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Convergence : Les limites ne sont pas technologiques
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Convergence : Les limites ne sont pas technologiques

La convergence entre téléphonie et informatique a marqué la dernière décennie avec des perspectives toujours prometteuses mais aussi des obstacles qui tiennent moins à la technologie qu'aux stratégies commerciales.

— Photo : DR

Pour les moins de 20ans, cela relève du récit préhistorique. Pour tous les autres, d'un souvenir, voire d'une nostalgie: l'entreprise vivait alors avec son bon vieux standard téléphonique d'un côté et son réseau informatique de l'autre... et la télévision était exclusivement hertzienne. Des tuyaux différents pour des contenus radicalement distincts.

«Aucun souci sur le plan technologique»

«La première évolution précédant la convergence a été la numérisation qui a signé la fin du téléphone analogique, il y a 10 à 15 ans», rappelle Patrick Devriendt, responsable du département Signal et Télécommunications de l'ESME-Sudria. L'idée est alors venue de faire transiter la téléphonie par le réseau informatique avec un challenge de taille: la téléphonie suppose le temps réel, ce qui n'est pas le cas de la circulation des fichiers. C'est ainsi qu'est née il y a six ou sept ans la TOIP (Telephone Over Internet Protocol), le téléphone via le réseau Internet, exemple type de convergence qui a d'emblée pris pied dans l'entreprise. Avec déjà de multiples problèmes à régler, y compris commerciaux. En symétrie, l'étape suivante qui a conduit à l'actuelle explosion des PDA et des smartphones - dont un des termes retenus par l'académie, l'ordiphone, est très explicite - fut de faire passer les flux informatiques par la téléphonie et Internet. Les communications téléphoniques mobiles utilisaient la transmission en mode circuit et on est passé à une transmission en mode paquets plus compatible avec les transmissions de données. Désormais voix, data, images transitent par les mêmes réseaux. «Il n'y a sur le plan technologique aucun souci pour aller vers la convergence ultime avec un seul abonnement chez un FAI comprenant un accès à la télévision, à la téléphonie, à ses messageries, à la visioconférence, etc.», affirme Patrick Devriendt.

Organiser l'écosystème!

«Le vrai problème relève des stratégies commerciales. Cela nécessite beaucoup d'accords entre constructeurs de terminaux et de logiciels et entre fournisseurs d'accès et opérateurs, personne ne voulant perdre ses privilèges. Il faut bien reconnaître qu'il y a encore beaucoup de pagaille dans l'organisation de l'écosystème de la convergence complète.» Patrick Devriendt soulève également un autre obstacle à la généralisation de cette convergence ultime: les coûts de plus en plus élevés des terminaux pour les entreprises, supposant des investissements sans commune mesure avec la mise en place de la TOIP. Hors "subventions" des FAI, un smartphone ou un iPad de bonne capacité dépasse allègrement les 500 €. Sans compter le coût des applications. A multiplier par le nombre de salariés... bonjour la facture en cas de généralisation la plus large! Dernier point, peut-être plus anecdotique: la complication d'utilisation optimale des PDA et ordiphones. «Pour un utilisateur qui n'est pas habitué à ces systèmes, chaque appareil implique de nouveaux apprentissages et les gens utilisent finalement peu le potentiel de ces outils», explique Patrick Dreviendt. Mais de se vouloir rassurant: «c'est la prochaine étape. Des ingénieurs y travaillent.»

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