Le transport maritime breton est décidément patraque. Alors que Brittany Ferries est en difficulté, Veolia Environnement a décidé de réduire sa participation au sein de Veolia Transdev. Et de procéder à plusieurs cessions. Est concernée la filiale Compagnie Océane qui assure les liaisons entre le continent et toutes les îles en dehors du Golfe. La délégation de service public (DSP) qui lie Veolia au conseil général du Morbihan n'arrive à terme qu'en 2015. Mais il se pourrait bien que la Compagnie Océane change de main avant échéance. Le contrat signé en 2008 n'interdit pas cette possibilité. «Il est certain que la compagnie Océane ne gagne pas sa vie, ils vivent un peu grâce à leur maison mère», observe un professionnel.
Recapitalisations La Compagnie perd de l'argent. En 2008 et 2010, la division Veolia Transport a injecté respectivement 2,5millions d'euros et 1,5million d'euros pour couvrir les pertes de la DSP. Des recapitalisations qui n'ont pas permis de revenir à l'équilibre. En 2011, le déficit de 524.000 euros n'a pas arrangé les choses. Accélérant la volonté de l'actionnaire d'élaguer la branche malade. «La grand public découvre la situation mais l'information circule dans les milieux financiers depuis quelques mois», poursuit le professionnel. «Le souhait de Veolia de se séparer de la SNCM (Ndlr: Société nationale corse maritime méditerranée) était un signe avant-coureur. La logique du groupe est aujourd'hui de s'extraire du secteur maritime. Ils veulent apparemment se recentrer sur leur coeur de métier, le traitement des déchets et la gestion de l'eau.» Veolia gère notamment l'eau de plusieurs secteurs de l'est du Morbihan.
Huit navires
Quant à la Compagnie Océane, elle gère huit navires à grande capacité ainsi que des vedettes et navires à passagers plus légers. «La flotte appartient au conseil général», précise une porte-parole de la Compagnie Océane. Le Département apparaît d'ailleurs déterminé à maintenir en bon ordre de marche les liaisons entre le continent et les îles. Ce fameux service public qui permet aux résidents insulaires de travailler sur le continent en prenant un bateau à 7heures le matin ou à 19heures le soir. Et qui subsiste malgré un coefficient mensuel de remplissage moyen de 31% maximum (pour Belle-Ile), de 25% minimum (pour Groix). Mais même si le bilan de la saison estivale 2012 s'annonce médiocre, ce n'est pas la faible progression du trafic (en 2001 il était de +2,7% pour les passagers et+6,4% pour les véhicules) qui grève le plus le compte d'exploitation de la Compagnie Océane. Mais surtout le ratio entre le remplissage de ses bateaux et ses coûts fixes, qui ont subi une envolée. Malgré la suppression de cinq postes, les charges liées au personnel ont été en progression de 243.000euros. Elles s'élèvent à 6,3millions d'euros pour les navigants et à 5,5millions pour les sédentaires. L'enveloppe nécessaire au personnel pesait en 2011 59% du chiffre d'affaires de la Compagnie Océane.
Flambée du carburant
L'entreprise a particulièrement souffert des dépenses de carburant. Celles-ci ont ainsi augmenté de près de 28%, s'élevant à près de deuxmillions d'euros, malgré des économies sur les volumes. Réduire le nombre de trajets a permis d'alléger les cuves de 100 m³ de carburant. Autre poste coûteux: les dépenses d'entretien des navires, qui se sont élevées à 1,6million, soit une hausse de 7% par rapport à l'année précédente. «Ces dépenses suivent le cours de l'inflation», analyse le professionnel. «Pour les coûts d'entretien, il y a des échéances de maintenance, des lignes budgétables mais aussi une part incompressible d'imprévu.» L'autre inconnu, désormais, c'est le nom du futur repreneur de la DSP. La Compagnie nationale de navigation, actionnaire de la Compagnie des îles et de sa marque Navix, n'a pas encore dévoilé si elle allait se positionner. Ira-t-on au terme de la DSP ou la Compagnie Océane sera-t-elle reprise entre temps? «Tout est possible», remarque le professionnel. «La Compagnie Océane pourrait très bien être reprise par des fonds d'investissement ou des acteurs qui n'étaient pas du tout dans le secteur maritime à l'origine.»
Compagnie Océane
(Lorient) Directeur: Patrick Gerbeno Effectif: 200 personnes, jusqu'à 350 en saison Chiffre d'affaires 2011: 19,7millions d'euros Tél.: 02 97 35 02 00.