Ce 22 octobre, la région Nouvelle-Aquitaine et ses partenaires ont coupé le ruban de ce qui est présenté comme un véritable laboratoire roulant. Ce train léger de 70 places assises (dont l’autonomie vise 200 km), propriété de la région et exploité par SNCF Voyageurs Nouvelle-Aquitaine, roule sur 8 lignes de l’étoile ferroviaire de Limoges (Haute-Vienne) depuis le mois de mars 2024.
Il a vocation à recueillir des données (grâce à des capteurs et ordinateurs embarqués) sur l’infrastructure et le transport de voyageurs lors de ses trajets et à tester des équipements innovants autour de différentes thématiques comme la géolocalisation, la détection d’obstacle ou la maintenance prédictive.
Un train laboratoire
L’équipementier limougeaud Texelis (330 salariés, 112 M€ de CA en 2023), par exemple, développe SILK (Sustainable, Innovative, Low-Wear Kinetics), un système de mobilité "entièrement intégré", remplaçant les boggies par des roues à moteur, pour réduire de 50 % l’usure des rails et des roues, diminuer les coûts (investissement et fonctionnement) de 30 % et "assurer la mise à hauteur automatique des quais". En cas d’industrialisation de ce train du futur, l’ETI, qui fabrique notamment la mécanique et le moteur des blindés Serval de l’Armée de Terre, espère recruter 40 personnes, doubler le chiffre d’affaires de sa branche transport et conquérir de nouveaux marchés et clients, SILK ayant "un potentiel d’adaptabilité pour d’autres plateformes (tramway, TER).
"Ce train-labo ouvert à la filière constitue une plateforme prometteuse pour l’innovation dans le secteur ferroviaire, permettant de tester de nouvelles technologies en collaboration avec divers acteurs et ainsi d’améliorer l’expérience des voyageurs", précise Jacky Emon, président de l’association Ferrocampus, ce pôle de formation ferroviaire à Saintes (Charente-Maritime), qui doit ouvrir en avril 2025 un showroom d’expérimentation où sera notamment visible une maquette de la liaison au sol de Texelis. C’est d’ailleurs le Ferrocampus qui assure le relais entre les entreprises qui souhaiteraient tester leurs innovations et le "train-laboratoire".
IA, vitrage innovant et pictogrammes lumineux
Trois autres entreprises expérimentent leurs technologies dans cette rame régionale : Saint-Gobain (160 000 salariés, 47 Md€ de CA) y teste des vitrages innovants "qui permettent de conserver la chaleur en hiver et la fraîcheur en été tout en laissant mieux passer les fréquences wifi/réseaux" et Pictolight, des pictogrammes lumineux intégrés aux vitres des trains pour "communiquer des informations en temps réels sur les commodités essentielles à bord" (disponibilité des porte-bagages, des toilettes ou équipements…).
La jeune société toulousaine Skyted expérimente son micro-casque immersif permettant aux passagers de téléphoner depuis leur siège sans géner leur voisin. Enfin, le groupe toulousain Actia (4 000 salariés, 579,3 M€ de CA) va tester un nouveau système de vidéosurveillance "qui analysera, grâce à l’IA le comportement des passagers et leur acceptabilité face aux innovations installées à bord".
Un projet collaboratif
Cette rame est le premier maillon du projet ferroviaire collaboratif TELLi, porté par un consortium de 11 acteurs (porté par la SNCF aux côtés d’Hitachi Rail, Texelis, CAF, Wabtec, Railenium, Alstom, Capgemini, Cerema, Ektacom et Ferrocampus).
Ce train destiné à desservir les "petites lignes" du territoire (représentant environ 9 000 kilomètres), alimenté par des batteries et fabriqué à partir de matériaux recyclables, a été soutenu par l’Ademe dans le cadre de France 2030 (37 M€ sur un projet à 89 M€). Son industrialisation est espérée à horizon 2029 et reste "conditionnée à une commande coordonnée de 250 trains minimum". La SNCF promet un coût d’exploitation réduit de 30 % et des fréquences de train augmentées.