Loire-Atlantique
CPME 44 : "Les cheffes d’entreprise ont une approche plus RH, plus humaine"
Interview Loire-Atlantique # Réseaux d'accompagnement

Françoise Baron et Christophe Durand respectivement co-organisatrice du salon "Cheffe d’entreprise" et président de la CPME 44 "Les cheffes d’entreprise ont une approche plus RH, plus humaine"

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Mi-juin, à Polytech Nantes, la cinquième édition du salon "Cheffe d’entreprise" a été organisée par la CPME de Loire-Atlantique. Plus de 180 cheffes d’entreprise étaient réunies pour des tables rondes et des ateliers autour du thème "Osez la différence !". L’occasion de faire le point sur l’entrepreneuriat féminin.

Françoise Baron co-organisatrice de Cheffe d’entreprise et formatrice (Digital’Ease Vous) et Christophe Durand président de la CPME 44 et dirigeant de Transport Urgent — Photo : Thibault Dumas

Pourquoi "Osez la différence !" pour cette cinquième édition du salon "Cheffe d’entreprise" ?

Françoise Baron : C’est voir l’entrepreneuriat autrement, en acceptant ses vulnérabilités et celles des autres. En étant en adéquation avec la planète qui nous entoure. Et ça porte ses fruits. Regardez des entreprises comme la biscuiterie Handi-Gaspi ou Patricia Abellard avec L’Envolée de la Chrysalide à Saint-Nazaire [une école-restaurant inclusive, N.D.L.R.]. Ce sont des projets différents, avec de l’inclusion, de l’engagement, qui pensent au-delà du chiffre d’affaires, même s’il reste le nerf de la guerre cependant pour la viabilité d’une entreprise. Cela apporte ce petit plus, cette bonne idée qui fait du bien.

Christophe Durand : Dans la période d’incertitude économique actuelle, les entreprises sont dans l’attente de leurs partenaires, de leurs fournisseurs, de solutions innovantes. Un exemple : quand on fait appel à des consultants ou des consultantes, on demande des idées différentes, des chemins de traverse, autour d’une restructuration ou d’un changement de cap industriel. Toute entreprise qui n’a pas cette capacité d’adaptation, cette agilité, périclite généralement.

En quoi cette "différence" est liée à l’entrepreneuriat féminin ?

CD : On ne va pas essentialiser, mais les femmes cheffes d’entreprises sentent davantage les choses, elles sont moins dans la rationalité parfois et plus dans la vérité humaine peut-être. D’une manière générale, et en caricaturant un peu, elles ont une approche moins business et plus humaine, plus RH, de la transformation des entreprises, en essayant d’y faire adhérer tous les salariés. Si vous avez un superbe business model ou un business plan formidable, mais que les équipes ne suivent pas, c’est mort. Les hommes, eux, sont peut-être davantage dans les chiffres et les résultats.

Mais quand on regarde le taux de femmes chefs d’entreprise, il reste faible [28 % des créations d’entreprises en Pays de la Loire selon l’Insee, N.D.L.R.]…

CD : Il n’est pas si faible. En fait, les entrepreneuses se trouvent principalement dans la catégorie des autoentrepreneurs ou celle des TPE, qui comptent moins de dix salariés. Souvent elles exercent comme consultantes. Small is beautiful, aucun problème avec cela. Sauf que l’on constate à la CPME 44 qu’on trouve ensuite proportionnellement très peu de femmes dirigeantes dans les entreprises au-dessus de dix salariés. Cette situation reste liée à une vision de la société, de la famille, qui reste très patriarcale. Donc, ça n’est pas simple à changer.

Quelles seraient des mesures concrètes pour y remédier ?

FB : Je crois que cela passe avant tout par l’éducation de nos filles et de nos garçons. Faire naître la confiance des femmes pour qu’elles aient de l’ambition, entreprennent, dirigent de grosses entreprises. Et après ? Il faut aider et se faire aider. Notamment sur le savoir-faire et le savoir-être. Développer une posture de confiance qui fait sauter les freins, les barrières qu’on s’auto-impose.

Avez-vous des exemples de cheffes d’entreprise ou de projets industriels à valoriser en Loire-Atlantique ?

CD : Catherine Quérard par exemple qui est désormais la présidente nationale du GHR [Groupement des hôtelleries & restaurations de France, N.D.L.R.]. C’est une femme qui est une businesswoman aguerrie [elle détient avec son mari une dizaine d’établissements, à Nantes notamment, N.D.L.R.], profondément humaine et qui est à fond dans le collectif. En la côtoyant, on apprend beaucoup.

FB : Elle m’inspire aussi par sa gentillesse, sa bonté, tout en réussissant. C’est peut-être aussi ça un brin de féminité dans le monde de l’entreprise.

CD : Je pense aussi à Valérie Deveaux, présidente de la Fédération du Bâtiment 44 qui gère aussi son entreprise [Atlantic Sols Confort à Saint-Nazaire, spécialisée dans la pose de revêtements de sols, N.D.L.R.]. Elle relève un triple challenge, en étant femme, cheffe d’entreprise et présidente d’un syndicat. C’est top. Et puis il y a aussi Virginie Clément, présidente de l’association Femmes chefs d’entreprise Loire-Atlantique et gérante de l’agence de communication Com’Caféine [à Nantes, N.D.L.R.]. Le côté associatif est très complémentaire, car cela permet de sortir les dirigeantes et les dirigeants de l’isolement.

Est-ce que la conjoncture économique peut freiner cette dynamique de l’entrepreneuriat féminin ?

FB : Cela inquiète tout le monde, pas seulement les femmes. Je pense justement qu’en étant différent, en étant raccord avec soi-même, en faisant les choses à son rythme, on peut tirer son épingle du jeu. Toutes les périodes sont compliquées au fond.

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