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Electropoli veut recentrer sa production vers le spatial et la défense
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Electropoli veut recentrer sa production vers le spatial et la défense

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Le lyonnais Electropoli, spécialiste du traitement de surface des métaux en Europe, fait face à de nouveaux enjeux pour son usine d’Isigny-le-Buat dans la Manche : ouvrir un centre de recherche et développement pour recentrer sa production vers le spatial et la défense, et développer des traitements moins polluants.

Sur le site manchois Electropoli, 130 salariés travaillent sur 7 lignes de production et une ligne en industrialisation — Photo : Ingrid Godard

La cataphorèse, les zingages électrolytiques, les peintures liquides et poudres, font partie des savoir-faire que les 1 500 collaborateurs d’Electropoli répartis sur six sites de production en France (avec un siège social à Saint-Priest, près de Lyon) et en Europe maîtrisent. Sur le site manchois d’Isigny-le-Buat, créé en 1974, les 130 salariés travaillent sur 7 lignes de production et une chaîne d'industrialisation. Les équipes traitent 100 millions de pièces chaque année pour un chiffre d’affaires de 14 millions d’euros. L’usine normande se distingue notamment pour ses procédés avancés de traitement anticorrosion, comme la galvanisation à faible épaisseur et le traitement de nickel chimique. Au regard du contexte international, Electropoli entend opérer un nouveau virage pour son site normand, tendant à migrer de l’automobile vers le secteur de l’aérospatiale et de la défense, secteur dont la part pourrait ainsi passer de 21 % de l’activité du site aujourd’hui, à 33 % selon leurs projections pour 2027.

S’adapter aux nouvelles réglementations

Le centre de services d’Isigny-le-Buat dans la Manche en France est équipé de ligne de traitement chimique anti corrosion très performant — Photo : Electropoli

"L’automobile n’étant plus ce qu’elle était dans l’est de la France, on veut pousser le site d’Isigny à se réorienter vers l’aéronautique, la défense et le spatial", confirme Nicolas Delahegue, PDG d’Electropoli, "la force de frappe du site normand est de concentrer l’ensemble de ses compétences et de ses process sur un même site. "En effet, c’est à Isigny que des revêtements alternatifs au cadmium, comme le zinc-nickel, qui offre une résistance accrue à la corrosion et une faible empreinte environnementale ont été mis au point. Ce type de revêtement est particulièrement pertinent dans l’aéronautique, où Electropoli a obtenu plusieurs certifications auprès du groupe Safran. "Portés par le contexte géopolitique, nous voyons aujourd’hui notre carnet de commandes exploser dans le domaine de la défense. On est innovant et nous sommes prêts à moderniser le site manchois" assure le PDG.

Une urgence, car dès 2026, l’usine ne sera plus en mesure de respecter les normes environnementales relatives aux rejets des eaux traités dans l’Yvrande, le cours d’eau qui se trouve à quelques mètres de l’usine "Dans ce site, il y a du savoir-faire. On ne veut pas le laisser partir et si l’entreprise ne respecte pas les normes, le site risque de fermer", ajoute le dirigeant. La station d’épuration de l’usine doit être adaptée aux nouvelles réglementations d’ici 2026: "Nous disposons donc d’un an et demi pour nous mettre en conformité et effectuer les travaux", confirme le PDG.

Les investissements clefs pour réduire l’impact environnemental, devraient s’élever à 2,5 millions d’euros : ils consistent en la mise en place de résines pour capter des rejets en amont de la station de traitement mais aussi le raccordement d’une ligne de production à un évapo-concentrateur qui permettra la concentration des eaux usées en vue de diminuer les volumes de déchets finaux.

Créer un centre R & D mondial doté de 30 personnes

Pour mener à bien ce transfert d’activité vers d’autres horizons, Electropoli a pour projet de construire un nouveau centre de R & D appelé "Electro Recherche" en construisant un centre d’essais de 450 m2 avec un recrutement à terme de 30 techniciens et ingénieurs dédiés à la recherche et au développement de technologies de surface respectueuses de l’environnement d’ici 2026. "Isigny-le-Buat est le cœur de la partie R & D", poursuit le dirigeant de l’entreprise.

Nicolas Delahegue, le directeur d’Electropoli a des ambitions pour le site d’Isigny-le-Buat comme la création d’un centre R & D afin de développer de nouveaux process toujours moins polluants — Photo : Ingrid Godard

Le projet est de créer des surfaces de laboratoires et des lignes pilotes. Ce nouveau centre permettra de réduire le "time to market" (NDLR : le délai de mise sur le marché), de mise à disposition de technologies en matière de protection de l’environnement et d’accélérer la transition vers des activités aéronautiques, défense et spatiale. Le projet, estimé à 4,3 millions d’euros, est de regrouper un laboratoire d’essai et le contrôle chimique. Face aux défis écologiques, Electropoli s’implique dans des projets qui anticipent les évolutions réglementaires, comme l’interdiction prochaine du Chrome VI, un élément toxique fréquemment utilisé dans les traitements de surface. Electropoli a reçu des aides de France Relance et de la Région Normandie pour son développement. Elle sollicite une nouvelle fois la collectivité pour la création de ce centre.

"Le traitement des surfaces sera propre ou disparaîtra. Polluer, c’est gratuit. Dépolluer, ça coûte cher, mais c’est vital."

"Notre principale préoccupation est de développer des traitements compétitifs et protecteurs de l’environnement" assure le directeur, Pour répondre à ces défis environnementaux, Electropoli travaille notamment avec l’université de Besançon pour trouver des solutions. "Notre nouveau centre de recherche et de développement nous permettra d’aller encore plus loin dans la protection environnementale. Le traitement des surfaces sera propre ou disparaîtra. Polluer, c’est gratuit. Dépolluer, ça coûte cher, mais c’est vital", assure le PDG Nicolas Delahegue.

Plus de 30 brevets déposés

Electropoli propose tout un panel de traitements de surface des métaux pour l’industrie — Photo : Electropoli

Fondé en 1954, Electropoli s’est développé dans plusieurs secteurs industriels, principalement dans l’automobile, qui représente aujourd’hui 75 % de son activité. "Tous les composants des voitures et leurs batteries nécessitent des traitements de surface, nous intervenons sur un panel large de la carrosserie aux arbres de direction, en passant par les suspensions, jusqu’aux essuie-glaces explique Nicolas Delahegue. "Notre offre pour l’industrie automobile fait de nous un interlocuteur privilégié pour l’ensemble des marques de constructeurs, mais aussi pour les fabricants de camions et de deux roues". Grâce au développement des véhicules électriques, qui demande d’importants efforts de protection anticorrosion sur les organes de batterie, l’entreprise est passée de 75 à 115 millions de chiffre d’affaires en trois ans. Les trente et un brevets déposés dans les revêtements métalliques anti-corrosions destinés aux secteurs automobiles, militaires, et aéronautiques font de la société un acteur important de la filière du traitement de surface des métaux.

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