Même quand tout semble bouclé, il peut y avoir des surprises. «Je pensais vraiment être à l'abri», raconte ce chef d'entreprise sous couvert d'anonymat. «À l'exception de notre maison et de quelques liquidités, mon épouse et moi étions en séparation de biens. Elle n'avait aucune part dans ma société, ni dans la SCI. Quand le divorce a été évoqué, je pensais que seuls les biens en commun feraient l'objet d'une répartition 50/50.» Ce quinquagénaire, plusieurs années plus tard, en a encore «gros sur la patate.»
200.000 € réclamés...
Explication: au moment de la séparation, celle qui est aujourd'hui son ex-femme est fonctionnaire et travaille à mi-temps, par choix. «Moi, je bossais 14h par jour, avec à la clef un salaire de 12.000 € net.» Le divorce va forcément entraîner une baisse sérieuse du niveau de vie de la concubine. Le Code civil, en son article270, prévoit cette situation avec la prestation compensatoire. Une indemnité forfaitaire que l'époux "le plus aisé" verse à l'autre. Mais comment évaluer le montant de cette indemnité? L'ex-épouse y va de son calcul. Sur un des nombreux sites internet supposés permettre de connaître la valeur d'une entreprise, elle multiplie simplement le chiffre d'affaires de la société de son époux par le coefficient en usage dans le secteur d'activités pour parvenir à une valorisation de... cinq millions d'euros. Chiffre sur lequel va se baser son avocat pour réclamer une indemnité compensatoire de 200.000 €. Notre chef d'entreprise, associé, tombe des nues. «Nous étions en pleine crise, et avec le divorce, sur le plan personnel, je repartais quasiment à zéro. J'ai mobilisé aussitôt mon expert-comptable et j'ai pris la meilleure avocate de la place pour sortir de cette situation.»
...259.000 € obtenus
«À quoi tient la valeur d'une entreprise, s'interroge-t-il encore aujourd'hui. Moi, j'ai calculé ce que je pouvais emprunter sur sept ans - la durée habituelle d'un prêt professionnel-, en tenant compte qu'un banquier ne prête en général pas plus de 30% de votre revenu mensuel net soit, dans mon cas, 4.000 €, 5.000 € s'il était gentil. Je ne pouvais donc pas aller au-delà de 340.000 €. Résultat: «Quatre ans de procédure pendant lesquels j'ai été tenu de verser à mon épouse 3.000 € par mois (soit 144.000 €, ndlr), sans compter les conséquences sur mes enfants en pleine adolescence. J'ai finalement pressé mon avocate de conclure, en acceptant de payer plein pot pour en sortir enfin. À la clef, une indemnité de 115.000 €. J'aurais peut-être pu descendre en-dessous, mais j'ai bien compris que mon salaire plus la valorisation telle que calculée par mon épouse n'étaient pas sans influence sur le juge.»
Près d'un mariage sur deux se termine, en France, par un divorce. Un phénomène auquel n'échappent pas les chefs d'entreprise, qui sont invités à prendre toutes leurs précautions. Témoignage d'un patron divorcé.