Nord, qui a apporté un financement global de 171 500 euros à l’entreprise. Un soutien qui a permis de standardiser le modèle expérimental de l’entreprise et de démontrer l’efficacité du bio essai pour le suivi de cibles microbiologiques. Elidreo a également bénéficié du soutien de la région Grand Est, avec une bourse start-up de 30 000 euros, et de Bpifrance, qui a financé une Bourse French Tech Lab (BFT Lab) pour construire le projet avant son lancement. La start-up travaille également en collaboration avec le SEDIF (Syndicat des Eaux d'Ile-de-France) et avec Actalia, un laboratoire spécialisé dans l’analyse des virus dans les aliments et l’eau Actalia, pour mener ses recherches.
Renforcer les effectifs
Dans les prochains mois, Elidreo continuera de normaliser sa technologie et devrait accueillir un nouvel ingénieur de recherche et un technicien au second semestre 2026. Issue des travaux de recherche de l’unité Stress Environnementaux et BIOsurveillance des milieux aquatiques, rattachée à l’Université de Reims Champagne-Ardenne (URCA), la start-up est aujourd’hui toujours hébergée dans les locaux de la faculté. "D’ici trois ans, nous pourrions envisager une levée de fonds ou une recherche d’investisseurs pour avoir nos propres locaux", estime Audrey Catteau.