En Vendée, au Poiré-sur-Vie, l'histoire de Cougnaud s'ouvre sur une enclume et des coups de marteau. "Aussi loin que l'on remonte dans notre histoire familiale, il y a un forgeron, raconte Christophe Cougnaud, membre du conseil stratégique du groupe éponyme. Mon arrière-grand-père était forgeron, mon grand-père l'était aussi, et notre père, Yves, l'était avant de décider de passer de l'étape artisanale à l'étape industrielle en 1973."
Quatre frères et la troisième génération
Cougnaud ? C'est un groupe vendéen de 1 500 salariés qui pèse 344 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2024, et qui vient de faire l'acquisition de Louange. C'est surtout quatre frères soudés comme une pièce d'acier : Jean-Yves, Patrice, Éric et Christophe, quatre enfants bercés par les bruits de l'atelier du père, artisan en ferronnerie, serrurerie et réparation de pièces de machines agricoles. Ils ont su faire fructifier l'héritage d'un père, Yves, et d'une mère, Fernande, pour en faire l'une des entreprises à succès du pays vendéen. C'est aussi une entreprise familiale qui voit la troisième génération monter une à une les marches de l'expérience et des responsabilités, sous les traits de la fille de Patrice, Emma Cougnaud.
Depuis peu, la société vit une étape clé de son histoire. "L'ensemble de la nouvelle direction opérationnelle est désormais en action depuis janvier 2025", rapporte Antoine Loiseau, le directeur général, lui-même nommé en 2023. Les quatre dirigeants historiques, qui occupaient des fonctions stratégiques (construction, location, achat, commerce), ont pris du recul.
Le recul, souvent la meilleure façon de contempler tout le travail accompli. "Cela faisait dix ans que l'on s'interrogeait sur l'avenir de l'entreprise, reconnaît Christophe Cougnaud. Comme nos parents, à la cinquantaine passée, on s'est posé ces questions autour de la transmission. Est-ce que l'on vend l'entreprise ? Est-ce qu'on la transmet à nos enfants ?"
Après réflexion, les frères, dans la soixantaine, ont décidé que l'entreprise resterait familiale. Au sein de la famille, dès 2017, à 24 ans, Emma Cougnaud, après ses études, a décidé d'intégrer la société. "Nous avons une charte qu'il faut respecter pour venir travailler dans l'entreprise, souligne Christophe Cougnaud. Il faut venir avec un projet, et certainement pas envisager de pantoufler, ni venir pour un an et repartir après. La troisième génération est prometteuse. Il y a de la place pour tous ceux qui veulent s'impliquer."
Caravanes de chantier, bungalows puis modules
Chez les Cougnaud, la valeur travail n'est pas un vain mot : elle forge l'âme de l'entreprise. "C'est la valeur que nous a transmise notre père, raconte Christophe. Il se levait à quatre heures du matin et finissait à 20 heures, et il travaillait le samedi, les jours fériés. " En 1972, il achète un terrain et y construit un atelier de 800 mètres carrés. L'artisan devient industriel en 1973. Et, dès 1977, la PME, qui se nomme alors Ouest-Abri, compte déjà quarante salariés.
Le business de départ ? "Construire des caravanes de chantier, pour y stocker le matériel, à la demande d'un charpentier, révèle Christophe Cougnaud. Puis il a construit des bungalows, pour y dormir, manger, installer des sanitaires et des bureaux." Rapidement, l'entreprise se met à construire des espaces modulaires qui s'assemblent entre eux, telles les pièces d'un puzzle. Les modules sont construits hors site et assemblés sur les lieux de chantier, formant des bases vie où logent les ouvriers.
À la fin des années 1970, l'entreprise explore l'export. Le fondateur, Yves, installe des bases vie sur les grands chantiers du Maghreb et du Moyen-Orient : barrages, ports, chemins de fer, centres commerciaux. La réputation grandit. En 1982, sur un port égyptien, des centaines de villas d'hébergement sortent de terre.
À la fin des années 1980, lorsque s'ouvre "le chantier du siècle", le tunnel sous la Manche, Cougnaud s'impose face aux majors du modulaire. Plus tard, l'export se tarit, mais la notoriété reste. Dans les années 1990, c'est Cougnaud qui décroche la construction de la base vie du chantier pour le Stade de France, théâtre de la Coupe du monde de football de 1998. En 1999, Yves Cougnaud passe le relais à ses quatre enfants.
La construction, puis la location
Durant cette période, une date est à marquer d'une pierre blanche : 1991. Jusqu'alors, Cougnaud vend ses modules principalement à des revendeurs qui, eux, les louent. Pour améliorer ses marges, la PME lance sa propre activité de location. C'est un pivot stratégique : la location devient progressivement le principal moteur de croissance, jusqu'à représenter aujourd'hui plus de la moitié du chiffre d'affaires. Mais pour être compétitif, il faut aussi de la proximité : aux rênes de l'entreprise, le père et les quatre frères Cougnaud lancent un maillage d'agences. De Paris à Marseille, de Lyon à Toulouse, de Nice à Montpellier, Cougnaud tisse sa carte de France. "Ce réseau sera à la base de notre capacité à proposer un service identique à Lille, Strasbourg, au Havre ou à Bordeaux, explique Christophe Cougnaud. Aujourd'hui, nous avons onze agences sur l'ensemble du territoire et 72 000 modules sont disponibles à la location."
Construction modulaire architecturée
Moins connue, dès les années 1980 et 1990, l'activité de Cougnaud s'est étendue à la construction modulaire architecturée. Les éléments sont fabriqués dans les usines du groupe, regroupées en Vendée, puis assemblés sur place et forment de véritables bâtiments complets. Résultats : des logements individuels ou collectifs, des bureaux, des salles de sport ou de restauration, des bâtiments industriels, des maisons de santé, etc. "Cougnaud Campus, notre bâtiment de 5 000 m2 à énergie positive, inauguré en 2019, est une illustration de notre savoir-faire en matière de construction plus responsable," rapporte Christophe Cougnaud. Tout comme le bâtiment provisoire de la cour d'honneur du Sénat, monté pour sept ans, puis réemployé pour un autre usage, exemple de l'ambition de Cougnaud de s'inscrire dans l'économie circulaire.
Un peu plus de cinquante ans sont passés depuis la forge de son grand-père, Yves. Le dernier mot revient à la nouvelle génération : "Je veux apporter des choses nouvelles, mais je veux surtout être un exemple, comme l'ont été pour moi mon grand-père, mon père et mes oncles, conclut Emma Cougnaud. Je tiens à être le lien entre le passé et le futur, et être la garante de l'histoire de l'entreprise et de ses valeurs."