Contamination des pins au nématode : les sylviculteurs du Sud-Ouest remontés contre l’État
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Contamination des pins au nématode : les sylviculteurs du Sud-Ouest remontés contre l’État

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Après la détection début novembre dans les Landes d’un premier foyer en France de nématode du pin, ver destructeur de résineux, le Syndicat des sylviculteurs du Sud Ouest dénonce le refus de l’État d’indemniser les propriétaires pour les parcelles saines abattues par précaution et le manque d’anticipation de l’État pour mettre en place des mesures pourtant urgentes.

Eric Dumontet, secrétaire général, et Nicolas Lafon, président du Syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest, dénonce le manque d’anticipation de l’État dans la gestion du nématode du pin dont un premier foyer a été détecté en France dans les Landes début novembre — Photo : Caroline Ansart

Les sylviculteurs sont inquiets, en colère, et le font savoir. "Nous sommes dans une crise sanitaire majeure qui pourrait s’étendre à l’ensemble du massif des Landes de Gascogne (composé à 80 % de pin maritime) et potentiellement à l’ensemble des résineux des forêts françaises", exposent Nicolas Lafon et Eric Dumontet, président et secrétaire général du syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest. Cela fait au moins 10 ans que l’on redoute l’arrivée en France du nématode du pin, présent au Portugal depuis 1999 et en Espagne. Les sylviculteurs s’y sont préparés mais pas l’État."

Pas d’indemnisation pour les arbres sains

Concrètement, ils dénoncent la fin de non-recevoir qu’ils ont essuyé de la part de l’État concernant l’indemnisation des propriétaires de parcelles concernées par les abattages exigés. Après la découverte de nématodes dans des arbres à Seignosse (Landes) le 4 novembre — une première en France — un décret du préfet de région en date du 15 novembre impose des mesures drastiques pour éradiquer ce ver microscopique capable de faire mourir de soif un résineux en un mois. À commencer par la coupe obligatoire de tous les résineux dans un rayon de 500 mètres autour des arbres malades, soit aujourd’hui 61 hectares pour 300 arbres identifiés, impactant 24 propriétaires des Landes et des Pyrénées-Atlantiques. "Cela comprend donc majoritairement des arbres sains pour lesquels l’État ne prévoit aucune compensation", déplore Nicolas Lafon. "Que la victime soit aussi le payeur pose problème", renchérit Eric Dumontet.

Le syndicat réclamait 500 000 euros — "une somme assez négligeable" — à hauteur de la valeur du peuplement arrivé à maturité. Conséquence : "sans financement les propriétaires ne vont pas replanter, nous allons perdre des surfaces forestières et de la biodiversité".

Longueur administrative

Les propriétaires pourront néanmoins valoriser une partie des bois ainsi abattus dans des chaufferies, à condition que les process soient clairement établis puisque les arbres ne peuvent être stockés. "Nous attendons des autorisations administratives qui risquent de tomber mi-décembre alors que la coupe doit être réalisée avant le 31 décembre", peste Eric Dumontet. Le nématode est pourtant classé "organisme de quarantaine prioritaire" par l’Union européenne.

"Nous avons créé un fonds d’urgence il y a 10 ans, mais on ne peut pas le mobiliser parce qu’il n’a pas l’agrément de l’État."

Si l’État prenait bien en charge, comme le Code rural lui impose, le traitement des arbres contaminés, "quelle entreprise interviendrait ? Qui passerait commande ? interroge le syndicat. Nous attendons encore les notifications de plan de lutte ; pour les petits propriétaires il faut des solutions clés en main." Sachant, par exemple, que les arbres contaminés doivent être broyés en copeaux de 3 cm, imposant des machines spécifiques.

La filière est d’autant plus remontée qu’elle s’était, elle, préparée. "Nous avons créé un fonds d’urgence il y a 10 ans, abondés par des sylviculteurs volontaires. Il se monte à près de 600 000 euros mais on ne peut pas le mobiliser parce qu’il n’a pas l’agrément de l’État", tempête le secrétaire général du syndicat.

Des conséquences pour les industriels et les transporteurs

La crise a de fortes chances d’impacter les industriels et les transporteurs. Au-delà du rayon des 500 mètres autour des arbres contaminés, le décret préfectoral interdit désormais toute exploitation forestière entre le 1er avril et le 31 octobre dans une zone "tampon" de 20 km et ce pour les quatre prochaines années. Objectif : limiter le risque de contagion pendant cette période "chaude" d’envol et de ponte du nématode. Le reste de l’année, les coupes sont soumises à autorisation.

"Les industriels nous appellent, s’interrogent sur les surcoûts, sur les mesures à mettre en place avant le transport, sur les six mois sans transport d’arbres, etc.", témoigne Eric Dumontet. "Pour l’instant on a du mal à se projeter sur les quatre années à venir. Passé la stupeur, les sylviculteurs sont combatifs, ils veulent éradiquer le nématode mais ont besoin de moyens pour le faire et de réponses administratives dans les délais que la crise impose."

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