Alain Drivet, Guysanit (bâtiment), 80 salariés à Mérignac: Quelle est votre position sur la proposition de Vincent Feltesse de financer une 3e voie sur la rocade par le biais d'un PPP ?
La Région n'a pas la responsabilité des aspects routiers. C'est la Cub, le Département et l'État qui en sont responsables
. Cependant, j'ai signé une lettre avec Vincent Feltesse et Philippe Madrelle pour demander à l'État d'accélérer le dispositif et de regarder s'il y avait d'autres sources de financement pour la rocade. Cette idée de la Cub, je n'y suis pas hostile. Simplement, ce n'est pas parce que nous aurons une 3e voie sur la rocade qu'on aura réglé le problème de l'engorgement. Il faut savoir qu'il y a 200.000 personnes qui arrivent de l'ouest, autant de l'est chaque jour. Si on n'a pas, nous, la Région avec la SNCF, mis en place un RER aquitain pour faire baisser de l'équivalent d'une demi-voie de la rocade la population qui arrive, on n'aura rien réglé. La région essaie de mener cette réflexion sur un RER aquitain. Il faut aussi une révolution dans les modes de transport. Chacun doit réfléchir au niveau des Scot à ramener les activités proches de lieux d'habitation. Si on reste avec : "j'habite à l'ouest et je travaille à l'est" ou l'inverse, on ne règlera rien.
Catherine de Oliveira, EDMT (transport), 46 salariés à Saint-Médard d'Eyrans: L'écotaxe poids lourds va augmenter les coûts de transport. Ne pensez-vous pas que cette taxation supplémentaire va amener les entreprises à se centraliser sur les zones métropolitaines ainsi que les populations et de ce fait continuer à encombrer la rocade ?
Votre défense du transport routier est habile, pertinente mais cela ne règle pas le problème de fond. Si je compare transport ferré et transport routier l'avantage est à la route car l'argent public sert à faire les routes. En Aquitaine on a en gros 10.000 camions par jour qui transitent, on pense à 14.000 si rien n'est fait. C'est intenable. Seulement 2.5 % des marchandises franchissent les Pyrénées sur le rail contre 30 % entre la France et l'Italie, 25 % entre la France et l'Allemagne. Il faut donc une écotaxe car aujourd'hui on n'a pas de ressources pour financer le report modal. Paradoxalement, cet engorgement est facteur de centralisatio
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Cyril Dané, AIO (industrie), 30 salariés à Léognan : Comment la région Aquitaine imagine un vrai soutien pratique à l'export pour ses industriels ?
On a rendu les régions responsables de l'export. Ce n'est pas facile car les CCI et l'État veulent garder leurs responsabilités. Mais on voit bien que c'est autour d'une plateforme régionale que les choses peuvent marcher. Nous avons créé cette plateforme qui accompagne les entreprises qui en ont besoin. Le problème de l'export est national et pas seulement aquitain. Les grandes entreprises n'
ont besoin de personne mais les PME si car on constate
qu'une PME sur deux décroche à l'export. Il faut qu'on soit capable de faire croître les entreprises de sorte qu'elles puissent avoir au moins une personne chargée de l'export. Nous conditionnons nos aides à la création d'au moins deux services dans l'entreprise : l'export et la R & D.
Agnès Passault, Aquitem (numérique), 130 salariés à Bruges: Quels sont les soutiens de la région pour développer une filière numérique forte en Aquitaine ?
L'Aquitaine est sur certains secteurs de la filière comme l'e-santé le numéro 1. 50 % du business de l'e-santé est en Aquitaine. Nous avons un cluster, et une agence AEC, qui anime le secteur. On a le projet avec la mairie de Bègles et la Cub, de créer une Cité numérique. On a des projets de numérisation du patrimoine. C'est une filière importante. La Région en coopération avec le département, investit aussi pour réaliser un réseau haut débit. Nous développons également les usages notamment avec la numérisation des lycées. Sur le plan industriel, en dehors du e-commerce, nos cibles sont la santé et la numérisation du patrimoine. J'y vois un gigantesque potentiel et l'Aquitaine peut devenir le Hollywood du patrimoine.
Alain Drivet: Comment la Banque publique d'investissement va-t-elle être déployée au niveau local ?
Aujourd'hui, d'une certaine manière, elle existe avec Oséo et le FSI. La BPI c'est deux choses en plus : la rapidité de décision à un bon niveau notamment pour les fonds propres et des moyens supplémentaires pour faciliter l'accès des entreprises au crédit. Quoi qu'en disent les banques, et Bercy qui me dit que statistiquement, il y a une augmentation du crédit aux entreprises, je constate que l'accès des PME au crédit est beaucoup plus difficile aujourd'hui.
Vous savez comment sont faits ces chiffres ? Ils intègrent les refinancements. Il suffit de prêter 10 fois au même ou de remanier un prêt pour que les chiffres évoluent.
C'est intéressant. J'apprends quelque chose. Aujourd'hui on met en place une plateforme d'accueil virtuelle qui va donner de l'info et guider les PME si elles ont besoin d'un prêt d'une avance de trésorerie, d'une consolidation des fonds propres... Ce que j'en attends, c'est de mieux connaître les besoins des entreprises, de sorte qu'il y ait un poids politique, pas pour défendre les canards boiteux mais pour accompagner des entreprises qui peuvent passer parfois une période difficile. Quand les sous-traitants aéronautiques en 2008-2009 ont vu les commandes de Dassault ou d'Airbus diminuer, la Région s'est substituée aux banques pour permettre aux PME de restructurer. L'idée est que les décisions se prennent vite et au plus près du terrain. La BPI va être plus véloce sur les fonds propres.
Jean-Charles Krompholtz, Maxicoffe (e-commerce), 30 salariés à La Teste-de-Buc
h:
La région Nord Pas-de-Calais a aidé récemment la multinationale Amazone à s'implanter. Que peut espérer une entreprise comme la mienne pour faciliter son dimensionnement ?
Dans votre secteur, l'e-commerce, l'Europe ne permet pas d'intervenir directement. Nous intervenons surtout dans l'industrie. Mais je vois trois pistes pour que nous puissions aider votre entreprise : la formation, la R & D, et si vous avez des problèmes de fonds propres, on peut aussi intervenir.
Cyril Dané : On parle de l'innovation comme une solution à la sortie de crise. Malheureusement l'innovation ne se décrète pas ! Comment la Région développe-t-elle une industrie innovante de produits qui se vendent ?
Les régions ont le droit d'intervenir en aide à l'innovation depuis 2004. Dans notre budget d'accompagnement des entreprises, la part des aides à l'innovation est supérieure à l'aide à l'investissement mobilier. J'essaie de défendre auprès du Président de la République un pacte de productivité qui s'appuie sur l'usine du futur et la réorganisation du process de production. La réorganisation de la ligne de production, cela peut bouleverser la compétitivité des entreprises. Actuellement la croissance de notre productivité est "flat" or la productivité fait la compétitivité. Nous devons produire plus et mieux.
Cyril Dané: Face à la crise, les états ont fait le choix soit de favoriser la flexibilité du travail soit de diminuer le coût du travail pour les entreprises. Voir même les deux pour le Japon par exemple. Quel choix feriez-vous ?
Il faut bien mesurer de quoi l'on parle. Est-ce que l'objectif social et économique de la France, c'est de baisser les salaires ? Est-ce que quelque gouvernement que ce soit peut avoir cet objectif ? C'est un objectif de faiblesse. Cela signifie que nous ne sommes pas sur les bons créneaux industriels, qu'on est en compétition avec des pays en voie de développement. Moi je ne suis pas d'accord. C'est un modèle qui jamais ne sera viable. Par définition les salaires d'Afrique ou d'Asie sont plus faibles que les nôtres. Ce jeu-là, je ne le partage pas. Et ce n'est pas celui que l'Allemagne a pris. Est-ce que vous vous êtes interrogé sur comment on peut vivre avec 800 euros par mois ?
Alain Drivet: Baisser le coût du travail n'est pas forcément baissé les salaires
! L'exemple de salaires incroyables de certains chefs d'entreprise en France fait qu'il n'est pas possible de demander aux salariés de baisser leur rémunération. Sur les charges, j'ai beaucoup insisté pendant la campagne auprès de François Hollande sur le fait qu'il fallait qu'on ait une démarche de compétitivité. Je souhaite un saut de compétitivité et je pense qu'il devrait être ciblé. Il y a un effort à faire aussi sur ce que financent ces charges notamment au niveau de la santé. Faut-il continuer à rembourser l'aspirine ? Je ne suis pas hostile à la flexibilité. Elle a beaucoup avancé notamment avec la rupture conventionnelle. Je suis partisan d'un accord entre patronat et syndicat sur la flexisécurité. Je suis d'accord sur le modèle d'Europe du Nord. On le fait à la région. Des salariés sont en formation qualification plutôt qu'au chômage. Cela suppose une autre démarche. Il faudrait que les régions aient la capacité d'organiser cette flexisécurité. Ce n'est pas bon pour une nation d'avoir une partie de sa population loin de l'emploi.
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