Vous êtes la directrice générale de l’entreprise depuis six mois, mais vous connaissiez la maison depuis longtemps…
J’y ai travaillé de 2014 à 2016 entre tant que DAF (Directrice administratif et financier) et DRH. J’avais passé une quinzaine d’années à Paris dans l’audit et la finance dans différentes entreprises, à des fonctions de direction. Après d’autres expériences, MMV m’a rappelée après l’acquisition par la Compagnie des Alpes. C’était une création de poste. On m’a proposé de choisir entre la direction RSE et la direction financière… Évidemment, j’ai choisi les deux ! Cela permettait d’avoir tous les leviers d’action. La RSE me motive vraiment. En septembre 2024, je suis devenue directrice générale adjointe puis directrice générale en avril 2025.
Quelles sont les priorités de MMV en matière de RSE ?
Depuis sa création il y a 35 ans, MMV est au plus près des territoires, du local. Les volets sociétal et social ont donc toujours été extrêmement importants. Il fallait développer et structurer le côté environnemental, et certainement pas dans une tour d’ivoire séparée, mais au cœur de toutes les équipes. Nous avons ainsi lancé un grand plan de transformation.
Tout le monde avait déjà fait la Fresque du Climat. Puis nous avons suivi la CEC des Alpes, la Convention des Entreprises pour le Climat. Ces jalons nous ont aidés à nous guider dans notre réflexion, conception et nos premières réalisations. Nous n’étions pourtant pas tous alignés, y compris dans le Codir. Fin décembre 2025, MMV comptera un 22e établissement. Est-ce une nouvelle construction ? Une nouvelle résidence de 1 020 lits et 164 appartements est en effet en cours de construction à Serre Chevalier, dans les Hautes-Alpes. Elle répondra a minima aux labels NF Habitat HQE et BiodiverCity. Mais cela reste de la construction, avec artificialisation des sols. Nous essayons de développer fortement la partie reprise et rénovation, et si jamais on doit construire, a minima, nous faisons de la renaturation, au mètre carré. C’est le minimum. Comment gérez-vous ces contradictions en matière de RSE ? Il nous faut justement les assumer pour avancer, pour faire différemment. Nous ne sommes pas dans la décroissance, clairement. Moi, je le suis mais dans ma vie personnelle. La croissance de MMV doit absolument se faire avec le moins d’impacts possibles. C’est notre mission, notre bataille, même si des contradictions demeurent. Par exemple, quand on a des établissements avec piscines ou que nos repas sont servis en buffet, ça pose des questions. C’est là qu’il faut gérer très intelligemment les choses. Par exemple ? Vis-à-vis de nos clients, nous avons deux leviers d’action directe : l’alimentation et la mobilité. Nous servons un million de repas par an, à plus de 200 000 clients. Dans tous nos villages-clubs, il y a désormais une soirée végétarienne à l’issue d’une journée pleine d’activités et d’animations très ludiques pour amener à des prises de conscience. Nous avons travaillé sur des plats signature, avec un chef cuistot, pour faire découvrir de nouveaux goûts. On ne sert pas de tristes légumes vapeur ! Sans être ni moralisateur ni donneur de leçons — car on n’est loin d’être parfaits — si, à la fin du séjour, un client se dit qu’il aimerait aller plus loin dans le végétarien parce que ça lui a plu, si on arrive à sensibiliser, c’est gagné ! Pour nous, chaque geste compte. Et puis nous allons proposer plus de végétal sur l’intégralité de nos aliments, du petit-déjeuner au dîner. On veut plus de bio, de labellisé, de local. De 28 % en 2024, on vise 40 % l’an prochain et on se donne un ou deux ans de plus pour atteindre les 80 %. Et en matière de mobilité ? Avec Travel Factory, également filiale de la Compagnie des Alpes, nous proposons des séjours avec l’accès en train. Cela s’ajoute évidemment aux bornes électriques, ou au covoiturage ou convoyage en bus en partenariat avec la plateforme TicTacTrip. Nous avons cette chance que nos clients sont majoritairement Français, Anglais, Néerlandais ou Belges. Nous essayons d’attirer une clientèle la plus proche possible. Votre activité s’exerce essentiellement en hiver quand il a de la neige… autre sujet environnemental, autre contradiction de taille à gérer… 80 % de notre activité se déroule en effet l’hiver et nous sommes au sein de stations qui utilisent des canons à neige. Elles aussi travaillent sur des solutions techniques, mais c’est évidemment un sujet quant à l’utilisation de la ressource en eau. Nous sommes lauréats de l’appel à manifestation d’intérêt piloté par Atout France visant à optimiser la gestion de l’eau dans les établissements touristiques. On a évoqué l’eau des piscines, mais il y a aussi l’eau des toilettes, des salles de bain, celle des parties communes. Évidemment, quand on rénove, on enlève les baignoires pour mettre des douches. Et puis nous avons la chance de faire partie d’un groupe qui compte des parcs de loisir (Parc Astérix, Futuroscope, Walibi…, NDLR), où d’autres initiatives et solutions sont testées et dont nous partageons l’expérience. Plus largement, c’est aussi à nous de mettre en place plus d’activités non dépendantes de la neige, sans surtourisme. MMV peut-il seul gérer ces sujets ? Il faut une mobilisation de tous. La coopération et la résilience territoriale, l’adaptation, c’est peut-être le levier le plus important. Nous avons des partenariats privés mais il nous faut aussi des partenariats avec les collectivités et là, nous ne sommes pas tous au même niveau. Par exemple, même si c’est désormais une obligation depuis 2024 pour les collectivités, il n’y a pas de solutions de tri des biodéchets dans toutes les communes. Nous nous sommes alors substitués pour gérer nos biodéchets dans nos propres sites. Le but du jeu est d’arriver à tous avancer au même rythme. Nous allons avoir un nouvel hôtel fin 2028 à Val Thorens, de la construction pure. Au total, sur le projet global de la zone d’activité, nous sommes 8 acteurs à intervenir. Chacun son projet mais, sous l’impulsion de la Société d’aménagement de Savoie, nous raisonnons ensemble, en quartier, pour définir toutes les grandes pistes d’actions et les résultats visés. La gestion des déchets sera mutualisée, comme celle de l’eau, des énergies avec un mix intégrant de la géothermie… Comme nous voulons que notre hôtel soit certifié BREEAM Excellent (mesure de la performance de durabilité des bâtiments, NDLR). A minima, nous avons demandé que tout le monde soit BREEAM Very good (certification environnementale). C’est un gros travail en amont. Comment êtes-vous venue à cette appétence pour les sujets RSE ? J’ai toujours eu la double casquette finance-RH, c’était déjà ma première chance d’avoir aussi l’humain. Mais la partie environnementale m’a manqué. Dans la finance, il y a des changements qui s’opèrent et on essaie d’aller plus loin mais pour moi, cela n’allait pas assez vite. Et en même temps, qui suis-je pour dire que faire sur l’environnement ? Je ne me sentais pas légitime et pas formée. J’avais un besoin personnel de vivre ça. En 2020, j’ai donc décidé de me mettre à mon compte et de me former, pendant 3 ans, en autodidacte : en lisant, via des vidéos, en suivant les bonnes personnes.
Et dans la pratique, en 2021, je me suis installée avec ma famille à Menton où nous avons repris l’exploitation d’un verger agricole. Nous sommes partis de zéro, avec à l’époque 70 arbres fruitiers. Nous en avons presque une centaine aujourd’hui. J’ai transformé mes fruits avec un Esat. En fait, tout ce qu’on est en train de dire là, je voulais le faire à notre échelle, en créant des coopérations, en développant des liens pour créer une coopérative.
Ainsi vous avez une double activité professionnelle ?
Oui, je m’occupe du verger tous les week-ends avec mon mari, qui a aussi une autre activité par ailleurs. La malchance que j’ai, c’est que la saison des citrons et des oranges, c’est en même temps que la saison hivernale. Donc, c’est assez lourd, on cultive tôt le matin, tard le soir, mais on se régale !