La crise des dettes souveraines, pour l'instant, n'y change rien. Les banques prêteraient bien de l'argent aux entreprises. Quelques chiffres en attestent. Selon la Banque de France, l'encours des crédits aux entreprises en Alsace a progressé de plus de 7% sur un an à fin septembre2011 (+4% au national), à près de 22milliards d'euros. Par ailleurs, le nombre de dossiers remontés auprès des services de la médiation du crédit, début décembre, dépassait tout juste la barre des 50 pour la région depuis le début de l'année 2011, contre un total de 209 en 2009 et de 83 en 2010.
Contraction de la demande?
Les entrepreneurs auraient-ils mangé leur pain noir? Certains peut-être, même si les chiffres de la médiation pourraient aussi être faussés par une volonté des banques de gérer autant que possible en interne les problèmes qu'elles rencontrent avec les entreprises, sans avoir à passer par le médiateur du crédit. Il semblerait également que, à la faveur d'une conjoncture moins porteuse, la demande de crédits se soit contractée du côté des entreprises. «Mais il n'y a pas de Credit crunch», avertit Philippe Jeannel, directeur régional de la Banque de France et délégué régional du médiateur du crédit.
Des banques proactives
Curieux retournement de situation même, où l'on verrait les banques particulièrement présentes sur le terrain. «Nous nous sommes récemment vus proposer des lignes de découvert par un chargé de clientèled'une banque», témoigne Alban Jouanillou, cogérant d'Elex à Burnhaupt-le-Bas, TPE qui commercialise des équipements pour l'industrie. «Cela fait plusieurs mois que les banques viennent régulièrement nous proposer de l'argent», abonde Yves Couillard, directeur général d'Hussor, à Lapoutroie, qui fabrique des coffrages métalliques pour le BTP, «en particulier des banques régionales». Retournement de fortune pour celui qui a été obligé, il y a deux ans, de faire appel à la médiation du crédit alors que son activité reculait fortement. «Vous savez, les banquiers vous prêtent un parapluie quand vous êtes dans le Sahara», ajoute-t-il avec le sourire... «Nous n'avons modifié ni les volumes, ni les objectifs des commerciaux», argumente de son côté Marc Hagenbach, directeur du CIC Est pour le Bas-Rhin et secrétaire du comité régional des banques. «Les banques ont continué d'exercer leur métier qui est, fondamentalement, d'utiliser l'épargne pour prêter à l'économie alsacienne», martèle Jean-Pierre Deramecourt, vice-président du comité régional des banques et patron de la Caisse d'Épargne Alsace.
Confiance dans l'entreprise
Confronté à une procédure de sauvegarde il y a trois ans, Pascal Buzon, directeur général de Dangel, à Sentheim, reconnaît aussi une situation qui évolue dans le bon sens dans sa relation avec ses banquiers. «Nous avons retrouvé des lignes de crédit plutôt bonnes et surtout un accompagnement au quotidien beaucoup plus fort». Avec, selon lui, une double explication: «une confiance dans nos marchés et la situation de l'entreprise qui s'est nettement améliorée». Et c'est sans doute ce dernier point qui fait aujourd'hui toute la différence entre les entreprises qui voient le verre à moitié plein et celles qui le voient à moitié vide. Ces dernières sont aussi souvent celles qui sont les plus fragiles. «Quelques lumières clignotent sur les trésoreries des très petites et des petites entreprises», reconnaît Philippe Jeannel, «en particulier dans le BTP où, depuis le deuxième semestre 2010, la bagarre est très forte sur les marges». De fait, les dossiers reçus par ses services portent sur des problèmes de trésorerie, «des suppressions ou des réductions de lignes de découvert», poursuit-il. Également concernée d'après lui, la filière des équipementiers automobiles.
Le cash attire les crédits
«Nous nous apercevons que les banques prêtent bien de l'argent, mais avant tout aux entreprises qui génèrent un important cash flow, qui sont en excédent de trésorerie», tempère de son côté Olivier Klotz, président du Medef Alsace, «les banquiers souhaiteraient ainsi s'assurer un bon niveau de liquidités qui leur permet... de continuer à prêter». Pour les autres entreprises, selon lui, la situation serait toujours la même, «à ceci près qu'on leur demande toujours plus de garanties», précise-t-il. Cri du coeur, enfin: «Ce dont les entreprises ont surtout besoin, c'est de réponses rapides et que les refus soient argumentés!» Le dialogue, justement, reste au centre des préoccupations de Philippe Jeannel. Démarrée en 2011 avec la Chambre de métiers d'Alsace, l'action de sensibilisation des petites entreprises sera élargie cette année avec la CCI de région. En attendant, Philippe Jeannel, qui craignait un fort rebond du dépôt de dossiers avec l'amplification de la crise des dettes, veut rester optimiste. Quatre dossiers avaient été déposés dans les premiers jours de décembre. Une petite accélération, certes, mais de laquelle il ne veut pas tirer de conclusions hâtives: «Nous ne nous affolons pas, même si nous restons vigilants. Le médiateur est là pour éviter des réactions en chaîne si cela devait redémarrer».
financement Les avis recueillis auprès de quelques dirigeants corroborent les dires et les chiffres des banquiersalsaciens : la situation se détend un peu sur le front du financement des entreprises, même si la situation reste compliquée pour certaines.