Le Président Macron sera-t-il aussi réceptif à la problématique des plagistes que le Ministre de l'Economie Macron ? « On a bon espoir », avance Michel Chevillon, président de l'UMIH Cannes Hôteliers, qui en avril 2016 avait interpellé le locataire de Bercy sur « l'ineptie économique que constitue l'application du Décret plage »... lequel l'avait remercié dans un courrier de l'avoir éclairé sur le sujet, ajoutant « qu'il ne manquera pas d'en tenir compte ». Engagement pris, engagement tenu ? À voir, mais en attendant les premiers signes du chef de l'Etat, les plagistes, couteau entre les dents, veulent mettre la pression sur les élus et le nouveau gouvernement à l'approche des Législatives. C'est tout l'objet de la deuxième convention nationale des plagistes, qui s'est déroulée le 10 mai à Antibes Juan-les-Pins, à l'issue de laquelle une nouvelle motion a été votée pour demander la suspension du Décret plage de 2006 afin de le renégocier "au cas par cas".
Cahier des charges ubuesque
En cause, donc, un texte initié en 1986 qui change les règles du jeu en matière d'occupation du domaine public sur le littoral lors du renouvellement des concessions. Soit, moins de lots attribués, des concessions à la durée réduite, l'obligation de démonter les infrastructures à la fin de chaque saison et celle de remonter selon un cahier des charges que d'aucuns qualifient "d'ubuesque". "On a fait le calcul, reprend Michel Chevillon, à Cannes, cela devrait représenter entre 1 et 1,5 million d'euros d'investissement pour chaque établissement". Un coût, selon l'intéressé, difficile à amortir d'autant plus sur une durée réduite de 15 à 12 ans. A Antibes Juan-les-Pins, où les concessions sur les plages artificielles arrivent à échéance en octobre 2017, « certains établissements devront débourser plus de 120 000 euros pour démolir », indique Alain Palamiti, dirigeant de la plage des Pirates et président de l'association des plagistes de la commune qui en 2018, à l'issue d'une année blanche pour cause de travaux de désamiantage des réseaux, verra son offre amputée d'une quinzaine de lots. Or, rappelle le plagiste, « notre activité pèse selon les années entre 35 et 40 millions d'euros de chiffre d'affaires pour 1200 emplois. C'est aussi 2 millions de redevance pour la commune ».
Perte d'attractivité pour la destination
Ce décret, ajoutent les plagistes, met également en danger le secteur touristique du territoire qui perdrait en attractivité. « Les plages privées font partie de l'offre de la Côte d'Azur. Elles drainent une clientèle à haut pouvoir d'achat qui séjourne dans les hôtels, dépense dans les commerces alentours, et ne se repliera pas sur les plages publiques », insiste Alain Palamiti. À Cannes, où les plages de la Croisette forment en quelque sorte le prolongement festif du palais des Festivals, c'est le tourisme d'affaires, poumon économique de la commune et de ses alentours en hiver et sur les ailes de saison, qui risque d'être impacté. Elles réalisent près de 50 millions d'euros de chiffre d'affaires, dont un tiers lié à l'activité congrès. « Quatre établissements sont en sursis d'ici à 2020, ainsi que la moitié de la plage du Martinez », précise Michel Chevillon qui craint que Cannes ne devienne « une destination saisonnière », ce qui conduirait au départ d'organisateurs d'événements « que Barcelone récupérera avec plaisir ». Résultat : « moins d'activité, donc plus de chômage ». À moins que le ministre Macron ne se rappelle au bon souvenir du président Macron...