Le Journal des Entreprises : Votre bilan fait état de 28 décisions d'investissements en 2016 contre 33 en 2015. Doit-on y voir un signe de perte d'attractivité du territoire azuréen ?
Jacques Lesieur : Non loin de là car l’indicateur qui prime est celui du nombre d'emplois générés, or en 2016 on explose nos scores habituels (autour de 500) avec 791 emplois prévus à trois ans. Certes, l'impact de l'arrivée du centre d'appels de Xerox Conduent (400 emplois à lui seul) est important, il n'en reste pas moins que c'est le meilleur résultat enregistré depuis 10 ans.
Dans le détail, on remarque que les secteurs les plus représentés sont les services et les TIC (68% des décisions) et que le savoir-faire en R&D continue d'être un fort vecteur d'attractivité (32%). Le territoire ne reste-t-il pas là dans une certaine zone de confort ?
J.L. : Ce n'est pas une zone de confort mais une stratégie de ciblage sur des secteurs bien déterminés. Et cela paie puisque que nous commençons à récolter les fruits de nos actions, notamment dans le domaine de la santé qui décolle avec 6 implantations. De même, le développement durable se maintient, principalement sur la Métropole avec les éco-technologies, aidé en cela par le projet FlexGrid qui appuie notre image à l'international. Même chose pour nos secteurs traditionnels (software et TIC) sur Sophia Antipolis. C'est le résultat d'une stratégie territoriale lisible, comprise et en parfaite cohérence avec des tendances lourdes que l'on a encore pu constater lors du dernier MWC de Barcelone qui s'engage dans une mutation des technologies vers les usages.
Quid des nationalités où prédominent les investissements français (57%) ?
J.L. : C'est la démonstration du bien fondé de notre stratégie qui voit en Paris un véritable terrain de chasse. Avec deux principaux atouts : une différenciation très forte sur le coût du m² d'une part, et notre capacité à attirer et surtout maintenir les talents de l'autre. Les sociétés parisiennes, surtout celles en croissance, étant de plus en plus confrontées à la volatilité de leurs cadres. Or, on est perçu comme une terre d'attractivité sur laquelle il fait bon vivre et dont les politiques d'aménagement correspondent au désir de la nouvelle génération qui veut travailler et vivre au même endroit. La Métropole NCA a très vite perçu ce besoin avec la technopole urbaine Nice Méridia. Quant à Sophia Antipolis, elle s'en empare sérieusement avec une vraie volonté de revenir sur un équilibre travail-vie (confirmé par le maire de Biot qui au MIPIM a annoncé la modification du PLU pour construire à proximité des nouveaux ensembles tertiaires des logements pour actifs, ndlr).
Par contre, les Américains, avec une seule implantation, continuent de se faire désirer…
J.L. : Cette unique implantation cache cependant beaucoup d'échanges et de projets dans les cartons, notamment sur la Côte Est avec des actions en lien avec la CCI et le Pôle Mer. Mais il est vrai qu'ils sont très critiques sur la volatilité de nos décisions fiscales et la difficulté du droit du travail français. Deux sujets sur lesquels nous n'avons pas de prise. Dieu merci, le CIR est toujours là.
Dans votre travail de prospections et de relation avec vos prospects et clients, y-a-t-il eu un avant et un après attentat du 14 juillet ?
J.L. : Oui sur le sujet de la solidarité de nos relations internationales. J'en veux pour preuve la pérennisation de l'European Innovation Academy qui, malgré les pertes subies, revient sur le territoire cet été dans une configuration qui devrait être toutefois différente. Il s'agirait non plus de recevoir l'ensemble de la manifestation, mais de se concentrer sur le volet formation des enseignants. Moins d'étudiants donc, mais plus de décideurs économiques potentiels, les professeurs de ces académies-là étant souvent des consultants auprès de grands groupes. Sinon, on n'a pas ressenti d'impact particulier dans les décisions d'implantations. Ce sont généralement des plans stratégiques qui courent sur le long terme et qu'une circonvolution dramatique ne remet pas en cause. Du moins pour le moment.
Quelles tendances pour 2017 ?
J.L. : À fin février, on était déjà à plus de 150 emplois générés. Les tendances sont donc bonnes, d'autant qu'elles s'accompagnent d'une bonne disponibilité de locaux. Des programmes sortent sur Eco-Vallée et Sophia Antipolis. On ne sera donc pas freiné comme on a pu l'être dans le passé.
Quel Team pour demain ?
J.L. : Il est vrai qu'en 2016, la gouvernance de Team a évolué avec l'entrée de la CASA (Sophia Antipolis) et du Conseil Régional. Ce n'est pas neutre, ne serait-ce que dans la conduite de nos missions puisque Team sera le relais de subsidiarité de la Région à chaque fois qu'elle le jugera nécessaire. De même, l'agence devrait être son bras armé sur les OIR (Opérations d’intérêt régional) ancrés sur notre territoire pour le volet développement exogène.