Les bonnes nouvelles sont devenues assez rares pour qu'on s'y attarde. Le 18 mars, Airbus annonçait la signature du plus gros contrat de son histoire, avec Lion Air, compagnie low-cost indonésienne. La commande va porter sur 234 appareils (109 A320neo, 65 A321neo et 60 A320ceo), pour un montant total de 18 milliards d'euros. Au-delà de l'effet d'annonce, quelles retombées peuvent en espérer les entreprises aéronautiques régionales ? « C'est une très bonne nouvelle pour l'Aquitaine évidemment. Même si c'est sans doute un peu tôt pour connaître en détail qui en profitera. Huit ans de commandes donc de visibilité pour un secteur qui était jusqu'à présent cyclique c'est du jamais vu », explique Denis Guignot, responsable du département aéronautique spatial défense (ASD) chez ADI.
Bonne nouvelle pour les entreprises de production
On estime que 40.000 salariés travaillent dans le secteur ASD en Aquitaine. Le tissu économique régional est composé de nombreuses PME d'ingénierie, qui travaillent sur les "avions du futur". Pour elles, le contrat remporté par Airbus ne change pas la donne. « Une entreprise comme la mienne, qui réalise de la R & D, n'est pas concernée par la signature de Lion Air, explique Marc de Tapol, président de TDM. Mais on peut toujours espérer que l'argent que va gagner Airbus va accélérer le calendrier des investissements. Par ailleurs, cela va inciter notre PME à aller vers la production ». En fait, la bonne nouvelle concerne surtout les sociétés qui réalisent de la production. L'usine Messier (64), spécialisée dans trains d'atterrissage de l'A320, devrait profiter du contrat record d'Airbus. C'est également le cas de Sogerma, à Rochefort (17), qui fabrique les pavillons des A320. Les répercussions ne seront pas négligeables, sans être toutefois exceptionnelles. Compte tenu de la croissance mondiale du trafic aérien, des commandes importantes étaient attendues. « Le nouveau contrat d'Airbus nous permet de consolider notre carnet de commande, déclare Sabine Chamla, directrice du développement des ressources humaines chez Sogerma. Depuis 2 ans, nous recrutons en moyenne 100 personnes par an. On peut désormais estimer que cette politique de recrutement va se poursuivre sur le long terme ». De même, les efforts d'investissements, qui avoisinent les 7 M€ par an, se poursuivront. Chez Composites Aquitaine, filiale de Sogerma, on se réjouit également de ces contrats. « Un tiers de notre production est dédié à Airbus. Ces deux dernières années, nous avons beaucoup investi pour monter en gamme. Ces contrats, confortent notre choix et notre plan de charge », explique Christian Valade, le Dg de Composites Aquitaine. Chez les chefs d'entreprise de l'aéronautique, certains restent de marbre devant la commande gagnée par Aibus. « C'est de l'agitation médiatique avant le salon du Bourget ! estime un industriel. Il faut raison garder : de telles commandes étaient attendues, et il y en aura d'autres ». D'autres dirigeants s'interrogent sur les pays où Airbus décidera de faire fabriquer ses avions. La zone euro est toujours pénalisée par rapport au dollar, et la production dans un pays low-cost est à la mode. Jean-François Cledel, élu à la CCI en charge de l'industrie, ne s'inquiète pas outre mesure de la concurrence chinoise. Pour avoir visité l'usine Airbus de Tianjin il y 3 ans, il considère que « la montée en cadence n'est pas la force des Chinois. Les ouvriers n'ont pas le goût de l'initiative, ils sont encore dans la culture du "pas vu, pas pris, et ils ont du mal à travailler en groupe. Si un pays à bas coût profite du succès d'Airbus, ce sera vraisemblablement la Russie qui dispose d'un vrai savoir-faire. Le Magrheb est désormais en sommeil ».
Problématiques de recrutement et de formation
Autres problématiques soulevées par les acteurs de la filière : le recrutement et la formation. « Il est évident qu'il va y avoir des besoins, explique Jérôme Vershave, le directeur général d'Aérocampus. C'est à nous de nous caler avec les industriels pour coller à la demande. Ici, nous avons choisi de nous spécialiser dans la maintenance et je pense que c'est le bon choix car à l'avenir il y aura de gros besoins avec tous ces nouveaux avions dans le ciel. J'y vois aussi une formidable opportunité pour la reconversion des salariés. » Certains voient même dans l'aéronautique un excellent débouché pour les salariés de la filière automobile. « Ce sont des gens qui ont l'habitude de travailler sur des machines outils. Je trouve une certaine logique à les diriger vers ce secteur même s'il faudra bien sûr une formation complémentaire », explique Denis Guignot. « La montée en cadence va être progressive. Nous savons que nous aurons des besoins, mais nous avons le temps de nous y préparer avec l'Aérocampus, avec les lycées pro... explique Christian Valade. Chez Composites Aquitaine, nous aurons par exemple des besoins d'opérateur en drappage composite, en pilotage de robot à commande numérique mais aussi de techniciens et des ingénieurs... »
Le 18 mars, Airbus et Lion Air ont signé un accord pour la vente de 234 appareils pour un montant de 18 milliards de dollars. Une très bonne nouvelle pour les entreprises aéronautiques de la région qui peuvent s'attendre à voir se garnir leurs carnets de commandes.