Dominique Moulard : L'artisan du changement
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Dominique Moulard : L'artisan du changement

Coiffé de plusieurs casquettes, dont celle de président de la Chambre des métiers et de l'artisanat 76, depuis juin2009, Dominique Moulard, artisan garagiste-mécanicien de son état, s'est mis au service des artisans depuis vingt ans avec l'envie de faire évoluer les mentalités.

«Je travaille depuis longtemps pour les autres mais aujourd'hui, il faut que les jeunes puissent prendre le relais. Bien sûr, s'engager prend du temps mais cela permet de sortir de son cadre habituel, c'est très enrichissant, et surtout, cela amène à faire évoluer sa vision de l'entreprise». En la matière, Dominique Moulard, la carrure impressionnante et le sourire apaisant, sait de quoi il parle puisqu'il cumule de nombreuses fonctions au sein d'organismes syndicaux ou institutionnels, dont la dernière en date est celle de président de la Chambre des métiers et de l'artisanat de Seine-Maritime. Des activités qui occupent 50% de son temps mais résultent d'un choix clair: «J'avais envie d'aider les autres. Ce passage aux responsabilités, c'est un constat face à la nécessité de s'investir. La suite, mes différentes attributions, c'est un enchaînement. À partir du moment où vous mettez un pied dedans, on vient vous chercher pour d'autres missions». Ainsi, Dominique Moulard fait un peu figure de président sauveteur de structure. Car, s'il a pris la tête de la Chambre des métiers après le renvoi de son prédécesseur par le préfet de région, il a aussi repris d'autres fonctions dans des conditions difficiles, comme la présidence du CEGIM (centre de gestion de l'artisanat, Ndlr) en 1999: «Dans ces moments-là, pour moi, c'est l'enjeu qui est intéressant. Il m'est arrivé une situation similaire à celle de la Chambre des métiers 76 avec la présidence de la FFCGEA (Fédération Française des associations de gestion et de comptabilité et des Centres de Gestion et d'Économie de l'Artisanat, Ndlr) en 2005 où le président sortant n'était plus soutenu par son bureau. Dans des cas comme ceux-là, il y a peu de gens qui veulent prendre la suite car les situations sont compliquées à démêler. C'est plus facile de reprendre quand tout va bien. En fait, je suis un peu le pompier de service».




Une lignée de garagistes

Né à Gournay en Bray, Dominique Moulard grandi paisiblement auprès de ses parents artisans garagistes. S'il n'est pas très attiré par l'école, il décroche tout de même son CAP automobiles et reconnaît avoir eu de la chance: «Être artisan, c'est dur, on ne compte pas ses heures, mais il y a une qualité de vie. À l'heure du goûter, ma mère était là pour faire les bonnes tartines. Et puis, j'avais la chance d'avoir un grand-père architecte qui possédait une maison de vacances au Touquet: des moments très agréables». Par la suite, ses parents s'installent à Montville et ouvrent un nouveau garage Volkswagen-Audi, dont il prendra la suite de 1983 à 2001: «C'est un métier extraordinaire et compliqué car, s'il est un métier passion pour nous, la réciproque est souvent vraie pour les clients, qui du coup sont très exigeants! Une passion qui se transmet en famille car, même si mon frère est dentiste, son regret est de ne pas avoir fait de mécanique!»




Une question de confiance

En 2001, Dominique Moulard change de marque en s'installant à Bois-Guillaume et passe chez Renault: «Un client m'a donné l'opportunité d'acquérir un terrain, ensuite c'est le business, il faut trouver une marque qui suive». Une activité qui va encore s'accroître puisqu'il ouvre un second garage, spécialisé dans la carrosserie, à Isneauville. Fort d'une clientèle fidèle, il aime se rappeler cette phrase de son père: «Pas la peine de payer un café au client s'il tombe en panne après dix kilomètres!» Un besoin de qualité et de confiance qu'il a du mal à retrouver dans la mise en place du statut d'auto-entrepreneur, qu'il perçoit comme une concurrence directe à l'artisanat: «D'abord, c'est un régime fiscal, pas un statut et on a démontré qu'à partir d'un certain chiffre d'affaires, ce n'est pas rentable. Cette mesure est bonne pour certaines personnes et si c'est ponctuel dans le temps. Mais après, vont-ils devenir artisans ou ouvrir une société, si le chiffre d'affaires augmente? Rien n'est moins sûr. Le problème, c'est la qualification, comment faire confiance? C'est un vrai risque pour le client. Normalement, le gouvernement a promis que l'on pourrait vérifier les niveaux de qualification à partir de diplômes, ce qui sera une bonne chose. Car pour moi, dans les conditions d'application d'aujourd'hui, on a en fait, un peu légalisé le travail au noir!»

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